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Nantes : justice politique pour les ex-gudards ?

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Publié le

28 mars 2022

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La semaine dernière un procès assez médiatisé a eu lieu à Nantes pour une agression par des membres du GUD de deux antifascistes, qui avait eu lieu le soir des résultats du second tour de la précédente élection présidentielle. Dans une ambiance rendue délétère par l’omniprésence d’une extrême gauche vindicative, les peines prononcées ont été d’une étonnante sévérité. Récit.
GUD

Du 21 au 25 mars se déroulait le procès de quatre jeunes hommes se réclamant du groupe union défense (GUD). Le 7 mai 2017 ils avaient passé à tabac deux jeunes garçons à l’arrêt de tramway du Chaffault à Nantes. Les gudards expliquaient cette violente par un règlement de compte politique. Les victimes sont Erwan D, qui souffrirait d’une infirmité permanente, et Steven D.

Sur le bancs des accusés, François M, Antoine D, Joyce B et Matthieu G se tiennent droit, ni fiers ni penauds, ni énervés ni apaisés, ni accablés ni confiants. Ils ont refoulé toute émotion sur le conseil de leurs avocats. Il faut intérioriser. Ne rien laisser paraître de peur de donner une mauvaise réaction. Sur ce banc, il manque le cinquième accusé, Tanguy M, décédé accidentellement pendant l’été 2020. L’alarme sonne, l’assemblée se lève, la procédure commence. Ils vont être jugés pour avoir, le soir du 7 mai 2017, lynché deux militants qu’ils savaient être des antifascistes. Tir au sort des jurés, déclination d’identité des accusés. Vient le récit des faits, de la bagarre à l’arrestation en préventive, puis la qualification du crime commis. Il s’agit de violences ayant entraîné une infirmité permanente avec trois causes aggravantes à savoir la réunion, le guet-apens ou la préméditation, et l’usage d’une arme.

Il s’agit de violences ayant entraîné une infirmité permanente avec trois causes aggravantes à savoir la réunion, le guet-apens ou la préméditation, et l’usage d’une arme.

Les accusés se voient brossés un portrait par une société d’enquête. La société relève des problèmes familiaux, des parcours chaotiques. Pour François M, une enfance compliquée et une relation paternelle malsaine et dangereuse seraient à l’origine d’un comportement violent. C’est le cas pour tous, des pères sévères, absents, beau-père violents, alcooliques, tout semble lier ces quatre jeunes garçons aux idées tranchées. La présidente de la cour continue son flots de questions, aux jeunes hommes et aux différents intervenants. Témoins, psychologue, psychiatre, accusés, victimes, enquêteurs ; tous passent à la barre et tentent de donner un sens à cette nuit du 7 mai 2017.

Les accusés racontent le déroulement de cette fameuse nuit. A quelques détails près, ils racontent la même histoire. Ils se seraient retrouvés au local du RN pour attendre le résultat des élections, et seraient allé boire un verre en ville. Après avoir été reconnus par une cinquantaine d’antifascistes armés, ceux-ci auraient couru après deux d’entre eux. Ils se seraient retrouvés un peu plus tard après cette épisode frustrant et, énervés, auraient décidé de se venger. Ils auraient pris la voiture de Joyce B et seraient partis à la « chasse ». Ils seraient ensuite tombés sur les futures victimes, Erwan et Steven, qu’ils avaient reconnus comme appartenant au groupe d’antifas les ayant poursuivi. Les deux garçons rentraient alors chez eux à vélo avant de se faire attaquer par les cinq hommes.

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Lorsque l’enquêtrice témoigne à la barre, la présidente s’étonne du peu de sérieux de l’enquête effectuée. C’est en effet la famille d’une des victimes plongée dans un coma artificiel qui vient récupérer, sur les lieux de l’agression, des bouts de verre de bières brisés pour identifier les agresseurs et obtenir justice. Sur les nombreux appels à la police, pas une voiture ne s’est déplacée, et à la question de savoir pourquoi, l’enquêtrice répond seulement qu’elle ne sait pas. De plus, les téléphones des victimes seront fouillés mais pas ceux des agresseurs. La matraque télescopique retrouvé chez l’un des accusés sera détruite alors qu’elle aurait pu être utilisée comme pièce à conviction. La commissaire, gênée, qui pourtant savait qu’elle serait appelée pour témoigner et qui détenait les PV, répète à plusieurs reprise « qu’elle ne sait plus » aux questions posées par la juge. La procureur s’excusera auprès des victimes et leur famille « au nom de la justice » pour ce manque de professionnalisme.

