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Trans : les Innocents

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Publié le

20 juillet 2023

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La transidentité des enfants, cette croyance de luxe, passe au cinéma par la confiscation de la parole et la valorisation de l’image. Petit florilège nauséabond.
Petite fille

Toute fable voulant se faire passer pour vérité a besoin d’images, si possible nobles. Le cinéma est ainsi l’arme de diffusion massive de cette toquade millénariste : des enfants à mauvais genre « prisonniers de leurs corps » et qu’il faudrait guérir par la visibilité (transition sociale) ou les traitements (transition médicale). Mais la fiction ne saurait remplir qu’imparfaitement cet office, et le récent 20000 espèces d’abeilles (Estibaliz Urresola Solaguren, 2023), récompensé du prix de la meilleure interprétation non-genrée à la Berlinale cette année, a buté sur le problème : Sofia Otero qui joue une fillette « née dans un corps de garçon » est tout simplement une petite fille.

Seul le documentaire peut envisager de pourvoir à la livre de chair shakespearienne prélevée sur le réel en suivant un enfant dans les méandres de sa transition en devenir

Seul le documentaire peut envisager de pourvoir à la livre de chair shakespearienne prélevée sur le réel en suivant un enfant dans les méandres de sa transition en devenir. Le plus emblématique d’entre eux – production Arte, diffusion Netflix mondialisée – est aussi le plus maltraitant et méphitique : Petite fille (Sébastien Lifschitz, 2020). La parole de Sasha, garçonnet féminin à cheveux longs, est confisquée par sa mère qui lui assigne un destin, passer dans l’autre sexe, et s’en assigne un par la même occasion, avec l’assentiment de toute la famille : être le héraut de ce processus. Cette projection sur du vif – la marâtre rêvait d’une fille – a un précédent au cinéma, la plus belle adaptation du Tour d’écrou de Henry James : Les Innocents (Jack Clayton, 1961). La gouvernante Miss Jessel imagine que deux orphelins dont on lui a confié la charge, Miles et Flora, sont possédés par les esprits de sa prédécesseur et de l’ancien intendant, couple décédé de pervers qui abusaient vraisemblablement des enfants. Si James maintient l’ambigu sa nouvelle, la version Clayton est sans ambages sur la folie de femme qui conduira le garçonnet à la mort. Voir un adulte où il n’y a qu’un enfant, une fille où il n’y a qu’un garçon, ne saurait rester sans conséquence.

Dans Orlando, ma biographie politique (Paul B. Préciado, 2023), les trans ont la parole à l’occasion de tableaux plus ou moins vivants se succédant pour figurer le magistral roman de Virginia Woolf. Chacun joue une incarnation d’Orlando, jeune Tirésias élisabéthain traversant les âges, et le bouquet final réside en la monstration d’enfants dysphoriques hilares qu’on fait parler comme des singes savants. Placés derrière une table de montage, ils font mine de diffuser à l’écran une séquence bien particulière : la petite Elsa, « fille trans » de 8 ans, défendant ses pareils devant le Parlement espagnol dans un discours tire-larmes rédigé par ses parents. La mise en abîme coule de source : la libération prend la voix de ses maîtres.

Lire aussi : Trans : les enfants cobayes

Il est pourtant un exemple où le silence vaut tous les mots. Dans Transhood (Sharon Liese, 2020), Phoenix, 4 ans, refuse de se déclarer fille à la chaire de l’Église unitarienne, dans une messe de true gender reveal. Tout comme il refuse de porter les vêtements de fille qu’essaie de lui imposer sa mère toxique avant que celle-ci n’accepte de reconnaître la réalité : son fils n’est peut-être pas aussi valorisable qu’un « enfant trans », mais c’est bien un garçon. Le documentaire un peu impersonnel de Liese a au moins l’honnêteté de varier les cas. S’il se clôt sur l’opération chirurgicale de Leena, adolescent visant le statut de top model, il consacre plusieurs scènes à Avery Jackson. Ce garçonnet, sexualisé en une de National Geographic comme une fillette balthusienne, est littéralement exploité par sa mère, l’image et la parole de l’enfant starifié valant de l’or. Le mal que lui font les siens ne sera quantifiable que plus tard, par des mots qu’il faudra bien écouter.

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