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La Commune de Paris, ou l’histoire militante : entretien avec Stéphane Giocanti

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Publié le

22 janvier 2025

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Spécialiste entre autres de Maurras, Boutang et Mishima, Stéphane Giocanti s’attaque dans un nouvel ouvrage aux mythes de la Commune de Paris, entretenus par une historiographie militante.
© Wikimedia

Pourquoi la Commune de Paris demeure-t-elle révérée, de gauche à droite, alors qu’il est d’usage de mépriser les « Versaillais » ?

Cela s’explique par l’ampleur du carnage final, perpétré par l’armée Thiers et Mac Mahon. Si l’on ne peut qu’être saisi d’horreur et d’indignation devant la répression de dix mille hommes, femmes et adolescents, devant les cours martiales bâclées et les haines réciproques, tout cela a entraîné un abandon de l’esprit critique vis-à-vis de la Commune. Les extrêmes gauches ont créé un totem qui triomphe d’autant plus aujourd’hui que les historiens classés à droite se sont rarement penchés sur ce sujet. Inversement, les « Versaillais » sont rejetés dans les ténèbres de la honte. Selon les cas, on y mêle les députés (élus en février1871), le gouvernement de Défense nationale, avec Thiers à sa tête, l’armée, mais aussi les bourgeois, les « ruraux », les curés, les rentiers, les fonctionnaires. La binarité (gentils contre méchants) est le résidu d’une mémoire longue à propos d’une guerre civile dont la honte fut partagée.

Y a-t-il encore des choses neuves à en dire ?

En histoire, tous les sujets sont à réexaminer, tous les dossiers sont à rouvrir grâce à des biais nouveaux, si possible intéressants. Alors que les études consacrées aux Communards sont innombrables, les « Versaillais » sont largement négligés. La Guerre contre Paris de l’historien anglais Robert Tombs (2021) a jeté un pavé dans la mare, en montrant ce que fut vraiment l’armée de Thiers, et en démentant une mémoire communarde forgée par des rescapés naturellement partisans. Ce qui manque le plus aux historiens français de la Commune, c’est l’impartialité, le réalisme psychologique, et la prise en compte de la légalité, aussi discutable fût-elle. L’histoire des révolutionnaires (blanquistes, socialistes, libertaires) du Second Empire à la Commune reste à écrire, alors qu’ils sont les créateurs des Communes de Paris et des provinces. Ce monumental oubli est significatif d’une orientation idéologique : tous les historiens français qui ont traité de la Commune sont de gauche, et surtout, d’extrême gauche, plus rarement centristes.

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Que nous apprennent cet épisode tragique et sa légende ?

D’abord, il doit nous sensibiliser sur les manipulations et complaisances de certains historiens. Ensuite, il paraît essentiel de réfléchir sur la faillite collective que constitue toujours une guerre civile. Cet épisode symbolise le pouvoir sans cesse aggravé de Paris sur le reste de la France (les communards vilipendaient les « ruraux »). Cet épisode nous enseigne sur les techniques révolutionnaires, mais aussi sur les tentatives jacobines, socialistes ou libertaires d’organisation politique et sociale, Paris, Lyon et Marseille servant de terrains d’expérience. Sur un autre plan, la Commune fut une tentative pour réparer l’échec de la Révolution de 1848 – celle de juin, la plus à gauche. Cet épisode montre la force d’aveuglement que peut produire une imagerie passéiste pour affronter (vainement) le présent. Les communards étaient en effet hantés par les figures de Robespierre ou du père Duchêne ; Louise Michel se passionnait pour Les Misérables d’Hugo, qui dépeint des barricades (1832) dont le principe s’était révélé obsolète dès 1848: les communards en formèrent 900 dans Paris.

Qu’il existe une légende de la Commune dénonce une évidente captation militante. La Commune est un échec lamentable terminé en massacre, conduit par des individus de second plan, généralement incompétents, qui ont entraîné une partie des ouvriers abusés ou épuisés par le siège de Paris. On érige en modèle Louise Michel, dont les intentions homicides sont reconnues par tous les historiens. Généreuse auprès des plus faibles, soucieuse d’instruire autour d’elle, capable finalement de défier le conseil de guerre qui la jugeait, la « mère Michel » approuvait la politique des otages, appela à la destruction de Paris, nourrit ses écrits de ressentiments haineux, témoins d’une vision binaire. La vanité fait préférer la légende à l’examen moral et civique, pourtant indispensable.


LA COMMUNE DE PARIS, UNE INVESTIGATION POLITIQUE ET HISTORIOGRAPHIQUE, STÉPHANE GIOCANTI, Éditions de Flore, 400 p., 10 €

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