Pour autant, outre l’enquête bancale, la justice ne parait pas objective au vu des condamnations données. En effet, le 26 mars vers 23 heures, après de longues heures de délibérés, le verdict tombe pour les jeunes gudards. 8 ans pour Joyce B, 6 ans pour François M avec mandat de dépôt et 3 ans avec sursis pour Antoine D et Matthieu G.

La justice ne parait pas objective au vu des condamnations données.

Pourtant, pour Joyce B en état de récidive, aucune preuve, aucun aveux, aucun témoignage ne permettent de déterminer s’il a ou non porté des coups aux victimes. Lui s’en défend. Les co-auteurs, quant à eux, ne parlent de Joyce B que pour le désigner comme le conducteur de la voiture et comme celui le plus à même d’avoir autorité sur eux du fait de son âge et de son ancienne responsabilité au sein du GUD Bretagne.

Pour Matthieu G, son conseil explique que pour les mêmes faits, Tanguy M, décédé en 2020, avait lors d’une précédente affaire été condamné à 8 mois de sursis et mille euros d’amende. La peine de 3 ans de sursis semble donc disproportionnée au vue des exemples que la justice française donne.

Quant à François M la lourdeur de la peine peut être discutée du fait du doute qu’a émis son avocat lors de sa plaidoirie sur la question de savoir si les séquelles de l’une des victimes pouvaient être qualifiées d’infirmité permanente, ou plutôt de déficit permanent. Une question de grande importance puisque selon la réponse l’affaire pourrait relever du tribunal correctionnel et non de la cour d’assise. La présidente tranchera cette question avant de donner le verdict en disant « sur la question de savoir si les violences commises sur Erwan D. ont entraîné une infirmité permanente, la cour a l’unanimité de 7 voix a répondu oui ». Erwan souffrirait en effet «de séquelles neuropsychologiques. Il a des troubles de la concentration, des difficultés à accomplir certains gestes, un sommeil très perturbé », énumère son conseil, M Poquet.

Les familles devront être escortées par la BAC pour éviter toute violence.

Pour autant si Erwan affirme craindre la foule et être traumatisé par la violence il ne le sera pas le dernier jour lorsque 140 antifascistes attendront les familles des accusés à l’extérieur et intérieur du tribunal afin de les intimider, voire plus. Les familles devront en effet être escortées par la BAC pour éviter toute violence. De plus le conseil de François a rappelé que pour l’affaire Clément Méric, également très politisée et médiatisée, l’auteur des coups mortels avait été condamné en appel à 8 ans de prison. La même peine demandée par l’avocat général à François. La mort mis sur le même plan qu’une infirmité permanente.

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Tous les avocats ont rappelé au jury qu’ils n’étaient pas là pour « juger des idées mais des hommes », qu’en d’autres termes, ce procès ne devait avoir pour but de punir les idées bien tranchées des accusés mais bien de juger sur les faits de violences dont ils ont fait preuve. « Vous ne jugez pas des fachos, vous ne jugez pas des extrémistes ou des nationalistes, vous jugez 4 hommes » plaide maître Cabioch, le conseil de François M.

A la suite de ce verdict que François M et Joyce B seront menottées et emmenés à la maison d’arrêt de Nantes. Ils disposent de 10 jours pour faire appel de cette décision. Ils laisseront la salle des assises au cœur d’une tension palpable. En effet, pendant cinq jours, deux camps se sont dessinés. D’un côté l’extrême gauche venue soutenir les victimes, de l’autre la famille et les amis des accusés. Pourtant les victimes se sont toujours défendus d’appartenir à la mouvance antifasciste. Des propos douteux quand on a connaissance de la présence de centaines d’antifas – notamment du média récemment dissous par le ministre de l’intérieur « Nantes révoltée » – au procès.

La tension était si palpable que les policiers interdiront le dernier jour à quiconque de se placer derrière les soutiens des accusés. Cette décision a notamment fait suite au plainte des familles des gudards qui se sont fait, toute la semaine, insulter mépriser voire cracher dessus.

La tension était si palpable que les policiers interdiront le dernier jour à quiconque de se placer derrière les soutiens des accusés. Cette décision a notamment fait suite au plainte des familles des gudards qui se sont fait, toute la semaine, insulter mépriser voire cracher dessus. L’affaire reprendra si les accusés font appel, en attendant, deux d’entre eux dorment ce soir et pour de nombreuses nuits en prison. La justice a préféré la punition plutôt que le pardon et la confiance. Les jeunes de 23 à 32 ans ont été condamnés pour les garçons qu’ils étaient en 2017 sans prendre en considération les évolutions plus que positives des anciens bagarreurs.

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