La campagne électorale de Macron ne se fait, pour l’instant, pas sur le terrain mais bien depuis l’Élysée et le palais Bourbon, d’où il flatte alternativement sa droite et sa gauche. Dernier fait d’armes en date : la majorité présidentielle s’est prononcée en faveur de l’allongement de l’IVG de 12 à 14 semaines. Fait assez surprenant – quoique le cynisme élyséen ne surprend plus – puisqu’en juillet, le texte avait été enterré par un semi-véto présidentiel – après avoir déjà été mis en échec une première fois par les députés Les Républicains en avril.
Cette fois, Macron s’étant dit opposé au texte, le gouvernement a préféré s’en remettre à la « sagesse » des parlementaires, dixit Olivier Véran. Au palais Bourbon, c’est Christophe Castaner qui est à la manœuvre. Qu’en conclure ? Dans la logique de campagne présidentielle, Emmanuel Macron joue le rôle de Pilate et se lave les mains : pour séduire l’aile progressiste de son mouvement, il laisse la majorité en charge de faire passer une telle mesure, sans toutefois la cautionner ouvertement pour ménager l’électorat de centre-droit qu’il a petit à petit annexé.
Marine Le Pen continue de faire la sourde oreille sur ces thématiques afin de ne pas froisser son électorat, très divisé sur ces questions. Tant pis pour la droite, et pour les femmes, et pour les avortés
Très concrètement, cette proposition de loi, portée par la députée EELV Albane Gaillot, espère allonger la durée légale de recours à l’avortement jusqu’à 14 semaines. Sur les soixante parlementaires LREM présents, 48 ont voté pour, 8 contre, avec 4 abstentions et 2 non-votants.
Les Républicains étaient eux aux abonnés absents : seuls dix-sept étaient présents dans l’hémicycle alors qu’ils disposent de cent trois sièges ! Si l’électorat conservateur est très sensible aux questions bioéthiques, il faut croire que ceux qui la représentent n’en n’ont cure. Parmi les dix-sept Républicains qui se sont prononcés en défaveur du projet, notons la présence – habituelle sur les questions sociétales – de Julien Aubert, Thibault Bazin, Fabien Di Filippo ou encore Patrick Hetzel, quand bien même ils savaient pertinemment que leurs voix ne pèseraient rien face à la majorité. En revanche, aucun signe de vie de la part du chef du parti Christian Jacob, ou d’Éric Ciotti.
Côté RN, ce n’est guère mieux : aucun député du RN n’était présent ! Marine Le Pen continue donc de faire la sourde oreille sur ces thématiques afin de ne pas froisser son électorat, très divisé sur ces questions. Tant pis pour la droite, et pour les femmes, et pour les avortés.
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Adopté par l’Assemblée nationale, le texte arrivera prochainement au Sénat, qui devrait théoriquement le bloquer puisque la droite, en majorité au palais du Luxembourg, est opposée idéologiquement au texte. Les députés ont par ailleurs refusé la suppression de la « clause de conscience spécifique des médecins » prévue dans le texte originel. Cette clause stipule qu’aucun « médecin ou sage-femme n’est jamais tenu de pratiquer une interruption volontaire de grossesse et aucune sage-femme, aucun infirmier ou infirmière, aucun auxiliaire médical n’est tenu d’y concourir ». Les professionnels de santé ont par contre l’obligation de renvoyer la patiente vers un autre praticien qui accepte de se livrer à ce genre de pratiques.
La gauche croit voir dans cette clause une énième discrimination des femmes. La socialiste Marie-Noëlle Battistel, qui demandait cette modification avec sa collègue écologiste, estime ainsi que cette clause « n’a pour seul impact que de stigmatiser » les femmes. Peut-être qu’elle a aussi pour but de ne pas forcer un professionnel de santé à cracher sur l’un des principes phares du serment d’Hippocrate, à savoir que le médecin ne donne « jamais la mort délibérément », et de leur permettre de pratiquer leur profession dans le respect de leur conscience.





