Dans quelle mesure ce premier tour est-il un succès pour la droite dans la 4è circonscription du Vaucluse ?
Dans le Vaucluse, ce premier tour est un énorme succès puisque notre candidate Marie-France Lorho a réuni 41% des suffrages exprimés. C’est un remarquable succès ! Elle est qualifiée pour le second tour face à une candidate macroniste qui n’a pas fait plus de voix que n’avait fait sa prédécesseure contre moi il y a cinq ans. En ce qui nous concerne, il y a même une progression de trois points environ, si on additionne les scores des deux listes de droite d’il y a cinq ans.
Ce chiffre est logique car les électeurs de la France toute entière attendaient un candidat d’union des droites. Le candidat d’ultra-gauche, lui, a eu la suprême intelligence de faire cette union en fédérant autour de lui tous les partis de gauche, créant ainsi l’événement politique de cette élection. Si Marine Le Pen avait eu la même intelligence, Macron aurait été pris en étau entre l’union des droites et la Nupes.
La défaite de la droite est donc le fruit de la désunion ? Aurait-on beaucoup plus de députés si vous aviez été imité partout en France ?
Je crois que ça va plus loin que ça. La défaite de la droite est le fruit de la bêtise et de l’idiotie, et c’est ce qui est dramatique. Les partis de droite n’ont plus de démarche idéologique et ont une approche strictement alimentaire. La politique, ce n’est pas cela ! La politique, c’est développer un programme de survie dans un monde difficile et préparer le pays tout entier aux affrontements aussi bien économiques que civilisationnels, et même militaires d’ailleurs.
Ce n’est pas le contenu du discours, mais la continuité de la trahison qui est suicidaire pour la démocratie
Quel type de campagne avez-vous mené au premier tour et dans quelle mesure l’enracinement local a-t-il joué ?
Très sincèrement, je crois que ce qui a joué, c’est le travail que nous faisons depuis une dizaine d’années. C’est ce travail continu de tous les jours, de fidélité aux intérêts de nos concitoyens qui a permis que nous fassions la différence. Si j’ai un regret, c’est que ce combat n’ait pas été assez reconnu puisqu’il y a eu beaucoup d’abstention. On ne méritait pas cette abstention ! Au contraire, on méritait un vote massif car la politique que nous menons ici est une politique de fidélité à nos engagements fondamentaux qui sont systématiquement oubliés par le système en place.
Comment dès lors expliquer cette forte abstention ?
Je l’explique très simplement : elle est le fruit de la politique d’État. Il mène une propagande éhontée à travers l’ensemble des médias télévisés. Et ce lavage de cerveau entraîne une réaction. Et cette réaction fondamentale, c’est le mépris du monde politique qui trahit les citoyens depuis un certain nombre d’années. Je n’ose pas dire combien ! Il est évident que lorsqu’on a été trahi une fois, deux fois, dix fois, on peut se demander légitimement s’il est bien utile d’aller voter. Ce n’est pas le contenu du discours, mais la continuité de la trahison qui est suicidaire pour la démocratie.
Ne pensez-vous pas que le manque d’enracinement local soit aussi une faille importante de la droite française ?
C’est vrai que la suppression du cumul des mandats a détruit un certain enracinement des parlementaires, certes relatif. Désormais, les parlementaires sont encore plus déracinés de leur territoire. Mais malgré tout, je crois que le peuple français ressent le mépris abyssal de ses élites politiques. Mettez-vous à leur place : de manière assez naturelle, on ne peut réagir que par le mépris des partis politiques qui nous méprisent. C’est un cercle vicieux de la déception. Les Français ne sont plus représentés.
Localement, comment avez-vous construit l’union des droites avec le RN et Reconquête qui vous ont tous deux soutenus ?
D’abord, très clairement, le Front national (maintenant RN) lutte contre le travail que nous faisons depuis que je l’ai quitté il y a dix-sept ans. La Ligue du Sud affronte les candidats du RN aussi bien aux cantonales qu’aux municipales, qu’aux législatives, qu’aux sénatoriales et de manière régulière sur le terrain. Donc le RN ne veut surtout pas d’alliance des droites : ce n’est pas nouveau. Et pourtant, ils n’arrivent pas à nous remplacer. Donc pour une fois, sur un point minuscule du territoire national, ils ont décidé de faire l’alliance, ce qui est intelligent. Le RN a enfin compris que la Ligue menait un combat qui était efficace.
L’alliance s’est faite vraiment très facilement avec le parti d’Éric Zemmour. Il a eu l’intelligence de comprendre tout de suite que si l’union des droites dans une circonscription se révélait payante, ce serait un parfait exemple de ce qu’il prône au plan national. Et cette unité a été extrêmement payante. Cela montre bien que si Marine avait eu l’intelligence de faire l’union sur tout le territoire national, elle devenait l’alternative de droite au macronisme. Macron se serait retrouvé écrasé entre l’unité de la droite et l’unité de la gauche. Et là il y aurait eu un blocage.
Si Marine avait eu l’intelligence de faire l’union sur tout le territoire national, elle devenait l’alternative de droite au macronisme
Que pensez-vous du positionnement idéologique de Marine le Pen ?
On voit bien que Marine a un positionnement qui est très à gauche. Même certains candidats d’ultra-gauche n’ont pas donné de consignes de vote pour le second tour. Cela veut bien dire qu’ils considèrent que Macron ou Marine, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.
Que conseilleriez-vous aux Français s’étant abstenus par manque de confiance dans la droite ?
Au lieu de mépriser la politique, je leur conseillerais d’y rentrer pour y imposer leurs vues. Quand on entre dans un parti, ce n’est pas pour être au garde-à-vous, c’est pour apporter quelque chose. Quand la situation se décompose comme en France aujourd’hui, il faut encore plus s’impliquer et encore plus exiger de moralité de la part de ses cadres politiques. Le drame de la politique, c’est l’entre-soi et le « parisianisme ». Il faut décentraliser tout ça, « déparisianiser » tout ce monde politique.





