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Richard Millet : dernier roman

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Publié le

17 décembre 2021

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Après le presque décevant La Nouvelle Dolorès (2017), Richard Millet revient avec un superbe roman qui met en scène un preux boulanger volant au secours des dames.
millet

Pierre-Antoine Fournial, seize ans, est envoyé chez sa tante à Villevaleix, petite campagne du haut-plateau Limousin, pour soigner sa tuberculose. Atteint d’une maladie désuète et très littéraire, ce Perceval pour qui les romanciers sont des hérauts fait la connaissance d’Emma, une jolie blonde aux origines bulgares (d’où le titre qui renvoie aux Odryses thraces) : la « reine » inaccessible du village. C’est ce que lui déclare le boulanger, Jean-Joseph, un homme de cinquante ans surnommé le « Surmâle » car, dans son fournil, il « pétrit » aussi bon nombre de femmes seules… De fournil à Fournial, il n’y a qu’un « a » : Pierre, qui est vierge et ignorant de tout sauf des livres, trouve en lui un père de substitution, un homme bon, qui révère les dames et se met à leur service. « Jean-Jo » le guide dans ses amours et le prévient contre Steve, le couvreur d’Eymoutiers, qui mène la bande des jeunes du coin et organise des soirées aux allures de « messes noires ». Pierre a aussi pour rival auprès d’Emma, Théo, le fils du riche industriel qui a racheté le château du coin, un parvenu qui se croit tout permis.

Lire aussi : Richard Millet : Depardieu, Ménez, Huppert et moi

Un livre-rédemption

Ce roman est le versant lumineux de Province (Léo Scheer, 2016) : contrairement à l’écrivain maudit, le boulanger veille ici sur les femmes, comme sur Emma, vierge et « nymphe », qui initie Pierre à l’âge d’homme. Dans ce roman d’apprentissage, le Mal est bien sûr présent : c’est aussi le mal des campagnes, l’ennui et la misère qui rendent les âmes fragiles, et que Steve, un pauvre type sans envergure mais qui apporte du souffre, exploite médiocrement. Grand lecteur de Giono et de Bernanos, Richard Millet s’intéresse à une jeunesse paumée rarement évoquée et fait allusion au Grand Meaulnes, dont Steve dévoie la magie. Et Millet fait une nouvelle (et dernière ?) incursion à Siom, l’épicentre de son œuvre magistrale, dont on croise les fantômes. D’après l’écrivain, l’un de nos plus grands en activité, ce roman serait en effet le seizième et ultime. Refusé par tous les éditeurs, ce qui en dit long sur l’édition actuelle, La Princesse odrysienne est auto-édité chez un libraire de Pau. Près de vingt ans après. L’Invention du corps de saint-Marc (P.O.L., 1983), où le jeune narrateur renonçait à l’écriture considérée comme une « longue maladie », cette obsession revient sous son aspect littéral, la tuberculose, le cancer d’autrefois. La boucle serait-elle bouclée ? Richard Millet aurait-il décidé de rentrer au pays, reconverti comme son boulanger ? Le pain au levain, au-delà d’une métaphore sexuelle plaisante, réunit dans ce roman tous les ingrédients de la vie, d’une générosité rare dans l’œuvre de Millet, qui fait de ce livre un chant d’espoir. Et peut-être une rédemption.


La Princesse odrysienne, Richard Millet, Aqua Aura, 248p., 15€

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