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Matthieu Lavagna : L’Apologète

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Publié le

18 mars 2025

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© Benjamin de Diesbach
© Benjamin de Diesbach

La froidure hivernale étreint la capitale avec la vigueur d’un amant, quand nous le retrouvons un vendredi sur le parvis de l’église Saint-Roch. Comme tous les mois, Matthieu Lavagna est monté à Paris le temps d’un week-end, laissant à Toulon sa vue-mer et ses douces températures pour l’âpreté du témoignage. Bagage en main, il sort tout juste d’un déjeuner et enchaîne avec une formation donnée aux membres de la Marche pour la vie. Rebelote le lendemain, avant ladite marche du dimanche. Dans la même étreinte glaciale.

Matthieu est de ces champions de la foi que Dieu lève au cœur la tempête pour veiller sur son troupeau

Rien ne le destinait à jouer pareil rôle. Originaire d’Antibes, issu d’une famille catholique qui n’a jamais manqué de rien, lui se voyait déjà professeur de mathématiques. Seulement, pour mieux répondre à ses petits camarades qui ricanent de sa foi, Matthieu décide de lui appliquer cette soif de connaissances qui lui vient des sciences. Quand les hérétiques attaquent les dogmes, il faut leur montrer qu’on a plus d’esprit qu’eux, dit l’adage maistrien. Alors en autodidacte puis à l’Institut Docteur Angélique, il étudie la philosophie et la théologie en plus de son cursus en maths – et se détend entre deux cours d’algèbre par l’écriture d’un livre. Arrive le concours de professorat : l’écrit validé et attendant l’oral, il envoie son manuscrit à Olivier Bonnassies. Une heure plus tard, il reçoit un coup de fil et une proposition d’embauche par l’association Marie de Nazareth. Inutile de préciser qu’il ne se présenta pas aux oraux. Son texte est publié sous le titre Soyez rationnel, devenez catholique.

Plus qu’un livre, c’était un programme de vie. Car Matthieu est de ces champions de la foi que Dieu lève au cœur la tempête pour veiller sur son troupeau. Si elle a la vigueur de celle du charbonnier, sa foi tient plutôt du laboureur, qui creuse droit son sillon à coups d’Évangiles et d’encycliques (il faut voir avec quelle facilité il les dégaine), renverse scrupuleusement erreurs et idoles, prépare les âmes à être ensemencées par le bon grain. C’est donc assez logiquement qu’il est devenu l’un des rares apologètes français à plein temps (« Je ne savais pas que ce métier existait ! »), un sacerdoce plus qu’une profession qui consiste à défendre par la raison les vérités de la foi catholique. Depuis trois ans, il riposte tous azimuts à ceux qui la menacent de près ou de loin, de l’athée Thomas Durand au sédévacantiste Adrien Abauzit ou au mythologue Michel Onfray, et traite d’à peu près tous les sujets, allant de la virginité de Marie aux hérésies de l’abbé Pierre en passant par le combat anti-euthanasie, sur des supports aussi variés que possible pour s’adresser à tous les publics.

Lire aussi : [Idées] La preuve par Dieu

Ceux qui le suivent savent que Lavagna, c’est aussi un style. Ne lui parlez pas des débats télé, où le mensonge avance sous les plis du pathos. Inspiré par la philosophie analytique, lui raisonne par le déroulement limpide et implacable, des prémices aux conclusions. D’où une admiration pour la culture du débat aux États-Unis (où il vécut jeune), qui sur le fond n’interdit aucune position, qui sur la forme organise encore des disputatio à l’ancienne pour permettre à la vérité de triompher. Et ce n’est pas un hasard si l’apologétique, presque disparue en France malgré une tradition vivace au XIXe, y a le vent en poupe, via l’association Catholic Answers. Bien sûr, la raison ne peut pas tout. « Les arguments ne permettent pas au cœur de se convertir, puisqu’il faut un acte de la volonté. Mais ça peut ôter des blocages. » En fait, son rôle est pluriel : amener sur le seuil de l’Église les esprits qui en sont éloignés ; renforcer la foi des croyants et leur fournir des armes pour évangéliser à leur tour. Il doit toutefois faire face à une double hostilité : le relativisme, qui voit d’un mauvais œil l’idée que l’on puisse démontrer l’existence d’une religion vraie parmi toutes ; le sentimentalisme, qui présente la foi « comme une émotion, ce qui la rend très instable ».

Cet esprit géométrique, le jeune homme l’entretient aux échecs – il participa jeune au championnat de France. Ses ouvertures favorites ? « Gambit de la dame avec les blancs. Avec les noirs, sur E4, je joue la sicilienne ; sur D4, je joue cavalier F6 puis soit une est-indienne, soit une nimzo-indienne. » Il apprécie aussi le ski et les sports de raquettes, dont le tennis de table qu’il a pratiqué en compétition. « J’ai échangé quelques balles contre Félix Lebrun plus jeune lors d’un tournoi, il n’avait que 8 ans mais était déjà très bon ! » Une dernière question se pose : comment Matthieu n’a-t-il pas atterri au séminaire ? « Je me suis posé la question de devenir prêtre vers 20 ans. Tout était possible. J’ai dit à Dieu que je voulais me marier jeune, donc s’il voulait que je le fasse, il fallait qu’il me trouve une femme rapidement. L’année d’après, elle est arrivée et je l’ai épousée. » Quatre ans plus tard, le voilà père d’une jeune fille de trois mois. Quand on vous dit qu’il n’y a qu’à demander.

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