Ce 15 octobre, le ministre du Budget Laurent Saint-Martin s’est prononcé en faveur d’un gel des crédits de l’Aide médicale d’État (AME), qui permet aux sans-papiers de bénéficier d’une couverture à 100 % de leurs soins médicaux. Immédiatement, la nouvelle ministre de la Santé Geneviève Darrieussecq a pris ses distances par rapport aux déclarations du ministre, estimant que les lignes ne « bougeraient pas ». Et pour cause : il faut bien ménager les tempéraments les plus à gauche dans un gouvernement qui doit chaque jour se soumettre au tempo délicat d’une valse à trois temps. Il faut dire que cette suppression de l’AME, vieux serpent de mer politique, serait un crime pour les caciques du PS qui poussent déjà des cris d’orfraies, sur la fameuse rengaine du « on ne peut pas laisser crever les étrangers en bas de chez nous ». Un argument massue ? Pas vraiment, puisque pour les situations d’urgence, il existe déjà l’Aide médicale d’urgence (AMU), qui permet aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier de soins en cas d’accident ou d’affection brutale.
Tir de barrage
Depuis quelques jours, on observe un tir de barrage concentré de la part de la presse alignée : La Croix, L’Express ou Challenges se demandent si la France est vraiment « attractive » pour les migrants et se chargent de « rétablir quelques vérités » sur ces « clichés » véhiculés par « l’extrême droite ». Rappelant à qui veut l’entendre que l’impact budgétaire de l’immigration illégale reste faible (1 % du PIB). Et soulignant que seules 51 % des personnes éligibles à l’AME en bénéficient effectivement, à cause d’un parcours administratif particulièrement complexe. Tir de barrage également sur certaines fake news qui serviraient d’argumentaire au RN, comme la pose d’anneau gastrique ou le recollement des oreilles. Là, la presse se garde de démentir et reconnaît que c’est « théoriquement possible » que des sans-papiers aient pu en bénéficier, même si cela ne représente que « quelques cas par année ». En gros, circulez, il n’y a rien à voir : il suffirait de sortir sa calculette pour se rendre compte que l’AME ne menace pas vraiment le contribuable.
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Que défend au juste la gauche ? Cette loi créée en 2000 par le gouvernement Jospin (elle était alors budgétisée à 139 millions d’euros – son coût augmente de 10 % chaque année depuis sa création) a été longtemps la fierté du PS – emblème d’un modèle social qui rayonne à travers toute l’Europe (mais que les autres pays européens, bizarrement, ne semblent pas trop nous jalouser). À chaque gouvernement, de gauche comme de droite, la réforme de l’AME revient pourtant sur le tapis. Même Emmanuel Macron, qui avait fait de son maintien une promesse de campagne, est revenu sur ses propos suite aux critiques d’une partie du monde médical. Il faut dire que l’AME, outre son coût non-négligeable, a longtemps été considérée comme une aubaine pour les sans-papiers, et a pu susciter quelques vocations migratoires, voire un vrai « tourisme médical » comme l’ont déjà dénoncé plusieurs médecins spécialistes. Pour ses détracteurs, l’AME est devenue un véritable système qui suscite les convoitises et entretient l’idée d’un État-providence pour tous les aspirants migrants. L’ancien ministre et urologue Bernard Debré constatait dès 2012 une « exaspération » des médecins confrontés à des AME, notamment dans certains centres médicaux dédiés, comme le Centre médical Europe près de la gare Saint-Lazare, où des étrangers viennent se faire soigner régulièrement pour justifier leur titre de séjour, et souvent pour des symptômes bénins, parfois difficilement diagnosticables : eczémas, maux de tête… parfois de simples « fourmis dans les mains ».
Un dispositif qui vient s’ajouter à l’AME et qui permet aux étrangers de réclamer un titre de séjour pour bénéficier de soins sur le territoire français.
On note également plusieurs cas de patients qui se font adresser par des établissements d’orthodontie, pour des soins purement esthétiques que les Français moyens ne peuvent pas se payer. Certains dentistes qui travaillent dans ces centres évoquent de véritables « supermarchés » : à partir du moment où c’est gratuit, les patients essayent d’obtenir toujours plus. Les abus existent donc bel et bien. Et le tourisme médical n’est pas une illusion. Il suffit de voir le nombre de comptes TikTok qui plébiscitent les vertus du modèle social français et qui invitent les aspirants clandestins de tous les pays du Maghreb à tenter leur chance – pour se refaire les dents, pour accoucher sur le sol français et faire bénéficier de facto d’une double nationalité à son enfant, tout en s’assurant un suivi obstétrique convenable. Pourquoi se priver ?Il faut dire que jusqu’en 2011, les cures thermales mais aussi la PMA faisaient partie des soins remboursés par l’AME…
L’arbre qui cache la forêt
D’autant que d’autres chiffres, eux, restent mystérieusement sous les radars, comme ceux de la procédure d’admission au séjour pour soins. Un dispositif qui vient s’ajouter à l’AME et qui permet aux étrangers de réclamer un titre de séjour pour bénéficier de soins sur le territoire français. Comme le rappelait ainsi Le Figaro en 2021, en épluchant le rapport annuel de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), ce « filet social » profite chaque année à une moyenne de 25 000 étrangers malades. Selon un rapport publié en 2012, on comptait parmi ces bénéficiaires pas moins de 127 nationalités différentes. Aujourd’hui, on reconnaît à mi-voix, depuis Beauvau, que de nombreux étrangers qui se voient refuser une demande d’asile se tournent vers ce titre de séjour pour soins. En effet, il leur suffit de prouver que certains soins ne sont pas accessibles dans leur pays d’origine pour être éligible. On parle ici de traitements coûteux, parfois à long terme, ou encore d’accompagnements psychiatriques… Ainsi, selon l’Ofii, « entre 2017 et 2020, 26 900 personnes ont effectué une demande pour soins psychiatriques, 17 150 pour le traitement du VIH sida, 16 927 pour le diabète, 14 400 pour le cancer, 4 744 pour la dialyse et 2 186 pour la greffe d’organes ». Un comble lorsqu’on sait à quel point le système hospitalier français est à bout de souffle, et notamment dans certains secteurs en crise, comme la psychiatrie, sommés de prendre en charge chaque année des nouvelles vagues de migrants plus ou moins honnêtes – dont certains vont jusqu’à mettre en scène leur déséquilibre mental.





