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Qui, mais qui ? Steven Patrick Morrissey

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Publié le

18 mai 2022

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Chaque mois, L’Incorrect tire le portrait d’une personnalité qui fait rayonner les lettres et les arts contemporains. En ce mois de mai, nous tirons le portrait de Steven Patrick Morrissey, un rockeur irréductible.
Culture-MorrisseyFB

Après avoir été à la fois à la mode et sulfureux, le rock’n’roll est désormais ringard et tristement convenu. La chaîne Disney + s’apprête à nous présenter une série sur les Sex Pistols : les punks sont aujourd’hui chez Mickey ! Nos charmants rebelles d’antan sont devenus des marquis vieillissants qui n’osent sortir de leurs luxueuses tanières pour critiquer le monde tel qu’il est. Grâce à Dieu, quelques irréductibles insoumis résistent à l’air désodorisé de l’époque. En premier lieu de ceux-là se trouve Morrissey.

The Smiths : Révolution anglaise

Né en 1959 dans cette ville de Manchester qui enfanta tant d’icônes, Steven Patrick Morrissey grandit dans une famille d’origine irlandaise nouvellement installée en Angleterre. Son enfance est partagée entre deux refuges : les livres (sa mère est bibliothécaire) et la musique. La future diva du rock indépendant n’est alors qu’un garçon chétif qui se console des souffrances de sa morne vie en fréquentant un panthéon d’idoles seul dans sa chambre. De James Dean à Oscar Wilde, d’Elvis Presley à Dorothy Parker, de David Bowie à Keats. À la fin de la première vague punk, Morrissey fait ce qui sera probablement la rencontre la plus importante de sa vie. Nous sommes le 20 mai 1982 lorsque Johnny Marr frappe à sa porte. L’un et l’autre ont respectivement 19 et 23 ans et ils vont changer l’histoire du rock anglais en à peine cinq années, quatre albums et soixante-dix chansons. Le fantastique guitariste qu’est Johnny Marr, avec son jeu où les notes cristallines tissent une sublime dentelle, et la voix lyrique porteuse de textes à la fois romantiques, cyniques et cruels de Morrissey forment un duo au sommet. Souvent frondeuse, parfois provocatrice, toujours inventive, l’écriture de Morrissey est en quelque sorte un journal intime qui n’oublie jamais d’être drôle et mordant. Jamais Morrissey ne cherchera à dire autre chose que ce qu’il veut dire, et à ce titre, il refusera de participer au concert contre la faim en Éthiopie affirmant que s’il comprenait la souffrance endurée par ces populations, ce n’était pas une raison pour faire subir aux Anglais des concerts qu’il juge ridicules. Inutile de préciser que la presse ne fut pas particulièrement indulgente à son égard. En 1987, après des tensions dues à des différends artistiques, les Smiths se séparent.

L’un et l’autre ont respectivement 19 et 23 ans et ils vont changer l’histoire du rock anglais en à peine cinq années, quatre albums et soixante-dix chansons.

Faut-il encore lire les Inrocks ?

On pouvait s’étonner qu’une pareille vedette n’ait pas encore trouvé un biographe français pour nous conter sa vie et son œuvre. C’est chose faite avec Morrissey, l’insoumis de Nicolas Sauvage. Dans ce livre de plus de 600 pages, c’est plus de soixante années du « Moz » qui nous sont révélées avec une érudition folle et une élégante clarté, l’auteur nous offrant un beau voyage au contact de cet étrange personnage saturnien. Aujourd’hui, après plus de trente années d’une carrière solo qui fut parfois grandiose et hélas, aussi, plus piteuse, Morrissey n’a jamais cessé d’être l’une des figures les plus polémiques d’un monde musical qui ne l’est plus guère. Successivement contempteur de la monarchie anglaise, défenseur des animaux, favorable au Brexit et entaché par de ridicules accusations de racisme, il est devenu persona non grata aux yeux de certains vertueux. Pour d’autres, il est resté tel qui fut toujours : iconoclaste, insolent et libre. Il y a quelque temps, Les Inrocks se pinçaient le nez en se demandant s’il fallait « encore écouter Morrissey ? » La réponse est définitivement oui.


Morrissey, L’insoumis,
Nicolas sauvage, camion blanc, 622 p., 32 €

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