À l’occasion de la cérémonie d’ouverture des JO, Xi Xinping et Vladimir Poutine ont réalisé une déclaration conjointe, annonçant « l’entrée des affaires internationales dans une nouvelle ère ». Cette déclaration a été assortie de la signature d’un nouveau contrat gazier entre les deux pays. Cela démontre-t-il que Vladimir Poutine avait anticipé la possibilité des sanctions occidentales et cherché à sécuriser de nouveaux marchés pour le gaz russe ?
Dans le contrat signé entre la Chine et la Russie le 21 mai 2014, cette dernière doit fournir chaque année 38 milliards de mètres cubes de gaz pendant les trente années à venir, pour une somme de 400 milliards de dollars américains. Comme dans la plupart des cas pour les négociations commerciales, le prix est un facteur décisif. Le prix du gaz naturel exporté de Russie vers l’Europe est de 380 dollars pour mille mètres cubes. Or, la Russie souhaite que le prix du gaz exporté vers la Chine soit plus élevé que celui vers l’Europe. En raison des conditions météorologiques difficiles en Extrême-Orient, le coût du transport par gazoduc est en effet plus conséquent.
En 2014, un chercheur chinois du Centre de recherche sur le développement du Conseil d’État a révélé que la Russie souhaitait 388 dollars pour mille mètres cubes, et que la Chine proposait 380 dollars, le prix négocié est donc entre les deux. En comparaison, le prix moyen du gaz naturel importé par la Chine du Turkménistan, du Kazakhstan et d’autres pays d’Asie centrale est de l’ordre de 200 dollars. Par contre, la Chine a participé à la construction du gazoduc reliant aux pays d’Asie centrale. L’année 2014 est également marquée par l’annexion de la Crimée par la Russie, qui a précédé de deux mois la signature du premier méga-contrat gazier sino-russe et cette nouvelle situation géopolitique a facilité la négociation de la signature à l’avantage de Pékin.
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Lors de la visite de Vladimir Poutine en Chine en février 2022, une nouvelle série de contrats a été signée entre les deux pays, dont un accord d’approvisionnement en gaz naturel à long terme, qui s’ajoute aux 10 milliards de mètres cubes de gaz par an, pour arriver à 48 milliards de mètres cubes. De plus, un accord d’approvisionnement en pétrole a également été conclu. Cet accord pour une durée de dix ans, a pour objectif de fournir 100 millions de tonnes de pétrole par an. En même temps, l’exportation de 38 milliards de mètres cubes vers la Chine ne se fera pas du jour au lendemain. En 2021, la Chine a importé 10 milliards de mètres cubes du gaz russe, soit 10 % de celui que la Russie exporte vers l’Europe. Il faudra attendre 2024 pour arriver à la capacité nominale du pipeline, soit 38 milliards de mètres cubes. En revanche, ces dernières années, les exportations de gaz naturel de la société russe Gazprom vers les pays de l’Union européenne ont atteint en moyenne 180 à 200 milliards de mètres cubes par an. Un manque à gagner difficile à compenser par la Chine.
Lors du vote de la résolution au Conseil de Sécurité des Nations-Unies, la Chine s’est simplement abstenue. L’alliance Russie-Chine n’est-elle pas finalement fragile et exposée à un certain attentisme chinois et à l’imprévisibilité russe ?
Quelles que soient les circonstances, et même après l’invasion russe en Ukraine, la Chine répète que les deux pays sont des partenaires très solides. Côté russe, le 27 février, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères a prétendu que « la Russie a encore des amis dans le monde, notamment la Chine », en décrivant son voisin asiatique comme une grande puissance et un pays mesuré. Ces propos ont ravi les Chinois. Sans doute, dans cette crise ukrainienne, Pékin se trouve dans une situation inconfortable. D’un côté, de bonnes relations avec le Vieux continent sont primordiales pour Pékin, alors que l’empire du Milieu nourrit une relation glaciale avec les États-Unis. De plus, en 2013, dans une déclaration commune sino-ukrainienne, Pékin s’est engagé à fournir à l’Ukraine des garanties de sécurité, en cas d’agression ou de menaces d’agression… à l’aide d’armes nucléaires.
« Quelles que soient les circonstances, et même après l’invasion russe en Ukraine, la Chine répète que les deux pays sont des partenaires très solides »
Zhulin Zhang
D’un autre côté, la Russie est l’un des seuls alliés de poids sur lequel la Chine peut compter lors d’une confrontation avec l’Occident. Et la Russie est le seul pays membre permanent de l’ONU qui soutient l’idée de la récupération de Taïwan. Un soutien très précieux pour le président chinois Xi Jinping, qui envisagerait de faire de l’unification de la Chine l’une des grandes entreprises de son mandat présidentiel.
