C’était il y a quelques jours à peine, pendant la Fête de l’Huma. Mélenchon est en terrain conquis, il jubile d’autant plus que sa principale prise de guerre, le Syndicat de la magistrature, vient de défiler pour recevoir la suprême onction du leader de La France insoumise. Devant un parterre de militants et de jeunes acquis à sa cause, dans le fumet des merguez et des paellas vegan, JLM se lance dans une de ces harangues dont il a le secret, qui culminera comme souvent dans un grand moment anti-flics : « Abattez la citadelle » s’égosille-t-il, les yeux exorbités, pendant que la foule reprend en chœur ce sinistre et désormais célèbre slogan: « Tout le monde déteste la police. » Un grand moment de délire anti-républicain dont LFI a le secret.
Car Mélenchon a bien compris son fonds de commerce. En reprenant à son compte les poncifs anti-libéraux, il remplit le vide laissé par le Parti communiste ou le NPA. Désormais, il sera l’incarnation même de l’anti-capitalisme courroucé. Son tournant populiste, entériné à partir de l’élection présidentielle de 2017, doit se faire avec l’adhésion de toute une frange de la jeunesse qui rêve du « grand soir ». À ce titre, il faut taper sur la police, systématiquement, pour faire plaisir à la fois aux « quartiers » et aux jeunes bourgeois antifas. Deux populations que rien ne réunit a priori, si ce n’est une haine de l’uniforme largement puisée dans un fantasme collectif – relayée par le rap et la pop-culture néo- marxiste. Alors Mélenchon ne rate jamais une occasion de se payer la police, allant jusqu’à l’injure publique : en 2023, il conseille aux policiers de la BRAV-M d’aller « se faire soigner ». En 2022, suite à un refus d’obtempérer qui avait mal tourné à Paris, il fustige le syndicat Alliance, des « factieux », estimant qu’il « réclame le droit de tirer sur les gens ». En 2023, après la mort de Nahel – un trafiquant de drogue mineur – suite à un contrôle de police, des émeutes éclatent dans toute la France, les quartiers s’embrasent. Chez LFI, on se garde bien de condamner les violences. On aime visiblement l’odeur des voitures brûlées. Mélenchon finira par lâcher, du bout des lèvres et face à la pression médiatique, que les jeunes ne devaient pas s’attaquer aux écoles, ni aux hôpitaux… Mais aux flics, oui ?
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On peut dire que chez lui, la haine du flic est systémique. Pour quelqu’un qui se veut présidentiable, ça prête à confusion: s’il est élu, il devra composer avec tout un corps de métier foncièrement hostile. Peu lui chaut: au contraire, Mélenchon entend bien user jusqu’à la corde le sentiment anti-flics et faire des fameuses violences policières son cheval de ba- taille. Il se pose lui-même en martyr potentiel, dans un tweet récent, suggérant, dans une bouffée délirante, qu’il pourrait bien y passer lui aussi, victime du coup de tonfa de trop…





