Adepte d’une « nouvelle école dramatique » au tournant du XIXe siècle, Cherubini est presque tombé dans l’oubli. Bonaparte jugeait sa musique trop difficile. À la Restauration, ce Florentin expatrié à Paris fut nommé directeur du conservatoire. De son œuvre, la postérité ne retient que Médée ou quelques titres sacrés, dont le magnifique Requiem à la mémoire de Louis XVI. Et c’est dommage, vu la richesse, la profondeur, la virtuosité de son écriture, qui lui valurent même l’admiration d’un Beethoven.
Lieux exotiques, grandes scènes d’ensemble, ballets flamboyants, pour un drame amoureux sur fond d’intrigue politique
Sa musique est un mélange hors pair de créativité latine et d’austérité germanique. Dans Les Abencérages (1813), son avant-dernier opéra, il va jusqu’à pousser la tragédie lyrique, réinventée par Gluck, au seuil du grand-opéra romantique : lieux exotiques (la cour mauresque de Grenade au XVe siècle), grandes scènes d’ensemble, ballets flamboyants, pour un drame amoureux (entre un jeune seigneur et une belle dame convoitée par le meneur de la faction ennemie) sur fond d’intrigue politique (la lutte entre les Abencérages, fidèles à la couronne espagnole, et les Zégris, sorte de fanatiques islamistes avant l’heure).
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Une partition ressuscitée comme il se doit, sous les micros du Palazzetto Bru Zane, dans la formidable acoustique du Müpa à Budapest. Les instruments historiques de l’Orfeo Orchestra, dirigé par la baguette claire et mordante de György Vashegyi, enveloppent ce drame à la fin heureuse dans un halo néo-classique fort séduisant. Pas de vedette parmi les interprètes, mais tous font honneur à l’écriture de Cherubini et à la langue de Molière.
LES ABENCÉRAGES OU L’ÉTENDARD DE GRENADE, opéra en 3 actes de Luigi Cherubini, livret d’Étienne de Jouy (1813) – Orfeo Orchestra, Purcell Choir – György Vashegyi, direction – 3 CD + livre, 33,99 €





