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Terrorisme et réchauffement climatique : y a-t-il un lien ?

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Publié le

6 septembre 2017

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Rechauffementclimatique-web

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[qodef_dropcaps type= »normal » color= »red » background_color= » »]L[/qodef_dropcaps]es demi-habiles refusent de croire que les modifications climatiques puissent avoir un effet sur l’immigration. S’ils avaient lu le Pape François, ils sauraient que tout est lié. Emmanuel Macron nous donne l’occasion de le leur apprendre.

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« On ne peut pas prétendre lutter efficacement contre le terrorisme, si on n’a pas une action résolue contre le réchauffement climatique. » Cette déclaration d’Emmanuel Macron, lors du G20 qui s’est tenu à Hambourg les 7 et 8 juillet derniers, a suscité un torrent de réactions négatives, allant du sarcasme à l’indignation.

Citons, à titre d’exemple, la charge de Pascal Bruckner dans Le Figaro du 11 juillet 2017 : « Le but de ces justifications par le climat est toujours de disculper l’islam et de l’exonérer de ses égarements. Voulez-vous vaincre Daech ? Plantez des éoliennes et mangez bio. En quoi décarboner l’économie française ou diminuer la part du nucléaire dans la production d’électricité peut-elle saper la détermination de fanatiques à perpétrer des assassinats en Europe ? On nage en plein délire causaliste. »

Présenté ainsi, le propos de Macron paraît effectivement insensé. Pareille démence, cependant, tient-elle à l’affirmation macronienne – que la reformulation brucknérienne n’aurait fait que rendre plus flagrante –, ou à la perversité de cette reformulation ? La stratégie est classique, qui consiste à disqualifier un propos en l’exagérant jusqu’à l’absurde. Bruckner s’y délecte : « Soutenir que la fonte des glaciers est directement responsable de l’existence d’Aqmi au Sahel en poussant les paysans ruinés à la rejoindre, ce n’est pas sérieux ».

Ce qui n’est pas sérieux non plus, c’est d’imputer à Macron une telle stupidité. Il n’a pas dit que la fonte des glaciers créait Al-Qaïda ni qu’on viendrait à bout de Daech en plantant des éoliennes (dont le caractère « écologique » est au demeurant usurpé – mais c’est une autre histoire), mais que la lutte contre le terrorisme réclame qu’on se préoccupe aussi du climat. À sa façon, le président de la République a repris le propos qui revient sans cesse dans l’encyclique Laudato si’ du pape François : Tout est lié. Il n’y a pas lieu ici de railler, d’invectiver ou de prendre des airs supérieurs, car cela est vrai.

Reste que l’existence de liens ne préjuge pas de leur nature. Bruckner et, avec lui, tous ceux qui s’en sont pris à la déclaration de Macron, ont affecté de croire que celui-ci entendait le lien entre réchauffement climatique et terrorisme comme un rapport direct de cause à effet. Si tel est le sens de l’allégation, elle est d’évidence à rejeter. Mais au lieu de se gausser ou de s’indigner d’un propos, en en donnant la pire interprétation possible, il est à la fois plus charitable et plus profitable de chercher à en saisir la part de vérité.

Entre la corrélation fortuite et la causalité efficiente, il existe toute une gamme de liens, et c’est à l’intérieur de cette gamme que le rapport entre terrorisme et dérèglement climatique trouve sa place. Prenons un exemple médical : si nombre de maladies ont pour cause un agent infectieux, cela n’empêche pas leur incidence de varier considérablement en fonction des conditions ou des modes de vie. Serait-ce « disculper » le bacille de Koch de sa responsabilité dans la tuberculose que de dire que de meilleures conditions d’hygiène et une meilleure alimentation ont, avant le vaccin et les antibiotiques, fait régresser la maladie ?

Le réchauffement climatique n’est pas une cause efficiente du terrorisme, mais il est un facteur de risque supplémentaire – un « multiplicateur de menaces » (threat multiplier), comme le reconnaît publiquement le département de la Défense des États-Unis depuis une dizaine d’années. On voit bien ce qu’il y a de dangereux à trop insister sur ce facteur : on pourrait en venir à exonérer les terroristes de leur responsabilité, à ne plus les considérer que comme des pantins dépourvus de libre arbitre, entièrement mus par des causes extérieures.

