Tous secteurs confondus, l’hôpital compte 354 000 infirmiers et 287 000 aides-soignants. Mais environ 10 % de ces postes seraient vacants, à cause de difficultés de recrutement. Il faut dire que les soignants se sentent maltraités au travail. Une étude de l’Ordre des infirmiers révélait que 4 infirmiers sur 10 souhaitaient changer de métier. Pour beaucoup, après quelques années d’un métier-vocation à l’hôpital, la reconversion professionnelle devient l’unique recours pour ne pas succomber : ainsi, 30 % des nouveaux diplômés abandonnent leur profession dans les cinq ans. Chaque mois, près d’un millier d’infirmiers décident de quitter l’hôpital. Alors qu’on en manque cruellement, il existerait en tout et pour tout 180 000 infirmiers en âge de travailler mais n’exerçant plus.
Record de candidatures et défections
Du côté de la formation, on ne réussit pas à boucher les trous. Certes la filière est plus attractive que jamais : en 2021, les 365 instituts de formation en soins infirmiers (IFSI) ont reçu plus de 689 000 candidatures, contre 180 000 quatre ans plus tôt. Un record. Mais la suite n’est pas aussi rose. Près de 20 % des étudiants abandonnent en cours de route. Certains pointent du doigt des maltraitances durant les stages du fait du manque de personnel, maltraitances que l’épisode Covid a gravement accentuées. D’autres pointent du doigt le processus de sélection qui ne permet pas de juger la motivation des étudiants.
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Dieu sait pourtant que ces petites mains sont fondamentales. Pour s’en convaincre, il suffit de se reporter à une étude australienne, menée entre 2016 et 2018, qui a démontré qu’avec un ratio d’un infirmier pour quatre patients, le risque de décès jusqu’à 30 jours après la sortie et le risque de réadmission dans les sept jours chutent de 7 %. Outre une meilleure prise en charge des patients, embaucher du personnel médical permet donc de désengorger un peu les hôpitaux.
Il nous faut donc recruter du personnel soignant en masse, entre 10 000 et 20 000 d’après les syndicats, en établissant sûrement un ratio de soignants par patient comme c’est le cas dans les services de réanimation. Ajoutons le recrutement de secrétaires médicaux pour endiguer le « glissement des tâches », et des assistants de régulation médicale pour répondre aux appels du 15, numéro unique qui permet d’orienter les malades vers la structure la plus adéquate.
L’intérim plutôt que le CDI, le privé plutôt que le public
En ce qui concerne les salaires, le Ségur de la santé a fait une bonne partie du travail avec une enveloppe de 8 milliards par an, qui permit en moyenne une hausse de 183 euros net par mois accordée à 1,5 million de professionnels des hôpitaux. Cette hausse cumulée avec d’autres aides obtenues suite à leurs grèves de novembre 2021, les sages-femmes de l’hôpital public ont en tout et pour tout obtenu une hausse de 500 euros net par mois. Avec ces mesures, la France est rentrée dans la moyenne européenne des rémunérations pour son personnel soignant. Peut-être reste-t-il quelques efforts à faire en matière des gardes de nuit.
De nombreux infirmiers lâchent consciemment leur CDI pour faire de l’intérim, bien mieux rémunéré car recruté en urgence à prix d’or par les hôpitaux pour combler les brèches
Le premier problème du public en la matière, c’est l’attrait de certaines cliniques privées qui proposent des salaires et des primes élevés pour mettre la main sur des infirmiers (l’hôpital privé de Saint-Lô proposait des primes à l’embauche de 5 000 €). Le second, c’est le spectre de l’intérim : de nombreux infirmiers lâchent consciemment leur CDI pour faire de l’intérim, bien mieux rémunéré car recruté en urgence à prix d’or par les hôpitaux pour combler les brèches. Ainsi Albane, infirmière de 27 ans, qui témoignait dans Le Figaro : « Le calcul a été vite fait : avant, je gagnais 1 800 euros par mois en travaillant un week-end sur deux et en suivant un emploi du temps qui ne m’offrait aucune liberté, et aujourd’hui, je gagne plus de 3 000 euros en exerçant quatre jours par semaine. »
Dernier élément à prendre en compte : la crise du logement dans les grandes métropoles, question qui doit être traitée par les hôpitaux en engageant une politique immobilière volontariste. Pour loger son personnel médical, l’AP-HP vise 750 attributions annuelles entre 2022 et 2026. Autant d’éléments qui devraient permettre d’enclencher un cercle vertueux : des conditions de travail moins difficiles, des lits rouverts (le gouvernement ne pourra plus, du moins, se défausser sur le manque de personnel), des soins gagnant en qualité et le personnel en satisfaction. Et tout un métier qui retrouverait du sens et de la considération.





