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Julien Leschiera : tout feu, tout flemme 

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Publié le

27 février 2023

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Julien Leschiera débarque en littérature avec un pavé de 500 pages sur la vie d’un anti-héros ultime : mou, passif, résigné, sans envie ni ambition. À la fois comiques et pathétiques, ces Vies parallèles sont la découverte de l’hiver au rayon français. Rencontre.
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Qui êtes-vous, Julien Leschiera ? 

J’ai quarante-deux ans et j’exerce la profession de libraire depuis une vingtaine d’années. 

Un énorme roman de 500 pages, était-ce le projet initial, ou est-ce un résultat inattendu ? 

Comme j’ai un plaisir particulier à raconter des histoires et à les étirer le plus possible, je n’ai pas été surpris de cette longueur. J’ai même coupé quelques parties avant de l’envoyer à l’éditeur. La construction biographique linéaire a sans doute poussé à gonfler de détails et de rebondissements le flot du récit. Je l’ai écrit d’un jet, en deux mois, à l’été 2021. J’avais tenté plusieurs fois de démarrer un livre autour de ce sujet, l’oisiveté, sans trouver le ton ni la construction. La première phrase a fini par tout débloquer.

« Militer pour ne pas travailler, c’est déjà produire trop d’efforts et trahir la cause »


Julien Leschiera

Pourquoi ce personnage d’oisif, sans enthousiasme ni ambition ? 

L’oisiveté a plusieurs avantages comme moteur d’un roman. Elle permet un certain détachement humoristique. La paresse se prête aux situations cocasses. Un tel personnage, immobile par choix, mais dont le cerveau bouillonne, c’était l’occasion de faire graviter autour de lui tout un tas d’agités. Et j’aimais l’idée de créer un personnage qui n’a pas « abandonné » au milieu d’un parcours, pas cessé de se battre après des années à lutter et à respecter les règles de la société, comme il en existe beaucoup. 

Aviez-vous aussi une intention satirique ? 

Non, je n’ai pas tellement voulu écrire une critique de la compétition libérale ou de la société du mérite. Mon héros, Charles Dubois, déjà dans le ventre maternel, refuse de concourir. Ce n’est pas une déclaration politique, juste un confort. Le moyen d’éviter les efforts, les déceptions, la peur.  Mais que pensez-vous des paresseux « anti-système », militants ?  Je ne peux m’empêcher d’avoir une certaine tendresse pour cette forme d’oisiveté, tant elle s’oppose à des adversaires puissants. L’esprit de compétition est partout, dans toutes les générations et sous toutes ses formes. Il évolue, il n’a plus les mêmes ressorts qu’il y a cinquante ans, mais il est encore là. Après, je comprends que cette idée ressemble à une posture quand on la confronte à une certaine réalité. Comme beaucoup de paresseux et comme Charles en particulier, je suis heureux que d’autres travaillent, pour que le monde continue de tourner. Et comme Charles, je pense aussi que militer pour ne pas travailler, c’est déjà produire trop d’efforts et trahir la cause. 

La fiction a souvent traité ce type de personnage, indolent, réfractaire… 

J’ai pensé bien sûr à Alexandre le bienheureux, le film d’Yves Robert, dont je parle dans le roman. J’avais aussi été impressionné par Oblomov. Mais au-delà des évidentes différences stylistiques, je n’ai pas l’impression que Charles leur ressemble. Il y a chez lui une part de grande lâcheté, de mélancolie profonde, que je ne retrouve pas dans les autres personnages d’oisifs. 

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On ne sait pas si c’est une comédie ou un drame. Il y a du burlesque pur, un peu de satire, et des moments vraiment pathétiques… 

Je ne voulais pas écrire sur une oisiveté heureuse, une tranquillité d’existence. Mais je voulais garder aussi ma pente naturelle, et tenter de provoquer les rires. Je voulais des situations burlesques, des personnages secondaires haut en couleur voire caricaturaux, et des retombées, des chutes où Charles est rattrapé par sa lâcheté, saisi par sa solitude et le gâchis. Cette dualité était permise par le temps long, les différents âges de Charles.  On n’est pas paresseux et solitaire de la même manière à quinze ans ou à trente. 

Charles se présente comme dépressif, mais il ne songe jamais à en finir… 

Il y a une forme de coquetterie chez lui quand il se prétend dépressif. Il redonne un peu d’allure à sa vie banale en y ajoutant cette pincée de désespoir, même forcée. Se suicider demande une organisation, une somme d’efforts, une détermination, et Charles en est incapable. Je dirais que Charles est résigné par peur, peur de tout. Il est conscient de la tristesse de sa vie, de sa solitude, il en souffre parfois, mais il est incapable de s’y opposer. Il réussit alors à se convaincre de son indifférence. Il sait aussi se satisfaire de choses minuscules qui l’éloignent du désespoir.


MES VIES PARALLÈLES, JULIEN LESCHIERA
Le Dilettante, 512 p., 25 €

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