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Royel Otis : mi-ange, mi-canaille

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Publié le

22 mai 2024

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La vraie sensation du moment est ce duo australien touché par une grâce sauvage à laquelle nous vous encourageons à succomber.
© Facebook Royel Otis

Les contrastes les plus opposés semblent parfois se marier avec une grâce surprenante. C’est ce qui m’a instinctivement frappé en voyant ces deux jeunes hommes l’un à côté de l’autre, il y a quelque temps, sur la petite scène du Supersonic (Paris XIe). D’un côté, un garçon d’une grande beauté, façon archange céleste qu’aurait pu dessiner Cocteau, filmer Larry Clark ou aimer un million de jeunes filles : c’est Otis Pavlovic ; de l’autre, un étrange bonhomme dont le visage invisible est caché derrière de longs cheveux blonds, emporté avec sa guitare dans une transe à la fois libératrice et introspective : c’est Royel Maddell. Voici donc Royel Otis. Et si vous ne les connaissez pas, c’est pourtant la « new sensation » la plus excitante du moment.

Voix d’ange et riffs pop

L’Australie n’a jamais été avare à nous livrer de nouveaux talents. Ces derniers temps, elle est même d’une grande générosité : de Tame Impala à Parcels, bien sûr, en passant par Dune Rats, DZ Deathrays, Skeggs ou Gang Of Youths, il faudrait être bien ingrat pour s’en plaindre, ou bien sourd pour passer à côté de pareils talents. Les derniers à s’être ajoutés sans mal à ce bouquet flamboyant, ce sont eux, ces deux garçons d’à peine trente ans, fringués comme des types qui iraient au skate-park avec Drain You » de Nirvana dans les oreilles. Un anti-look bien conscient de lui-même?: on connaît la musique. Peu importe, nous ne sommes pas là pour ça (du moins, pas vraiment). Mais alors, quand les amplis sont allumés et les guitares branchées, ça ressemble à quoi ?

Mais la plus grande force de ce groupe, c’est la voix si rare que possède Otis : à la fois nasillarde et aérienne, envoûtante et efficace

D’abord, si Royel Otis est un duo (par leur nom et sur les photos de presse) le groupe sur scène est en fait composé de deux autres musiciens (un batteur et un clavier – ce dernier jouant les lignes de basse au Moog en plus de chanter certains chœurs). À l’interminable jeu des influences, on pense pêle-mêle à MGMT (sur « Foam »), The Strokes (« Daisy Chain »), The Drums (« Adored »), parfois même à Daft Punk (« Fried Rice ») voire au Velvet Underground (le charmant hommage de « Venus In Furs » sur « Molly »). Ces influences, qui ne sont certes pas invisibles, sont pourtant si bien digérées et mêlées à un style si singulier que l’idée que Royel Otis pasticheraient leurs idoles ne nous effleure jamais l’esprit. Mais la plus grande force de ce groupe, c’est la voix si rare que possède Otis : à la fois nasillarde et aérienne, envoûtante et efficace. Parfois Royel vient ajouter la sienne avec une pudeur qui n’est pas dénuée d’énergie et de caractère. Ces deux-là savent bien ce qu’ils font et où ils vont : c’est certain. Ce serait un grand tort d’oublier l’importance donnée au son de la guitare de Royel : quelque part du côté de Robert Smith à l’époque de l’album Desintegration. Grand sens du riff pop, simple, imparable et évident, façon doux-amer, un peu surf, un peu new wave, et puis finalement très lui, tout simplement.

Un disque produit pour vieillir bien

Avant leur premier album, Royel Otis avaient déjà enchaînés quelques EP’s bourrés d’excellents titres, puis s’étaient fait connaître plus massivement par leur reprise de « Murder On The Dancefloor » (30 millions d’écoutes cumulées – sans oublier leur tube « Oysters In My Pocket » qui atteint les 60 millions sur Spotify, sans compter le reste). En février dernier est sorti PRATTS & PAIN (le nom du bar dans lequel le groupe allait se saouler en sortant du studio), un disque enregistré à Londres avec Dan Carey, le producteur derrière les trois disques de Fontaines DC, entre autres. Le choix de ce Dan Carey n’est pas pour rien dans le son et les expérimentations qui ont sans doute permis au duo de sortir de leur zone de confort, et de tenter d’approcher d’une nouvelle façon leurs chansons, tout en gardant une efficacité et une limpidité qui leur est comme naturelle. À ceux qui étaient habitués à la facilité déconcertante avec laquelle ils composaient des mélodies entêtantes, il faudra sans doute quelques écoutes pour oublier que la patte de Dan Carey a changé quelque chose a l’impression générale qui se dégage de ces nouveaux titres. Ce qu’ils ont perdu en innocence, ils l’ont gagné en profondeur. L’album reste sans aucun doute une réussite incontestable et un disque qui vieillira sans doute mieux qu’on ne l’imagine.

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Le présent leur appartient

Il n’est pas impossible que ce groupe, encore dans l’ombre des géants qui les ont bercés de rêves il y a encore quelque temps, grandisse au point de rivaliser avec certains d’entre eux. Leur charme est encore fragile, mais c’est cette même fragilité qui est leur arme pour nous draguer les oreilles, pour conquérir nos cœurs nostalgiques, pour naviguer sur nos âmes perdues et diriger nos têtes qui remuent de droite à gauche sur les rythmes adolescents de leurs meilleurs tubes. Se prendront-ils les pieds dans le tapis ? Rien ni personne ne peut le dire. Que les astres leur soient favorables ou le destin tragique, il n’empêche qu’il faut goûter au plaisir et à la joie de cette fraîche découverte avant qu’elle ne fonde ou qu’elle se désintègre. Aujourd’hui, PRATTS & PAIN fait partie des meilleurs disques de ce début d’année, avec une évidence qui nous interdit d’en douter. Ceux qui l’ont compris passent l’album cinq fois en une journée de vingt-quatre heures ; le conseillent à leurs amis, la nuit et le jour, en dansant au milieu de pièces où les tables sont pleines de verres vidés et d’amours impossibles, ridicules ou oubliés dès le lendemain. C’est ainsi. Oui, c’est ainsi que sont Royel & Otis, belle et bête, ange et canaille, emporté et pudique. C’est ainsi que sont ceux qui marquent un été, un hiver, parfois quelques années et même pour certains, une vie entière. Alors fonçons, encore et toujours, remettons la chanson qui vient de se terminer et croyons à l’avenir et aux mélodies d’aujourd’hui et de demain. Aujourd’hui, c’est Royel Otis et pour demain, nous verrons bien.

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