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Les critiques musicales de mars

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Publié le

25 mars 2024

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Chaque mois, L’Incorrect sélectionne pour vous le meilleur et le pire de l’actualité culturelle. Perles rares ou navets survendus, authentiques exploits ou pathétiques arnaques, ici se poursuit l’ambition de distinguer. À rebours de la tyrannie du médiocre, du politiquement convenable et du consensus, nos critiques vous redonnent le sens des hiérarchies. Place aux critiques musicales de mars.
© DR

Une loco rugissante

Dès le début, la batterie impose son rythme. C’est une locomotive qui terminera sa course dans trois minutes. Jamais elle n’oscillera, jamais elle ne sourcillera. Arrive une guitare jangle qui rappelle les Go-Betweens. Tout va bien, en somme. Et puis une voix se pose, doucement nasillarde, typique de ces êtres qui vivent dans des appartements pleins de livres, d’une élégance négligée, et qui draguent des filles en baissant les yeux à la terrasse d’un café. Il n’y a rien dans ce morceau, mais il y a ce qui nous suffit parfois à nous sentir mieux. Trois minutes, oui. Train Full Of Gasoline. Piquons-lui son essence. Remettons-le en boucle, encore et encore, ce titre. Les amis arrivent. La vie est douce-amère. Toujours. Ou du moins jusqu’à ce que minuit sonne, au loin. Nous passerons à autre chose ; chacun s’échappera, se métamorphosera loin de ces trois minutes dorées, s’enfuira en lui-même. Mais d’abord fêtons les commencements en les recommençant encore et encore. Alors ami, relance une dernière fois ce train de trois minutes. Emmanuel Domont


TRAIN FULL OF GASOLINE, DUCKS LTD, Carpark Records

L’héritier approximatif

La new wave minimaliste de Lescop, parfois, fait mouche. Mais alors vraiment pas souvent. C’est sans doute la raison de cette carrière en dents de scie : un premier album qui attira la lumière, Forêts, où le musicien renouait avec la new wave un peu avant tout le monde ; un second, Échos, qui n’en reçut pas beaucoup et entraîna la suspension du projet. Sept ans après, alors que la new wave sombre est en pleine réviviscence, Lescop tente donc de renouer avec son rêve parti. L’ennui, c’est qu’on se retrouve toujours à osciller entre quelques vraies réussites, comme « Les Garçons », où la désinvolture amère se mêle à un rythme entraînant dans un dépouillement efficace, et des ratages nombreux ou des demi-réussites qui fleurent la pop soporifique, de vieilles recettes trop réchauffées, un jerk daté sur des instrumentaux rachitiques. Si Lescop arrive par quelques éclats à montrer quel héritier possible de Daniel Darc il pourrait être avec davantage de constance, en général, il sombre malheureusement dans une version dépressive de Tenue de soirée. Romaric Sangars


RÊVE PARTI, LESCOP, Labrea, 14,99 €

Girls’band baroque

C’était mal parti. Quelque chose m’agaçait dans ce côté théâtral et baroque qui sent le magasin de déguisements vénitiens. Je ne devais pas être dans un bon jour, parce que cela n’est pas forcément pour me déplaire (il faudrait écrire quelque chose au sujet de l’état dans lequel on écrit certaines critiques – la mauvaise foi est parfois affaire de mauvaise humeur). Et puis, j’ai repris l’album. Déjà, la pochette me plaisait. Quelque chose qui m’attirait dans ces filles qui me rappelaient les sœurs de Virgin Suicides ; un girls band qui aurait eu comme idole Wednesday Adams plutôt que Britney Spears. C’est parti. Des voix de partout. Je pense pêle-mêle à Florence & The Machine, à Elizabeth Fraser de Cocteau Twins, à Siouxsie Sioux, parfois même Lana Del Ray (dans le magnifique On Your Side) mais, j’insiste: d’une façon plus baroque qu’éthérée. Musicalement, c’est très riche. Parfois trop. Des harmonies vocales, des solos, des ambiances cinématographiques. On se promène dans un manoir, dans des cimetières gothiques ; parfois dans des champs fleuris sous la lune mystérieuse et fascinante. Tout ça a de la gueule. La suite au prochain épisode. Emmanuel Domont


PRELUDE TO ECSTASY, THE LAST DINNER PARTY, Island Records, 15,99 €

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