FIER, LYRQUE ET BRUTAL
PEOPLE WATCHING, Sam Fender, Universal Music, 16,99€
Sam Fender fait toujours la même chanson. J’aime les obsessionnels, les ruminants de l’infini, le radotage intérieur, le chien qui coure après sa queue. Avec People Watching, il annonce son album à venir, avec un titre qui aurait pu figurer sur ses disques précédents. Sa musique décline sans cesse les mêmes thèmes musicaux : couplets intimes, retenus, et explosion jouissive lors des refrains. Sorte de Springsteen anglais d’une génération qui regardait les premières saisons de Skins et sondait le vide occidental en le remplissant de vodka. Les concerts de Sam Fender sont beaux et touchants, sans jamais être mièvres, pompeux et grotesques (rien à voir avec Coldplay). Il y a dans cette âme fêlée quelque chose de l’Angleterre de la working class, fière, lyrique et brutale. Celle qui met de l’amour dans la camaraderie et qui fait du pub un temple où l’on rit et pleure. Là-bas, dans ces pubs pourris, il faudra mettre bien fort ce single qui coule comme une rivière froide dans laquelle on va chercher l’oubli et le pardon. Emmanuel Domont
UN SANS-FAUTE
MAHASHMASHANA, Father John Misty, Joshua Tillman/Bella Union, 16,99€
Le voilà son meilleur disque. Sur les précédents, il y avait toujours quelque chose d’agaçant, de bêtement poseur, de raté à force de vouloir trop bien faire. Father John Misty est une tête à claques plus que talentueuse, il fait le malin, c’est certain. Mais cette fois, c’est un sans-faute. De l’ouverture façon Lennon désinvolte, en passant par le gainsbourien (période Melody Nelson – la guitare acide, les violons orientaux) Josh Tilman & The Accidental Dose, ou les sublimes balades seventies (« Being You », « Summer’s Gone »), Mahashmashana est une œuvre parfaite, sans fausses notes, maîtrisée et libre à la fois. Si l’on sent des influences claires, sa singularité est réelle. D’une grande élégance, ce disque, dans l’air du temps, fait l’effet d’un bain d’eau glacée, d’un sauna bouillant, qui purifie. Pour la première fois, je n’ai pas eu besoin de passer un titre sur deux pour passer un bon moment avec ce satané Father John Misty : merci, c’est trop aimable. Emmanuel Domont
L’HOROSCOPE MUSICAL de 2025
Après le retour de Michel Barnier puis de François Bayrou, il semble que l’année 2025 continue, après l’hiver 2024, à se placer sous le signe du gériatrique, et même en musique : alors que Scorpions se prépare à lancer sa tournée commémorative de soixante ans de carrière, les Sex Pistols seront à l’affiche de la plupart des festivals de l’été (sans Johnny Rotten, mais avec Frank Carter, interviewé autrefois en ces pages), et, pour filer un coup de vieux à ceux qui les écoutaient au lycée, Linkin Park revient avec un Stade de France déjà complet ! Heureusement, les nouvelles pousses se font aussi entendre : les Marseillais de Landmvrks et leur metalcore offrant une synthèse brillante de lyrisme et de brutalité sortiront cette année leur quatrième album studio. Les Alsaciens de Last Train, quant à eux, salués par la presse spécialisée, et à juste titre, comme le meilleur espoir du rock français, et quoi que leur musique efficace et charnelle ressemble au meilleur du rock anglo-saxon, viendront nous rassurer sur la perpétuation d’un genre porté mille fois disparu. Alain Banville





