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Mélenchonisme systémique

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Publié le

11 octobre 2023

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Personnage emblématique de la politique française, Jean-Luc Mélenchon est le véritable « saigneur de guerre » du premier parti de gauche, La France insoumise. Entre règlements de comptes, guerres picrocholines et arrangements entre amis.
JLMM

Mélenchon fait indéniablement partie des grands pontes de la politique nationale. Pour le devenir, le fils de pieds-noirs a dû jouer des coudes et, encore aujourd’hui, continue d’asseoir son autorité auprès de ses lieutenants. Andréa Kotarac, ancien proche de celui qu’on surnomme la « tortue sagace », passé depuis au Rassemblement national, reconnaît ses qualités de meneur : « C’est un homme cultivé, un vrai chef, qui sait donner un cap à l’instar d’une Marine Le Pen ou d’un Nicolas Sarkozy. »

Rififi à LFI

Des guerres picrocholines, le navire LFI en a traversées. La dernière en date est déclarée à la suite de la tonitruante affaire Quatennens, en novembre dernier. Il aura suffi d’une paire de claques et d’un déferlement médiatique pour réveiller les appétits de François Ruffin, Alexis Corbière et Clémentine Autain. En effet, le triumvirat – qui se rêve sultan à la place du sultan – a contesté le soutien de Jean-Luc Mélenchon à son poulain Adrien Quatennens. Réaction immédiate de l’État-major, les apprentis révolutionnaires sont évincés de la nouvelle direction du parti. Une exclusion qui pousse Clémentine Autain à poser en une de Libération qui titre : « Il faut démocratiser LFI. » Dans un entretien accordé au journal de Jean-Paul Sartre, elle accuse le manque de démocratie au sein du parti et assure : « LFI doit aussi savoir se remettre en question. » Cette sortie médiatique est vue comme un affront par le leader insoumis : « Toute la une pour nous salir ».

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La députée de Seine-Saint-Denis n’en est pas à son coup d’essai. Elle s’était déjà fait remarquer lorsque le sulfureux journaliste, Taha Bouhafs, avait été accusé de « violence sexuelle ». Il avait été forcé de retirer sa candidature aux élections législatives. Ce dernier assurait qu’Autain avait « avancé que la procédure n’a pas à aller jusqu’au bout puisque je me serais retiré de moi-même : c’est précisément sur sa demande que je me suis retiré, pour qu’une procédure se déroule sereinement » selon ses dires. À l’époque, il racontait que l’élue lui avait affirmé : « Tu payes peut-être aussi pour les autres, mais c’est comme ça, c’est un parti pris politique. » Sa prise de décision allait déjà à l’encontre du positionnement du patron puisqu’il tweetait : « Taha Bouhafs retire sa candidature […] Une meute s’est acharnée contre lui. Je m’en veux de ne pas avoir su le réconforter autant que nécessaire. »

Un boa nommé Jean-Luc

Andréa Kotarac nous confirme : « Il y a des personnes qui prennent plus la lumière depuis ce début de mandature à l’Assemblée comme Clémentine Autain ou François Ruffin, et que Mélenchon aimerait évincer. Il préfère s’entourer de jeunes comme Louis Boyard ou Clémence Guetté ». Et d’ajouter : « Ce n’est pas nouveau en politique, cela fait penser au Prince de Machiavel ».

