Les conseils vestimentaires du gouvernement sont une nouveauté. Ainsi du col roulé de Bruno Le Maire et de la doudoune d’Élisabeth Borne. Laissons à cette dernière son accessoire de boomeuse et voyons plutôt pourquoi le choix de Bruno Le Maire n’est pas anodin. Certes, le ministre de l’Économie a publié un long post LinkedIn, dans lequel il regrette que ses suggestions pour l’hiver aient fait la joie des Français. Il ne fallait pourtant pas s’étonner : dans une démocratie (« en démocratie », disent-ils), ce sont la formule et le cliché qui bouffent le débat de fond. Et puis, quand on pousse la démagogie, la facilité, jusqu’à sous-entendre que, dans les couloirs de Bercy aussi, « on baisse, on éteint, on décale », et qu’on mettra des mitaines pour réclamer des thunes aux contribuables s’il le faut, on mérite la caricature. Le vêtement est politique, bien sûr. Voyez Zelensky habillé en moniteur d’accrobranche : ce qu’on trouve ridicule en Russie est stylé en Ukraine. Vérité en deçà du Dniepr, erreur au-delà. Le style, c’est l’homme, disait Buffon ou Mussolini, je ne sais plus.
Le col roulé est on ne peut plus polyvalent et Bruno Le Maire n’aurait pas pu choisir mieux pour incarner sa vision du monde
Le col roulé, puisque c’est notre sujet, est on ne peut plus polyvalent – socialement, je veux dire – et Bruno Le Maire n’aurait pu choisir mieux pour incarner sa vision du monde. C’est la tenue des armées du futur dans les productions de science-fiction des années 60. Dans sa version moderne en mérinos, il a quelque chose de technologique et anonyme, de totalitaire et pourtant fragile, de lisse et de cheap : rien d’étonnant qu’il soit porté par les clones parisiens des cabinets, qu’ils soient ministériels, de conseil ou autres. Plus épais et porté avec du tweed, il est prisé des antiquaires ou des commissaires- priseurs : il évoque la familiarité avec les œuvres classiques et l’élégance sans (presque) faire gaffe. Enfin, dans un poids conséquent, c’est l’uniforme du maréchal Montgomery, des explorateurs vintage (Amundsen, Hilary) ou des sous-mariniers britanniques, bref de ceux qui « sont en guerre ». Les occasions de vraie guerre tendent à devenir rares : et même si, dans un hiver nucléaire, on a moins besoin de cols roulés qu’à Courchevel, il n’y a, pour le moment, pas plus martial que notre engagement à distance (« en non- présentiel », en quelque sorte) aux côtés de l’Ukraine.
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Technocratie glaciale, éducation de qualité, caricature de la vraie guerre : on a bien notre Bruno, en portrait cubiste, devant la glace à trois faces. Il ne devrait pas regretter d’avoir conseillé le port du col roulé. Il tient là une occasion médiatique en or. À côté de ce coup de génie, la doudoune à Babeth lui donne l’air de partir en rando dans le Cantal avec Bernard et Jacqueline : il ne lui manque que les bâtons de marche. Le pull du ministre, c’est la Rolex de Sarko, le costard Mugler de Jack Lang, l’écharpe rouge de Mitterrand ou les costumes slim des cyborgs chétifs de la macronie : c’est une signature.





