Mon souvenir le plus ancien d’Iggy Pop remonte à mon enfance, lorsque mon grand-frère regardait avec obsession le film Trainspotting sur la télévision familiale. À pas feutrés, j’arrivais à rejoindre le salon, parfois en rampant au sol pour me cacher derrière le canapé et regarder secrètement quelques passages du film maléfique. Je n’oublierais jamais l’effet qu’a eu sur moi la scène d’ouverture où l’on découvre certains des personnages, ces junkies d’Edimbourg poursuivis par des policiers à la suite d’un vol. Cette excitation, je l’ai compris plus tard, était en partie créée par la musique que l’on entend. Cette musique, c’est « Lust For Life » d’un artiste qui porte le nom étrange d’Iggy Pop.
Si l’origine de son nom de famille est suédoise, la vie d’Iggy est loin d’être aussi rangée qu’un magasin IKEA. Il grandit dans un parc de caravanes et commence à apprendre la batterie à 10 ans
Naissance de l’iguane
James Newell Osterberg Jr. naît le 21 avril 1947 dans l’État du Michigan. Si l’origine de son nom de famille est suédoise, la vie d’Iggy est loin d’être aussi rangée qu’un magasin IKEA. Il grandit dans un parc de caravanes et commence à apprendre la batterie à 10 ans. Quelques années plus tard il démarre sa carrière musicale en tant que batteur du groupe The Iguanas (c’est de là que lui vient son surnom d’« Iguane »). Il abandonne ensuite la batterie et forme The Stooges aux côtés des frères Asheton et de Dave Alexander. Inspiré par The Sonics, MC5 ou The Doors, le groupe se fait rapidement connaître pour la puissance de son son mais surtout pour les prestations scéniques d’un Iggy Pop qui n’hésite pas à repousser toutes les limites en se mutilant, en vomissant ou en se jetant dans la foule. Leur premier album sort en 69.
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On y trouve l’inoubliable I Wanna Be Your Dogoule No Funqueles Sex Pistols reprendront en guise d’hommage. Complètement addicts à l’héroïne, Iggy et le reste de sa bande partent à Los Angeles enregistrer l’immense Fun House au printemps 1970. C’est un album incroyablement puissant, sexuel, brut, et qui sur la fin, devient délirant comme ne transe pure. Deux ans plus tard, Iggy fait ce qui sera probablement la rencontre la plus importante de sa vie en croisant David Bowie dans le night- club incontournable de Park Avenue. Celui-ci promet à Iggy de produire son prochain album. Ce sera Raw Power, album culte, adoré ou détesté (à cause de son mixage radical et sauvage), qui marquera la fin d’une période.
Bowie, Houellebecq, Helders
Après ça, Pop tombe plus encore dans les drogues et l’alcool. En 1976, il entre à l’UCLA Neuropsychiatric Institute pour être soigné. L’un de ses rares visiteurs est David Bowie. Les deux compères décident de partir à Berlin, fascinés qu’ils sont par l’esthétique décadente de la République de Weimar des années 1920, mais aussi par le nazisme, les films de Fritz Lang et la peinture expressionniste. Ils vivent ensemble dans un appartement de Berlin-Ouest et ce sera une période de grande création artistique pour eux, Bowie aidant Iggy à écrire et produire les deux fantastiques premiers albums de sa carrière solo.
Ils vivent ensemble dans un appartement de Berlin-Ouest et ce sera une période de grande création artistique pour eux, Bowie aidant Iggy à écrire et produire les deux fantastiques premiers albums de sa carrière solo.
Devenu une icône, Iggy Pop traverse les années 80 et 90 sans véritable succès artistique, mais son statut lui permet de collaborer avec de nombreux artistes et de commencer une carrière d’acteur. En 2009, Iggy réalise un album intitulé Préliminaires qui s’inspire du roman La Possibilité d’une île de Michel Houellebecq. En 2016, il réunit autour de lui Josh Homme et Dean Fertita des Queen Of The Stone Age ainsi que Matt Helders des Arctic Monkeys et renoue avec le succès avec un album, Post Pop Depression, sur lequel rôde l’ombre de Bowie, mort quelques mois auparavant. Nous retrouvons en cette rentrée l’indestructible iguane qui revient avec Every Loser, album à la fois puissant, profond et élégant, plein de références à son passé, aux lumières et aux obscurités de cette vie unique d’un être inoubliable.

Atlantic Records, 15,99 €