Cependant, ce rapprochement n’est pas vu d’un bon œil par tout le monde en Chine. Hu Xijin, ancien rédacteur en chef de journal nationaliste Huanqiu Shibao, qui a une influence considérable sur l’opinion publique malgré sa récente retraite, critique « la russification de la diplomatie chinoise », jugeant que cela n’est pas bénéfique pour son pays.
Peut-on dire que la décision brutale de Vladimir Poutine d’envahir l’Ukraine représente pour la Chine un test grandeur nature qui peut inspirer Pékin pour Taïwan?
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Dès le début de l’action militaire russe, certains Chinois ont exulté en imaginant le jour où l’armée chinoise récupérera leur chère île de Taïwan. Le refus des pays occidentaux d’envoyer des soldats pour soutenir l’Ukraine a été interprété également par d’autres commentateurs chinois comme une faiblesse de l’Occident. Le refus de créer une zone d’exclusion aérienne par l’Otan a renforcé ce sentiment. Poutine gagne des points chez les Chinois qui le considèrent comme un homme puissant qui est capable de sévir et de punir le mutin ukrainien dans son arrière-cour. Pour certains Chinois, Taïwan mérite le même traitement. Dans ce contexte, « l’Ukraine aujourd’hui, c’est Taïwan demain » est un slogan qui s’impose des deux côtés du détroit.
La conjoncture semble désormais plus favorable à Pékin. Car, si Washington et ses alliés consacrent leurs forces à la crise russo-ukrainienne, ils auront logiquement moins d’énergie et de moyens à consacrer au dossier taïwanais. Les réactions des pays occidentaux après l’invasion de l’Ukraine rassurent Pékin et le Parti communiste chinois sait parfaitement que les pays occidentaux se soucient d’avantage de leur santé économique. Or la Chine pèse lourd sur l’économie mondiale. En comparaison, le PIB de son cher allié russe est inférieur à celui de la province chinoise du Guangdong. Dans une atmosphère internationale tendue, Pékin a annoncé une augmentation de 7,1 % de son budget militaire. Même si ce budget d’environ 209 milliards d’euros reste très loin de celui des États-Unis (709 milliards d’euros), cette hausse a été interprétée comme un signal dangereux pour Taïwan.
« Le refus des pays occidentaux d’envoyer des soldats pour soutenir l’Ukraine a été interprété également par d’autres commentateurs chinois comme une faiblesse de l’Occident »
Zhulin Zhang
Parfois les médias occidentaux décodent mal les messages chinois. L’un des derniers date d’octobre 2021. De nombreux médias français ont rapporté que « la Chine promet la “réunification” avec Taïwan “par des moyens pacifiques” », une interprétation partiale du discours du président chinois à l’occasion des commémorations du 110e anniversaire de la Révolution de 1911 en Chine. Or, ce que Xi a déclaré, c’est que « réaliser la réunification par des moyens pacifiques est dans le meilleur intérêt de la nation chinoise dans son ensemble, y compris des compatriotes taïwanais ». Quelques jours plus tard, le Bureau des affaires de Taïwan a réaffirmé que « nous ne nous sommes pas engagés à renoncer à l’usage de la force [pour récupérer Taïwan] ». Il n’y a donc aucune ambiguïté sur ce dossier, parler de « moyens pacifiques » n’exclut en rien le recours à la force.
La Russie représente-t-elle un allié encombrant pour Pékin ou peut-on penser au contraire que l’isolement russe place Moscou dans la main de la Chine ?
Inévitablement, l’isolement russe pousse Moscou dans les bras de la Chine qui est le seul soutien de poids, au moins sur le plan économique, pour éviter l’effondrement du pouvoir russe. En 2021, malgré la crise sanitaire mondiale, le commerce bilatéral entre la Chine et la Russie s’est élevé à 1,49 milliard de dollars américains, soit une hausse de 35,8 % par rapport à l’année précédente. Depuis 2010, la Chine est le seul partenaire commercial dont les exportations vers la Russie ont considérablement augmenté. Ces dernières années, on peut constater que, lorsque les Américains ou les Européens se retirent de certaines régions ou certains dossiers, la Chine comble immédiatement ces vides. C’est le cas de l’exclusion de la Russie du réseau bancaire Swift, cette dernière se tourne dès lors vers le système de paiement chinois « UnionPay ». Logique et prévisible.





