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La presse est sous le choc. « Pourquoi l’usine à rêve n’a rien vu ou n’a rien voulu voir ? » demande le rédacteur en chef du Monde, Michel Guerin. Elle feint de s’étonner du scandale. L’affaire Harvey Weinstein éclabousse un des bastions les plus solides du féminisme : Hollywood.
Le temple du glamour est ébranlé. Et pourtant, nous dit-on, « tout le monde savait… » Tout le monde savait, mais personne ne disait rien. « Pourquoi la presse n’a-t-elle rien dit ? » s’insurge-t-on à France Inter. Comment est-il possible qu’une personne encensée depuis des années par la critique officielle soit, aujourd’hui, l’objet de la réprobation générale ?
Il était du bon coté. Il pensait bien. Il votait démocrate. Michelle Obama lui avait confié sa fille et disait que c’était quelqu’un de formidable. Il produisait des films à Hollywood où il collectionnait les Oscars. Il avait fait la campagne d’Hillary Clinton. Il avait acheté les droits d’auteur du Serment de Tobrouk. Il défendait la cause féministe contre ce gros macho de Donald Trump. Et nous qui croyions que les sexistes, riches et puissants, étaient de droite, comment fait-on maintenant ?
En libre accès : l'éditorial de @JdeGuillebon, de notre numéro spécial #Libéralisme ?? https://t.co/VLSB425Ldb #Lundi #Lincorrect
— L'Incorrect (@MagLincorrect) February 4, 2019
Roman Polanski, Denis Baupin, Dominique Stauss-Kahn, Bertrand Cantat, Abdellatif Kechiche, pourvu que vous soyez progressiste, le secret sera bien gardé. Jusqu’au jour où… les actrices craquent. Et là, tout ce petit monde tombe des nues. Bientôt, la meute se déchaîne. Ceux qui, hier, vous mangeaient dans la main, vous crachent au visage. Vous étiez formidable, et vous êtes répugnant. Vous étiez un génie, et vous êtes un salaud, une ordure.
Et puis le temps passe…
Marie Trintignant est morte, il y a 14 ans, sous les coups du chanteur de Noir Désir. Mais son meurtrier, terrible hasard du calendrier, fait son come back, en couverture des Inrocks. On a eu droit, il y a quelques jours, aux photos exclusives du mariage de DSK à Marrakech dans Gala et VSD. Denis Baupin est tout sourire, même s’il ne met plus de rouge à lèvres pour la journée de la femme. Cyril Hanouna pérore dans TPMP contre le sexisme et le mauvais goût. Lilian Thuram manifeste pour la parité dans les entreprises et dans les assemblées. Jean-Marc Morandini se moque de la droite bourgeoise et patriarcale. C’est tellement plus facile que de vérifier si les rumeurs insistantes, à propos de Harvey Weinstein, méritent une enquête.
#mettezdurouge contre les violences faites aux femmes. Des députés s'engagent #8mars https://t.co/nN6PtOl22P pic.twitter.com/XGoVOKnzaY
— Denis_Baupin (@Denis_Baupin) March 8, 2016
Mais pas touche aux amis, malheureux ! Ce serait déchoir ou trahir. Si, malencontreusement, un scandale touche un contact important du réseau, croisé au hasard du festival de Cannes ou à l’occasion d’une interview à Los Angeles. On est stupéfait, sous le choc. On fait disparaître les photos. On efface les tweets. Et bientôt on est en colère. On se joint à la meute.
Que font, pendant ce temps-là, nos vigies féministes contre le fléau des agressions sexuelles ? Et bien, en cinq ans, Najat Vallaud-Belkacem a expurgé, du corpus législatif, la formule patriarcale du « bon père de famille ». Elle a diffusé un « abcd de l’égalité ». Muriel Pénicaud encourage l’écriture inclusive au travail. Delphine Ernotte fait la chasse aux mâles blancs à France télé. Bref que des combats importants et courageux, menés à coup de colloques et de circulaires. La lutte contre le bon père de famille, c’est tellement plus simple que d’attaquer un prédateur sexuel qui vote à gauche.
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