Il est l’homme par qui le scandale arriva, puisque c’est au détour d’une recension de son Bainville qu’Éric Zemmour fit part de ses velléités politiques à la France entière. Avec chaleur, l’historien et vaticaniste Christophe Dickès nous reçoit dans son antre, quelques heures avant un départ en vacances. Dans le sous-sol d’un pavillon de banlieue fabuleusement transformé en bibliothèque, des étagères tapissées de livres balisent un parcours sinueux qui mène à un majestueux bureau fait de bois massif. En chemin, il s’arrête pour montrer un vieux Maurras dédicacé, et surtout un courrier signé de la main de Benoît XVI, marque d’une rencontre bouleversante avec le pape émérite. Dans ce labyrinthe invitant à la flânerie trônent encore un portrait de Jean de Viguerie, un presse-papier orné d’une fleur de lys et une farandole de figurines Star Wars, qui tous témoignent d’un esprit éclectique et enjoué fort éloigné de la rigidité universitaire.
Arrivé à l’histoire par la politique, Christophe Dickès s’est plongé dans les méandres du passé depuis ses 18 ans grâce à la très dense bibliothèque familiale, et étudiant à la Sorbonne se lance dans une thèse sur Bainville avec son maître George-Henri Soutou. Pourtant, la voie n’est pas rectiligne : attiré par le journalisme, le jeune marié se résout sur les conseils de son beau-père à entrer dans le monde du travail dès 1998, tout en poursuivant son doctorat. Ce sera la communication dans une start-up dont il deviendra co-directeur, depuis rachetée par une grande entreprise de communication pour qui il travaille toujours.
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Cette double-vie est un sacrifice permanent pour les Dickès. « L’épouse de Jean de Viguerie nous disait que si notre couple passait le doctorat, il affronterait n’importe quelle tempête ». La prévision était juste : il est aujourd’hui l’heureux père de quatre enfants. La thèse soutenue en 2004, tout s’enchaîne rapidement : une proposition pour rejoindre « Canal Académies » d’abord, la radio de l’Institut de France, et très vite la commande par Robert Laffont d’un recueil des œuvres de Bainville, puis encore d’un dictionnaire du Vatican et du Saint-Siège. « On dit qu’on a une bonne étoile. Moi, je crois en la Providence ».
En ce mois de septembre, sa webradio « Storiavoce » souffle sa cinquième bougie : « Notre objectif était de mettre en avant des livres d’histoire et la recherche historiographique afin d’aider les professeurs de collège et lycée à rester à jour ». Suivie par professeurs, étudiants et férus d’histoire, cette aventure purement bénévole est un pari réussi qui lui procure une liberté dont il ne jouirait pas à l’université, « gangrenée ». La vocation d’enseignant, il ne l’a de toute façon jamais eue, quoiqu’il aime passionnément transmettre. Avec gourmandise, il nous révèle l’idée de la rentrée sur « Storiavoce » : des correspondants vont confronter le monde de la recherche aux historiographies étrangères. « Une idée qui me semble géniale ! » Aussi présentateur d’une émission sur KTO, il vient d’achever une biographie de saint Pierre à paraître en novembre.
Par beaucoup, il a été estampillé de droite pour avoir choisi l’histoire politique, un attachement aux grandes figures qui en ferait un défenseur du roman national par trop réactionnaire. Détrompez-vous : « Le roman national, c’est Jules Michelet, et tous ses protagonistes sont des anticléricaux. L’Église en a été chassée ». Lui préfère le « récit national », et l’objectivité aux raccourcis. « On a un devoir de vérité, on ne peut pas raconter des carabistouilles ». Pourfendeur d’une classe politique amnésique, il s’inquiète des déconstructeurs qui jouent aux procureurs outre-Atlantique, mais croit dur comme fer que la France n’y cédera rien : « Nous avons des anticorps civilisationnels : les Français aiment l’histoire, et nos pierres parlent ».
« La plongée rejoint un peu ma foi : c’est une hymne à la Création. En plongeant, je la touche un peu du doigt »
Christophe Dickès
Au cours de notre discussion, une figure revient inlassablement, « papa », dont la tendresse qu’emprunte sa voix en le prononçant dit beaucoup sur la force de leur relation, depuis sa tendre enfance à Boulogne-sur-Mer avec ses quatre frères et sœurs, jusqu’au décès l’an dernier. « Dès l’âge de 14 ans, il m’a donné le virus de la politique. J’allais le voir en Conseil municipal. Il était au RPR, mais on disait que c’était un infiltré d’extrême droite ». Historien local, le docteur Jean-Pierre Dickès aurait aimé que son fils en fasse autant. « Dieu merci, il n’y avait pas d’université à Boulogne ! » Il n’en restera pas moins sa très sûre boussole une vie durant : « Papa était très important, je lui dois beaucoup ».
En dehors de l’Histoire, c’est la bande dessinée qui le passionne, depuis ce dimanche post-bac où lui et son meilleur ami regardent I comme Icare avec Yves Montand. « Il m’a dit que ça ressemblait à XIII, et est revenu avec huit bd sous le bras. J’ai commencé à les lire le dimanche à 20 heures, et j’ai fini à 3 heures du matin. J’ai trouvé ça génial ! » Depuis, il est un adepte invétéré de la BD, mais regrette la raréfaction des scénarios de qualité. Une seconde passion, plus singulière encore : la plongée sous-marine, dont il est diplômé et qu’il pratique en Espagne grâce à un pied-à-terre familial, animé d’une approche toute chrétienne de l’écologie : « La plongée rejoint un peu ma foi : c’est une hymne à la Création. En plongeant, je la touche un peu du doigt ».
Quelques jours après notre entrevue et sans l’en avoir sollicité, Christophe Dickès a tenu à nous envoyer une phrase prononcée par le cardinal Biffi dans la mini-série The New Pope : « Nous sommes tous des misérables créatures que Dieu a réunies pour former une glorieuse Église ». Deo gratias.





