Dépossédé de son aura de gauche après le virage libéral de 1983, François Mitterrand s’est réfugié dans la seule voie possible pour sauver l’honneur : la posture. La cohabitation, qui vient rapidement après son retournement, ne pouvait pas mieux tomber. Selon la formule consacrée, le président de la Ve République devrait être une sorte de « monarque républicain », allié à un chef de gouvernement. Le général de Gaulle, conscient de la nature catholique et par conséquent profondément royaliste de la France, avait tenté, pour le pire et le meilleur, la synthèse « républicano-monarchique », lors de son retour aux affaires en 1958. Le peuple français exigeait (et aujourd’hui encore) un père de la nation, il fallait lui en donner un.
De responsable de la grande déception dans les milieux ouvriers de l’époque, il devient le nouveau roi fainéant, et laisse à son Premier ministre Jacques Chirac la responsabilité de tous les maux du pays
C’est ainsi qu’une trentaine d’années plus tard, en mars 86, le destin donna à Mitterrand l’occasion de ne plus rien décider, de se placer au-dessus des problématiques de partis, de ne parler que pour les occasions symboliques et régaliennes, et de rester au-dessus des basses contingences. De responsable de la grande déception dans les milieux ouvriers de l’époque, il devient le nouveau roi fainéant, et laisse à son Premier ministre Jacques Chirac la responsabilité de tous les maux du pays. Sans lui, qui sait s’il aurait pu se faire réélire deux ans plus tard ? Car c’est la droite qui a dû assumer la politique pourtant impulsée par le « dieu caché » Mitterrand.
Pour autant, la volonté première du général fut-elle respectée ? Oui et non. Oui, dans l’aspect symbolique qui permit à Mitterrand de garder une certaine sympathie jusque dans les camps d’extrême droite, tout comme dans la posture de lettré et de retrait, dont l’ancien président du PS a usé et abusé et qui mériterait une véritable révision historique. Non, enfin, car le « monarque », qu’il soit républicain ou non, doit marquer le sceau de son pouvoir légitime par des actes qui rendent les symboles vivants, qui donnent aux Français les résidus d’incarnation qu’ils réclament.
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Que reste-t-il dans les mémoires, en ce début de XXIe siècle, de ce roi fantoche ? L’abolition de la peine de mort, quelques éclats, des petites phrases, les débuts du réel déferlement migratoire, et une double vie. Bref, des postures pour lui et des larmes pour la France.





