Je viens de lire un ouvrage admirable, La Chauve-souris. Petite métaphysique en vol, qui m’a ouvert de nouveaux horizons sur les rhinolophes, les murins des marais, la grande noctule, le vespertilion bicolore, la pipistrelle commune et la barbastelle d’Europe. J’y ai appris que les femelles, réunies dans des gîtes de maternité, y mettent bas en mai de façon synchrone. Elles mettent bas suspendues au plafond, et le petit tombe, rattrapé par la membrane interfémorale de sa mère ; qui le confie à ses commères pour aller se nourrir et récupère son chauve-souriceau en le reconnaissant à l’odeur. Ces mises-bas collectives et simultanées, quelle que soit l’époque de la fécondation, en de gigantesques maternités publiques, m’ont fâcheusement évoqué une manière de communisme mammifère. Comme les chauves-souris sont aussi d’incroyables réservoirs à virus, la cause me paraissait entendue et l’animal, de gauche.
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Mais c’était sans compter sans l’immense diversité de leurs mille quatre cents espèces (le communisme est moins nuancé) ni sur le fait qu’elles ne volent jamais de conserve : chaque bestiole poursuit sa route au gré de sa faim ou de son besoin de repos sans se calquer sur sa voisine. On retrouve là non pas de l’individualisme mais cette qualité de vaquer à ses affaires sans s’occuper de celles de son voisin qui rapproche la chauve-souris du Français de droite plus que du militant woke. Comme en plus aucune d’elles ne suce le sang de quiconque, elles s’éloignent définitivement du modèle socialiste d’un État prédateur. Alain Cugno nous parle longuement de chauve-souris pour mieux nous parler de nous-mêmes, humains, avec de très belles pages sur la culture – et quelques ravissants dessins naturalistes de Vanessa Damianthe –, et l’étrangeté radicale de la bête est d’autant plus soulignée qu’elle nous fréquente depuis des temps immémoriaux, au point qu’en Australie, pour les Yarralin, les roussettes sont « des membres de réseaux de parenté qui comprennent à la fois des humains et des renards volants » ; on reste songeur.
Mais une précision entre toutes m’a fait comprendre à quel point la chauve-souris est de droite : « leur cri est si puissant que leurs tympans n’y résisteraient pas si elles l’entendaient. » Un dispositif musculaire les rend donc sourdes quand elles crient. Aucune chauve-souris n’entend son propre cri, elle n’en perçoit que l’écho. Contrairement au gauchiste enivré et assourdi par sa propagande et incapable de percevoir ce que ses hurlements produisent, la chauve-souris est attentive au monde en en quêtant sans cesse l’écho, cherchant dans le reflet de son action les moyens de mieux se gouverner, criant fort pour que l’écho soit précis. Et nous-mêmes humains, que faisons-nous notre vie durant sinon crier sans voir notre propre visage et sans souvent bien comprendre ce que nous disons, mais quêtant dans l’écho de nos paroles et le regard posé sur nous la révélation de notre propre être et l’intelligence de notre personne ? La chauve-souris, combinant sens du commun et indépendance pratique, sourde à elle-même mais attentive au monde, est de droite.