Beaucoup de ses lieutenants reprochent à Jean-Luc Mélenchon de régner de manière anti-démocratique. Un reproche qui semble systémique chez ceux qui ont travaillé avec lui. Dans une tribune publiée dans le Figaro, le politologue et ancien membre de LFI Thomas Guénolé cingle : « Il faut croire qu’en ce qui concerne la dangerosité d’une gauche autoritaire, les grandes leçons politiques du XXe siècle n’ont pas été retenues en ce début de XXIe. » Il rappelle que Jean-Luc Mélenchon n’a jamais été élu à la tête de LFI, il s’en est autoproclamé le chef ; qu’il n’a jamais été désigné candidat du parti lors d’un vote, il s’en est autoproclamé le candidat naturel ; qu’aucun cadre du parti n’a été élu mais nommé par l’intéressé ; que son programme l’Avenir en commun a été imposé par le candidat sans être amendé ni débattu. Autant d’éléments qui accusent le patriarche de l’extrême gauche de gérer son parti avec une verticalité vertigineuse. Georges Kuzmanovic, ancien proche de Jean-Luc Mélenchon, ne mâche pas non plus ses mots lorsqu’il confie au Figaro : « LFI n’est pas un parti politique, ce n’est qu’une association de financements. Il n’y a pas de statut afin d’y adhérer. Alors, quand certains réclament des débats internes, cela me fait doucement rire… »

Petits arrangements entre amis

Le chef de file de LFI est aussi un précurseur reconnu dans la communication politique. Sa stratégie numérique, inspirée de celle de Bernie Sanders aux États-Unis, est pilotée par Sophia Chikirou, fidèle du candidat (et présumée compagne). Cette dernière est la fondatrice de la sulfureuse boîte de communication Mediascop. Co-fondée en juillet 2011 avec Arnauld Chempremier-Trigano et Alban Fisher, en vue de la présidentielle de 2012, Mediascop a pris en charge l’ensemble de la communication de campagne. Elle a facturé près de 705 000 euros à l’association de financement de la campagne. Une fois la période électorale close, la boîte de com’rencontre des difficultés financières et voit son chiffre d’affaires chuter, malgré quelques petites prestations. Sophia Chikirou est alors à la tête d’une société somnolente.

Seulement, en 2016, Mediascop devient un « prestataire de services » de Jean-Luc Mélenchon lors de son mandat de député européen. Elle touche notamment 15 000 euros pour une « étude » réalisée sur l’eurodéputé. Mediascop fait son grand retour lors de la présidentielle de 2017. Et quel retour ! Elle facture cette fois-ci 1 161 768 euros à l’association de financement pour ses prestations. Une somme presque doublée par rapport à 2012. Sans surprise, les comptes de la société ont révélé une marge nette élevée de 47 %. Un chiffre qui a suscité des interrogations sur la façon dont la société a pu réaliser un tel chiffre d’affaires, notamment en réduisant de manière suspecte les coûts salariaux, et en refacturant des équipements à l’association de financement de la campagne.

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Un ancien membre de l’équipe avait même déclaré à France Inter : « Tout le monde était mélangé, il est impossible de savoir qui travaillait pour Mediascop. » Les rapporteurs en charge de l’examen des comptes de la campagne de Mélenchon ont donc soupçonné une surfacturation, car Mediascop n’a émis que deux factures pour l’ensemble de la campagne. Certaines prestations auraient été payées bien au-dessus des tarifs normaux de l’entreprise.

Ainsi, les liens étroits qu’entretient la nouvelle députée Sophia Chikirou avec Jean-Luc Mélenchon soulèvent des questions de conflits d’intérêts. Pouvait-elle être directrice de la communication de campagne et actionnaire unique de Mediascop sans qu’il y ait le moindre conflit d’intérêts ? Et, ce doute ne risque pas de s’estomper lorsque l’on sait qu’Alexis Corbière, alors porte-parole de la campagne de Mélenchon et professeur mis en disponibilité de l’Éducation nationale, a été rémunéré à moitié par l’association de financement de campagne et à moitié par Mediascop. En effet, pendant sept mois, il a reçu mensuellement 14 350 euros brut de l’équivoque boîte de communication. En clair, Jean-Luc Mélenchon a l’air de maîtriser les petits arrangements entre amis. L’Incorrect a voulu en savoir plus sur cette suspicion de rémunération partagée mais l’intéressé – Alexis Corbière – n’a pas souhaité nous répondre. Question transparence, on attendra.

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