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Benjamin Bernheim : la revanche du ténor

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Publié le

29 octobre 2024

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Longtemps, les ténors ont boudé la mélodie française. À l’exception de quelques barytons, c’est une cohorte de voix féminines qui, depuis toujours, entretient le feu sacré du genre. Il fallait un artiste d’exception, à la voix somptueuse et à la rigueur implacable, pour combler ce vide discographique : Benjamin Bernheim

Longtemps, les ténors ont boudé la mélodie française. À l’exception de quelques barytons, c’est une cohorte de voix féminines qui, depuis toujours, entretient le feu sacré du genre. Il fallait un artiste d’exception, à la voix somptueuse et à la rigueur implacable, pour combler ce vide discographique. Entre le lyrisme de Berlioz (Les Nuits d’été) et le spleen de Chausson (Poème de l’amour et de la mer), en passant par la sensualité de Duparc (Invitation au voyage, Phidylé…), Benjamin Bernheim éclaire ces perles d’une lumière inédite. Troquant l’opulence de la scène pour l’intimité du salon, le ténor franco-suisse parvient à ciseler les moindres nuances sans affectation ni pathos, trouvant le ton juste sans effort apparent. Le sens du récit va de pair avec le naturel de l’expression.

Et si la voix se détache de l’accompagnement davantage que dans les versions avec orchestre, c’est au profit d’un dialogue polarisé, souvent tendu, avec le piano, admirablement joué par Carrie-Ann Matheson (à laquelle on doit aussi ces nouvelles transcriptions). Le secret ? Outre une conduite admirable de la voix – avec cet art de couvrir les voyelles, d’articuler les consonnes, de distiller un vibrato de velours, de varier le poids du timbre jusqu’à la voix mixte – c’est la diction qui fait merveille, une diction d’authentique comédien. Au point de nous rappeler à chaque instant que la mélodie – surtout française – est précédée, inspirée, engendrée par la parole poétique, dont la musique n’est que l’élévation au domaine du son.

DOUCE FRANCE, Mélodies et chansons de Berlioz, Chausson, Duparc, Kosma, Trenet, Brel – Benjamin Bernheim (ténor) – Carrie-Ann Matheson (piano) – Deutsche Grammophon, 17,99 €

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