Chère Virginie Efira, que de chemin parcouru depuis vos débuts discrets sur une télévision locale du plat pays ! Vous avez gravi les échelons patiemment, à votre rythme, avec souffle et application. Sans brûler les étapes. Vous avez gagné vos étoiles sur le boulevard des actrices francophones, vous êtes devenue l’indispensable atout belge des distributions luxueuses. Vous n’étiez pourtant pas partie de grand-chose. Une présentatrice, souvent, c’est mal vu. Il faut batailler ferme, dans ce monde de Cruella et de Cassandre, pour imposer son visage – fût-il charmant comme le vôtre. Aujourd’hui vous êtes une femme comblée, une actrice courtisée par les plus grands. Même Paul Verhoeven, le Hollandais violent, est tombé amoureux de votre voix grave, de ces yeux qu’éclaire une joie secrète, de ce jeu pénétré, à l’écoute de vos partenaires. C’est simple, votre présence suffit parfois à arracher au naufrage n’importe quel nanar, vous mériteriez presque vos galons de sauveteuse en mer. Vous êtes bouleversante plus souvent qu’à l’accoutumée, et tout le monde garde une image secrète de vous dans son panthéon personnel de cinéphile. Quoi de plus normal dans ce cas, que le festival de Cannes vous désignât cette année pour être sa maîtresse de cérémonie ?
C’est simple, votre présence suffit parfois à arracher au naufrage n’importe quel nanar, vous mériteriez presque vos galons de sauveteuse en mer.
Constatez l’ampleur des dégâts
Ah, Cannes ! Le plus grand marché du film à l’international, l’exception française, la vitrine de l’excellence hexagonale ! Vous vous rêvâtes probablement Bardot, torride naïade dévorée par les objectifs dans le printemps brûlant des sixties, ou Adjani évoluant silencieusement derrière ses vitres teintées, précieux poisson des profondeurs captif des récifs accidentés du showbiz… mais tout cela est bien loin. Car au fond, le festival de Cannes est-il encore quelque chose ? Si la pandémie mondiale a eu quelque mérite, c’est bien de saborder les vieilles lunes, de montrer à quel point certaines institutions culturelles étaient désormais dérisoires et factices. La Palme d’Or attribuée l’année dernière au grotesque Titane de Julia Ducournau, faux brûlot transgenriste mais vrai navet prétentieux, aura achevé de nous convaincre : à Cannes, on ne parle plus d’art depuis longtemps, mais on récompense les films pour leurs vertus idéologiques. Comme pour copier Hollywood, le wokisme est devenu l’alpha et l’oméga d’une bonne sélection, et l’hypocrisie progressiste tourne à plein régime.
Qu’allez-vous faire dans cette galère ?
D’ailleurs, la nomination récente de l’allemande Iris Knobloch à la direction du festival, en lieu et place de Pierre Lescure, ne vous aura pas échappé. «Première femme» à diriger le festival, elle a surtout été choisie en ses qualités d’ancienne responsable de Warner et pour tenter de faire re- venir les investisseurs américains, qui boudent de plus en plus la French Riviera, et préfèrent des festivals moins poussiéreux, à Berlin ou Agadir. Knobloch, c’est un pro- file business, comme on dit dans le milieu, une juriste qui vient de monter sa « petite » affaire (un fonds d’investissement spécialisé dans le divertissement) et dont la candidature a été poussée bien fort par Dominique Boutonnat (président du CNC) et Roselyne Bachelot, au grand dam des professionnels du film qui voient là une nouvelle fourberie du gouvernement Macron. Le festival de Cannes avait déjà perdu une grande partie de son aura, mais il est permis de penser qu’avec ce genre de gorgone affairiste à sa tête, il ne sera bientôt plus qu’un « hub » technico-commercial entre plateformes de streaming et producteurs autorisés. Quant au cinéma d’auteur, on le voit disparaître peu à peu dans le rétroviseur, horizon désuet. Chère Virginie, qu’allez-vous faire au fond dans ce gang de requins ?





