Le soleil envoie une partie de sa chaleur à notre atmosphère terrestre. Celle-ci la transmet aux océans, aux végétaux, mais aussi à la croûte terrestre. Entre 5 et 10 mètres de profondeur, la température du sol est constante toute l’année. En France, elle s’établit aux alentours de 12 degrés. Entre 45 et 200 mètres, la température est plus basse, et la chaleur met un siècle pour parvenir à cette profondeur. Au-delà, la chaleur du noyau de la planète commence à se faire sentir. Ces chaleurs, peu profondes ou profondes, peuvent être exploitées par la géothermie. Avec elle, l’industrie produit du chaud, du froid et de l’électricité.
Cette technologie fore et capte la chaleur, essentiellement en pompant des eaux chaudes des profondeurs, ou en envoyant de l’eau sous le sol, où elle se réchauffe. En somme, la terre est utilisée comme un radiateur dans lequel circule l’eau de chauffage. Pour cela il faut creuser des trous. Les entreprises concernées font venir des camions sur le dos desquels se trouvent les foreuses. Elles se déploient à la verticale et font descendre leur tête de forage dans le sol. Au fur et à mesure que le trou est creusé, la machine installe des tubes dans la cavité pour en retenir les parois. C’est par ces tubes que circulent ensuite les eaux qui sont injectées ou pompées. Or, parfois, quand l’industrie creuse à plusieurs centaines de mètres de profondeur, et qu’elle injecte de l’eau sous pression, elle peut produire des mini secousses sismiques. Reprenons l’analogie des circuits de chauffage. Les tuyaux ou les radiateurs peuvent émettre des claquements lorsque l’eau chaude se met à circuler. Ces bruits sont dus au phénomène de dilatation du métal causés par l’arrivée de la chaleur, mais aussi par la pression de l’eau que la chaudière s’est mise à faire circuler.
Lire aussi : Biocarburants : une fausse bonne idée ?
Sous la terre, c’est un peu pareil. Il peut arriver qu’une couche de roche soit « dérangée » par la pression de l’eau qu’on la force à recevoir. Cela peut la faire bouger brusquement. Par nature, ce déplacement est sismique. En 2019 et 2020, c’est ce qui est arrivé à l’entreprise Fonroche au nord de Strasbourg. La préfète locale a décidé l’arrêt définitif du projet. Cela a presque tué une industrie naissante, qui se débattait déjà avec une réglementation démente. En 2008, la géothermie représentait 0,1 % de la production d’électricité en France. Fin 2017, à peine 17 permis avaient été octroyés. En Île-de-France, la géothermie alimente le chauffage de près de 250 000 logements. Les industriels tablent sur un potentiel supérieur à 1,5 million, soit plus de 10 % des Franciliens. Pour avancer ils ont besoin que l’État relâche la pression de ses normes, devenues absurdes.
L’énergie thermique des mers (ETM) est une histoire industrielle française. Jules Verne en a parlé le premier dans 20 000 lieues sous les mers. La technologie a été démontrée dans l’entre-deux-guerres par Georges Claude, le génial fondateur d’Air Liquide. Dans les années 70, l’Ifremer a poursuivi les recherches. L’ETM est une grosse pompe à chaleur installée en mer sous l’équateur. Elle utilise les eaux froides de l’océan, pompées à 1 000 mètres de profondeur et les eaux chaudes de surface. Cette technologie fournit une énergie renouvelable et non intermittente. Elle peut rendre indépendante en énergie toutes les îles situées entre les tropiques, notamment l’Outre-mer français, dont l’électricité coûte quatre à cinq fois plus cher à produire qu’en métropole. Mais l’ETM est encore compliqué. Il a besoin d’un investissement par l’État d’un à deux milliards d’euros pour finir de lever les risques technologiques. C’est ce que fit en son temps le gouvernement français, quand il décida de lancer le nucléaire, et d’y engloutir des sommes qui ont représenté plusieurs centaines de milliards d’euros sur trente ans.
Le mélange sort du tunnel par les trous et casse littéralement le schiste. Le gaz libéré s’engouffre dans le tunnel par où il remonte
Le gaz de schiste est un sujet compliqué. Ce gaz est emprisonné à grandes profondeurs dans une roche poreuse. Au lieu d’être stocké en une vaste poche dans laquelle il suffit de pomper, le schiste a séparé les molécules de gaz et les retient prisonnières. Il faut les libérer du schiste et les faire remonter à la surface. Pour cela la technique, développée en Amérique du Nord dans les années 80 et 90, consiste à creuser un puits verticalement jusqu’à un kilomètre de profondeur, puis à creuser horizontalement un tunnel percé de milliers de trous. Ensuite les exploitants injectent dans le puit un mélange d’eau et de sable, et de quelques additifs, sous très haute pression. Le mélange sort du tunnel par les trous et casse littéralement le schiste. Le gaz libéré s’engouffre dans le tunnel par où il remonte.
Un rapport de 2011 de l’Agence gouvernementale américaine de l’énergie (EIA) estimait que la France dispose de réserves équivalentes à 77 années de consommation, essentiellement localisées dans le sud-est et le bassin parisien. Ces estimations théoriques auraient besoin d’un véritable programme d’exploration pour être étayées. Or l’exploitation (tout comme l’exploration) des hydrocarbures de schiste ne sont techniquement possible que grâce à la technologie de la fracturation hydraulique, interdite en France en 2011 par Nicolas Hulot à la suite d’une campagne menée par des organisations écologistes. Leur efficacité a été telle qu’on peut se demander si elles n’ont pas été un peu aidées par des lobbies: ni le nucléaire ni nos amis qataris, saoudiens ou russes n’ont intérêt à ce que la France se mette à vendre son propre gaz au reste de l’Europe. L’interdiction a été confirmée en 2016 par Ségolène Royal et le Conseil constitutionnel.
Lire aussi : Vers l’hydrogène décarboné ? Entretien avec Paul Luchesse
Les arguments avancés s’appuyait sur des dégradations constatées dans certains États américains. Il est vrai que les États-Unis s’étaient jetés sur cette technologie avec leur impétuosité coutumière. Or, plus de 88 000 forages ont été réalisés. Que constate-t-on depuis? Que les tremblements de terre de magnitude 3 ont augmenté. La belle affaire : en-dessous de 3,5, ils ne sont généralement pas ressentis par l’homme. Des résidus chimiques ont été retrouvés dans les échantillons d’eau prélevés d’une exploitation. Et alors? En France, les résidus de la pilule féminine sont la première cause qui rend nos rivières non potables. Cela n’empêche pas de retraiter les eaux. Des paysages ont été modifiés. Chaque puits a besoin d’un terrain d’un hectare, sur lequel est bâti un bâtiment de moins de cent mètres carrés sans premier étage. Plutôt léger comme dégradation. Les sous-sols sont percés comme du gruyère et fragilisés d’autant. Ben voyons! Paris est un fromage à trous sous lequel nous perçons encore les métros du Grand Paris.
Les Français comptent parmi les champions du monde de la gestion combinée des sous-sols. Nous pourrions appartenir aux grands du gaz de schiste. D’ailleurs, selon un rapport commandé en 2012 par Arnaud Montebourg, l’exploitation du gaz de schiste en France pourrait rapporter jusqu’à 294 milliards d’euros sur 30 ans, et créer jusqu’à 225 000 emplois, soit un gain de croissance de plus de 1,7 % par an. Mais pour cela il faudrait commencer par accepter l’idée de mener des recherches, d’adopter une démarche scientifique, de prendre des risques, d’investir.