La compulsion de certains à chercher, après les attentats, les « véritables coupables » – non pas ceux qui les ont perpétrés, mais ceux qui ont créé les conditions où des êtres humains en viennent à commettre ce genre d’actes – est pernicieuse. De tels discours, qui visent à dédouaner les « dominés » en faisant peser toute la charge de l’accusation sur les « dominants », perpétuent de façon souterraine la mentalité coloniale qu’ils prétendent dénoncer : les Occidentaux demeureraient les seuls acteurs à part entière de l’histoire, le comportement des autres n’étant jamais que « réaction », plus ou moins mécanique, à une condition sur laquelle ils n’auraient aucune prise. Cela étant dit, négliger le fait que certaines situations sont plus propices que d’autres à l’extension du domaine de la haine, et aux actes susceptibles d’en résulter, est irresponsable.

Il faut à la fois reconnaître que les premiers fauteurs du terrorisme sont les terroristes en personne et l’idéologie qui les inspire, et tenir compte du fait qu’il y a des conditions qui favorisent la propagation d’une idéologie de ce genre. Il se trouve qu’au nombre de ces conditions figure le lot supplémentaire de calamités engendré par le changement climatique, en des contrées déjà en proie à de graves difficultés et au bord du chaos. Ce n’est pas la sécheresse qui a fait émerger l’État islamique, prêcheur de terrorisme – mais plus la sécheresse règne, plus l’État islamique trouve un terrain favorable à son implantation

« LES PREMIERS FAUTEURS DU TERRORISME SONT LES TERRORISTES, ET LES CONDITIONS QUI FAVORISENT LA PROPAGATION D’UNE TELLE IDÉOLOGIE. »

Les effets du changement climatique sont d’autant plus dangereux qu’ils viennent frapper des régions à démographie explosive. Macron, du reste, a aussi soulevé cette question lors du G20, en affirmant que la transition démographique était « l’un des défis essentiels de l’Afrique ». Nouvel afflux de réactions négatives, en provenance cette fois de la gauche. « M. Macron, laissez tranquille le ventre des Africaines », lit-on dans Libération. Il n’empêche : l’Afrique, peuplée de cent millions d’habitants en 1900, en compte aujourd’hui 1,2 milliards, et l’ONU prévoit 2 milliards d’habitants en 2050, 4,4 milliards en 2100 – quand bien même la fécondité descendrait d’ici là de 4,7 à 2 enfants par femme.

Avec de telles données on conçoit que le changement climatique, avec (entre autres) l’extension du désert qui en résulte dans la zone subsaharienne, va bel et bien être un « multiplicateur de menaces ». La pression migratoire actuelle, en comparaison de celle qui vient, est comme un oued à côté du Zambèze.

Peter Sutherland, ancien commissaire européen à la concurrence (artisan de la libéralisation de trafic aérien, des télécommunications et du marché de l’énergie), ancien directeur général fondateur de l’OMC, ancien président de Goldman Sachs (on n’en finirait pas d’énumérer ses titres), et jusqu’à une date récente représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour les migrations internationales, déplore que les Européens soient encore habités par «  un sentiment d’homogénéité et de différence par rapport aux autres  ».

Selon lui, « c’est précisément ce sentiment que l’Union européenne devrait s’employer du mieux qu’elle peut à saper » – dès lors que « quiconque pense que, en érigeant d’une manière ou d’une autre des frontières ou des barrières, un État particulier pourrait être protégé des “flots” de migrants, vit au pays des songes (Discours tenu le 21 juin 2012 devant la Chambre des lords du Royaume-Uni.) ».

Au moins les choses sont claires. Bruckner et consorts, pour qui établir un rapport entre la lutte contre le terrorisme islamique et les efforts pour endiguer le réchauffement climatique (il n’est malheureusement plus temps de l’arrêter) est une aberration, se montrent en revanche très prompts à faire le lien entre terrorisme sur le sol européen et immigration.

Avec un peu de conséquence, ils devraient comprendre que pour s’opposer à une immigration massive en provenance d’un continent dont la population explose, mieux vaut éviter d’en perturber le climat. Perturbations provoquées non par les Africains mais, comme l’a aussi reconnu Macron, par le « mode productif international ».

Entre la lutte contre le terrorisme et l’action contre le réchauffement climatique, il y a bien un lien, mais celui-ci aurait été plus clair avec l’entrée en lice d’un troisième terme : l’interruption de l’immigration. Le président sortant s’inquiétait, auprès de journalistes, de « l’accumulation de bombes potentielles liées à une immigration qui continue », et confiait : « Il faut à un moment que ça s’arrête (Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Un président ne devrait pas dire ça, Stock, 2016, VII, 5.) ».

Il en restait au seul constat. On ne sait si son successeur, porté par des milieux économiques favorables à un afflux permanent d’immigrés, qui viennent grossir le nombre des consommateurs et faire baisser les salaires, fera davantage. Tout est lié – mais pour atteindre la cohérence, il reste encore quelques éléments à intégrer.

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