Comment expliquer l’acharnement de Macron à économiser quelques milliards par an sur le dos des travailleurs quand le déficit creusé par la droite et la gauche depuis quarante ans est abyssal ?
Je reste un souverainiste modéré mais force est d’avouer qu’il n’y avait pas d’autres raisons de faire cette réforme que satisfaire aux critères techniques édictés par Bruxelles et au jugement des marchés. On se contente de cocher une case supplémentaire, mais c’est un marqueur fort de la perte de pouvoir du politique. Finalement, la définition du macronisme, c’est de faire la part belle à des technocrates en roue libre. On réalise de fausses économies alors que, comme député de la Somme, je vois tous le temps des Français en souffrance. Dans les faits, dans beaucoup d’entreprises, dire que l’on va changer de postes les salariés âgés n’est tout simplement pas possible.
Comment analysez-vous le satisfecit de l’opinion publique vis- à-vis du RN à l’issue de ces débats ?
Sur la forme, Marine Le Pen a bien vu les choses et ce dès le mois de juin dernier. Elle connaît notre électorat alors qu’il est fantasmé par les Insoumis et les macronistes. Notre électorat est issu des classes moyennes et populaires qui sont les premières victimes de cette réforme.
On réalise de fausses économies alors que, comme député de la Somme, je vois tous le temps des Français en souffrance.
Jean-Philippe Tanguy
Sur le fond, Marine Le Pen a présenté un réel message alternatif. Dire que le RN n’avait pas de contre-projet est un déni très étrange de la part de nos adversaires.
Le président peut-il gouverner encore longtemps en méprisant le peuple et les corps intermédiaires ?
Sincèrement, c’est très compliqué. Il patauge. La lecture de son entretien fleuve du 24 avril au Parisien est consternante. Il y fait preuve d’un faux volontarisme et d’une fausse modernité. Par chance pour lui, le déclenchement de la guerre en Ukraine a masqué cette indigence programmatique durant la dernière campagne présidentielle. En 2017, il avait été élu sur une proposition forte, celle d’un « méga-techno » susceptible de changer le pays en profondeur. En 2022, il a été réélu sur un malentendu. Quand il dit : « Je me tape les corporatismes », on se dit que tout le monde sait qu’il existe des corporatismes en France. Il subit les choses et il va finir comme Hollande.
L’autre leçon de cette séquence n’est-elle pas la déliquescence de la droite libérale, notamment LR, incapable de maintenir son unité à l’Assemblée ?
Les Français qui ont voté LR ont été trompés : ce parti ne joue pas son rôle d’opposant, y compris en matière budgétaire. Tout cela pour éviter une dissolution. Ils devraient plutôt prendre exemple sur Charles de Courson, mais ils ont peur de quitter la scène politique sans avoir jamais été ministres ! En fait, la droite libérale a toujours été en France un courant opportuniste. Ils ne tiennent plus les territoires. Les municipales seront un vrai défi, la France ayant rejoint les autres pays dans la distinction entre politique locale et nationale.
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Le lien entre l’Assemblée et les collectivités est rompu. La fin du cumul des mandats n’a pas été mauvaise en soi et elle est très défavorable à LR et au PS. François Bayrou et Nicolas Dupont-Aignan avaient raison : l’UMP a été une grande lessiveuse à projets supprimant la concurrence entre les différents courants de la droite. Il leur reste des slogans et la nostalgie du sarkozysme.
Qu’est-ce qui vous à le plus surpris à l’Assemblée ces derniers mois ?
La haine entre les composantes de la NUPES et la Macronie. Elle est tout le temps perceptible, dans l’hémicycle mais aussi à la buvette et dans les couloirs. Il nous arrive de servir de confesseurs aux élus de la majorité, abasourdis par ce climat délétère.





