Mélenchon et la dictature, c’est une très vieille histoire d’amour. Dès les années 70, alors qu’il est encore « lamberto », son regard se tourne vers l’Amérique latine, là où l’avant-garde du socialisme révolutionnaire se déploie, souvent sous la houlette du régime cubain. Naturellement, il accueille la révolution bolivarienne d’Hugo Chávez comme un événement d’ordre messianique. Au début des années 2010, il échange à de nombreuses reprises avec le penseur argentin Ernesto Laclau, et dans son sillage souhaite insuffler aux Insoumis l’idée d’un « populisme de gauche », sur la base de la pensée politique de Laclau, qui est un agrégat de péronisme et de démocratie « populaire », c’est-à-dire d’un populisme bon teint assez peu regardant sur les questions de libertés individuelles.
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En 2017, JLM prévoit dans son programme électoral d’associer à l’ALBA les départements français des Caraïbes et de la Guyane. L’ALBA, c’est l’alliance bolivarienne pour les Amériques, une zone de libre-échange créée par Hugo Chávez pour concurrencer l’Amérique du Nord. Seul problème, comme le rappelle le journaliste Frédéric Charpier, l’ALBA est dirigée en sous-main par le régime castriste, ce dont personne n’est dupe. En l’état, Mélenchon propose ni plus ni moins que la Guyane et les Caraïbes, deux territoires éminemment stratégiques de la France, se retrouvent au sein d’une zone juridico-commerciale orchestrée par La Havane…
En cela, on peut estimer que Mélenchon ne fait que grossir un trait diplomatique déjà esquissé par le gouvernement Mitterrand en 1981, lorsque la France soutient le régime nicaraguayen pro-castriste et lui vend pour 15 millions de dollars d’armes défensives… Mais Mélenchon veut aller plus loin dans les rapports entre la France et une Amérique latine révolutionnaire, cristallisée à ses yeux par le Venezuela. Toujours maniant sans vergogne la sémantique révolutionnaire, et souvent appuyé par Le Monde diplomatique dirigé par son ami Ignacio Ramonet (par ailleurs fondateur du mouvement altermondialiste et indigéniste ATTAC), Mélenchon défendra à de multiples reprises le régime chaviste, évoquant un « modèle de démocratie » – contre tous les témoignages de l’époque qui évoquent un autoritarisme décomplexé.
Rappelons qu’avec une cinquantaine de voyages en Amérique latine tout au long de sa carrière, JLM est presque devenu une sorte de diplomate de l’ombre, un agent d’influence pour les États sud-américains, à commencer par le Vénézuéla. Le terroriste international Carlos lui donnera même le baiser de la mort en appelant à voter pour lui, depuis sa cellule de prison, en 2012…
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Chez Mélenchon, l’échiquier géopolitique est tout à fait simpliste, voire pulsionnel. Et tant pis s’il faut parfois faire rentrer sa réalité au forceps, comme l’atteste son acharnement sur le journaliste brésilien Paulo Paranagua, que le leader de LFI diffame à plusieurs reprises, le traitant d’assassin pour mieux tenter de le faire taire – Paranagua avait la mauvaise habitude d’enquêter sur la face obscure du régime chaviste ou du guévarisme, tous deux sanctifiés par JLM. De même, au nom de la sacro-sainte lutte contre l’ennemi américain et les positions atlantistes, toutes les alliances et toutes les compromissions sont bonnes à prendre. À ce titre, il n’oubliera pas évidemment de relativiser les bombardements en Syrie, ou de se ranger ponctuellement du côté de la Russie ou de la Chine dans les conflits qui les opposent à leurs voisins plus démocrates





