Skip to content

Iran : les mollahs en sursis

Par

Publié le

6 février 2026

Partage

À l’heure où nous écrivons ces lignes, les dictateurs enturbannés siègent toujours au plus haut sommet de l’Iran. La répression contre le peuple iranien sorti dans les rues a viré dans l’horreur. Une partie de la gauche française se tait, la communauté internationale s’offusque et Donald Trump hésite. Pour analyser cette situation tragique, nous avons interrogé Emmanuel Razavi, grand reporter franco-iranien, spécialiste du Moyen-Orient et de l’Iran, et auteur, avec Jean-Marie Montali, de « La Pieuvre de Téhéran » (Cerf, 2025).
© Benjamin de Diesbach

Quelle est la situation aujourd’hui en Iran ? Les manifestations continuent-elles ?

On parle de milliers de personnes abattues par les escadrons de la mort aux ordres du régime des mollahs. Les gardiens de la révolution islamique et les miliciens du Basidj sont les maîtres d’œuvre de ces massacres de masse. Ils sont aidés par des supplétifs appartenant aux milices chiites irakiennes, aux Fatemyouns afghans et au Hezbollah libanais. Soyons clairs : à l’heure où je vous parle, ce sont au moins 20 000 morts qui ont été constatés par des personnels médicaux sur place. Mais toutes les sources avec lesquelles je parle s’accordent à dire que le nombre de personnes tuées est très supérieur. L’Iran vit une tragédie, une véritable horreur. Dans ce contexte, les Iraniens ne reviendront pas en arrière, même s’il y a moins de gens dans les rues. Le véritable risque, c’est que la situation se transforme en guerre civile, alors même que les oppositions iraniennes, pour la plupart laïques, étaient prêtes à prendre le relais. Il faut ajouter à cette terrible réalité le fait que 2/3 du territoire iranien est privé d’eau potable, qu’il n’y a presque plus d’électricité, ni de bois pour se chauffer. Près de 2/3 de la population iranienne vit en dessous du seuil de pauvreté, alors qu’avec son pétrole et son gaz, l’Iran devrait être l’un des pays les plus riches au monde. Les islamistes au pouvoir depuis 1979 ont ravagé l’Iran, qui était un pays de grande culture.

Comment analyser le pas de côté de Donald Trump ? Pourquoi ce revirement ?

D’abord, les dignitaires des pétromonarchies du Golfe lui ont fait part de leur crainte d’une déstabilisation de la région en cas d’intervention. Les Chinois et les Russes aussi. Cependant, je connais bien cette région du monde dont je suis originaire et où j’ai vécu. Sur le fond, les Saoudiens, les Émiriens et les Qataris ne seraient pas contre le fait de se débarrasser des mollahs. Ils ne le disent pas officiellement, par peur des représailles. Il y a aussi une réalité militaire et stratégique. Israël n’est pas encore prêt, à l’heure où nous parlons. Mais ce n’est qu’une question de jours. Enfin, au sein même de l’entourage de Trump, tout le monde n’est pas favorable à une intervention militaire. Cependant, croyez-moi : ce régime chutera. Ce n’est qu’une question de temps. En revanche, plus la communauté internationale tarde à intervenir, et plus il y aura des morts.

Quel regard portez-vous sur les réactions de la gauche politique et médiatique ?

Je suis d’origine iranienne. Je suis grand reporter depuis longtemps, et j’ai dirigé des rédactions importantes. Je suis bien placé pour savoir que les médias de gauche ne pardonnent pas aux Iraniens de vouloir une relation pacifiée avec Israël. Nous représentons un problème pour la presse et les partis de gauche comme La France Insoumise, car nous ne voulons pas entendre parler d’islam politique, nous sommes contre le Hamas, le Hezbollah et le FPLP qui sont des organisations terroristes, nous ne sommes pas antisionistes, nous sommes historiquement et culturellement proches des juifs, et nous aimons les États-Unis. Nous n’aimons pas non plus la gauche radicale, car elle s’est associée en 1978 aux islamistes qui ont pris le pouvoir en Iran. Je rappelle au passage qu’une fois au pouvoir, les islamistes iraniens ont massacré leurs alliés communistes et islamo-marxistes par dizaines de milliers. Nous ne sommes donc pas dupes de leurs marchandages révolutionnaires.

Lire aussi : Quel avenir pour l’Irak ?

Que faudrait-il pour que le régime chute ?

Je peux vous dire ce que souhaitent la plupart des leaders des groupes d’opposition iraniens que j’ai interrogés.
Compte tenu des massacres qui se poursuivent à travers tout le pays, ils sont désireux de voir une intervention ciblée contre les dirigeants du régime, qui consisterait à éliminer le guide suprême Ali Khamenei et les dignitaires du corps des gardiens de la révolution islamique, sa milice idéologique. Pour ma part, je pense qu’il faut soutenir les opposants. Je les connais bien. Qu’ils soient kurdes, azéris, libéraux ou monarchistes, ils incarnent la promesse d’un bel avenir pour le Moyen-Orient. Je veux aussi insister sur le fait que ces groupes sont pour la plupart démocratiques, laïcs, soucieux de protéger les minorités ethniques et les minorités sexuelles. Ils sont composés de gens de haut niveau, qui ont un bagage intellectuel solide. La communauté internationale doit leur apporter un soutien total. Si elle ne le fait pas, alors ce sera le chaos.

Reza Pahlavi est-il la seule alternative ?

Il y a plusieurs groupes d’opposition en Iran et dans la diaspora. Comme je vous l’ai dit, presque tous se sont préparés à former un gouvernement de transition démocratique et laïc en Iran, dès lors que le régime sera tombé. Leurs leaders sont favorables à un gouvernement d’unité nationale. Pour parler de Reza Pahlavi, je l’ai rencontré à plusieurs reprises. Je crois en effet qu’il est incontournable. Il est la personnalité la plus connue des oppositions iraniennes. C’est un libéral et un progressiste au vrai sens du terme. Il est favorable à une relation pacifiée avec Israël et les États-Unis. Il a une vision économique et géopolitique très claire pour l’Iran et l’ensemble du Moyen-Orient. Aidé d’une centaine d’experts, il a d’ailleurs élaboré un programme très complet pour le futur de l’Iran. Il a beaucoup de charisme, c’est un ancien pilote de chasse qui a le sens du commandement. En Iran, pays de 90 millions d’habitants dont la moyenne d’âge est 32 ans, il incarne pour les jeunes l’ouverture à l’Occident et la liberté. C’est une réalité indéniable : n’en déplaise à certains, beaucoup de jeunes Iraniens le soutiennent !

Que changerait un renversement des mollahs pour la géopolitique régionale ?

Reza Pahlavi l’a dit très clairement : si le régime tombe, le nouveau gouvernement de transition sera démocratique et laïc. Ainsi, il coupera immédiatement tout lien avec les organisations terroristes palestiniennes et libanaises. Mécaniquement, cela les affaiblira. Reza Pahlavi veut aussi de bonnes relations avec les voisins de l’Iran. En clair, l’Iran débarrassé des mollahs ramènera la stabilité dans toute la région. Ce sera bon pour la paix, pour les affaires, et pour les entreprises occidentales qui pourront participer à la reconstruction du pays.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest