Doyen de Lyon III, François Guéry défend la thèse originale d’une loi du plus faible, contre un darwinisme dévoyé qui verrait dans la force un moyen empirique de subsister. C’est l’observation de la vie intra-utérine qui lui sert d’exemple « irréfutable ». Universel, ce séjour du fœtus dans le ventre maternel est l’illustration même de ce que la nature, par équité, « réserve à chacun et selon son degré de force, une protection proportionnée ». Devant l’usage populiste de la violence, il récuse la loi chimérique du plus fort, appuyée par les philosophes du XXe et démentie par le système de reproduction des mammifères.
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Par les prismes biologiques et anthropologiques, il questionne la façon mystérieuse d’être au monde du petit fœtus, ni hors du monde ni au-dedans. Parmi les allégories classiques éclairant cette part de mystère, le philosophe opère avec plusieurs cosmologies traditionnelles une remarquable analogie entre la création de la Terre par Dieu, et la mise au monde de l’enfant. Il souligne brillamment le lien étroit entre une loi du plus fort et la négation des sexes : en remplaçant le sexe par le genre, on supprime une « dimension première de l’existence » avec toute sa singularité, et l’équité en ressort absurde. Au final, Guéry nous offre une leçon de réalisme : si cette « loi de vie » n’a rien d’une « fixation sur la faiblesse », elle est une promesse perpétuelle à laquelle notre existence même tient.

FRANÇOIS GUÉRY,
Le Cerf, 176 p., 18€





