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Biopics littéraires : L’indigestion

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Publié le

19 décembre 2017

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BIOPIC

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Et si la vogue des romans inspirés de vies réelles n’était qu’une recette facile pour masquer l’incapacité des écrivains à faire œuvre d’imagination ?

 

Tout le monde l’a noté, la deuxième guerre, plus précisément le nazisme, est au cœur des livres de deux des lauréats de l’automne, Éric Vuillard et Olivier Guez. Si l’on examinait les palmarès des années précédentes, on ajouterait d’autres exemples, comme Les Bienveillantes de Jonathan Littell. Il est tentant de s’interroger sur ce que cette omniprésence dit de la fascination des littérateurs, des jurys et des lecteurs pour le nazisme, comme l’ont fait de nombreux commentateurs.

 

Un phénomène très visible en France

 

Mais on peut aussi regarder le millésime 2017 sous un autre angle : il confirme, si besoin était, le triomphe des romans biopics, ces romans centrés sur un personnage réel (Mengele chez Guez) ou un événement (la rencontre au sommet des industriels allemands avec Hitler chez Vuillard). Impossible d’y échapper depuis quelques années. La liste des célébrités d’hier enrôlées par les écrivains d’aujourd’hui dans leurs romans est interminable. Le phénomène est très visible en France, on le vérifie à chaque rentrée, mais il touche aussi le monde anglo-saxon où pullulent notamment les « revisitasions » du patrimoine littéraire (vies romancées d’H.G. Wells, d’Henry James, d’E.M. Forster, etc.).

 

Lire aussi : Que valent encore les prix littéraires

 

Comment expliquer ce phénomène ? Hypothèse littéraire : c’est une conséquence du postmodernisme, basé sur la dévoration du passé. Hypothèse sociologique : c’est un reflet du culte moderne de la transparence, les écrivains, chevaliers de la vérité, révélant la face cachée des grands personnages (d’où l’insistance sur leurs dérèglements sexuels dans la plupart de ces livres). Il est possible toutefois que l’explication principale soit plus prosaïque : le roman-biopic, c’est la recette idéale pour surmonter les pannes d’inspiration.

 

Une méthode, une flemme, un but

 

La méthode est simple. Choisissez un personnage célèbre. Lisez toutes ses biographies. Bâclez une fiche de synthèse. Recrachez-le tout sous forme de roman, en inventant des dialogues et des scènes-clés. À la fin, n’oubliez pas de rendre hommage aux biographies que vous avez pillées et brodez une justification bidon pour légitimer votre démarche, comme Olivier Guez dans La Disparition de Josef Mengele : « Seule la forme romanesque me permettait d’approcher au plus près la trajectoire macabre du médecin nazi. » Sempiternel discours sur les pouvoirs merveilleux du roman, qui permettrait d’atteindre ce que les historiens, cantonnés aux faits et à la vérité, n’atteignent pas…

Un phénomène de mode qui donne aux faiseurs l’illusion qu’écrire est facile

Ce discours banal et ronflant n’est-il pas plutôt une manière élégante de déguiser la fainéantise, l’imposture et l’opportunisme ? La fainéantise, parce que le travail du romancier se réduit à compiler des biographies (les sujets de la plupart des biopics sont bien documentés par les historiens, comme par hasard). L’imposture, parce que le roman-biopic autorise à écrire n’importe quoi. « Telle scène n’a pas existé, elle est contraire à la réalité historique ? Vous oubliez, Monsieur, qu’un romancier a tous les droits. » L’opportunisme, enfin, parce que le roman-biopic a l’avantage immense d’être facile à « pitcher », donc à vendre – le personnage est déjà connu, la publicité est déjà faite.

 

Lire aussi : Nègre un jour, nègre toujours

 

Au fond, la plupart de ces romans – il y a des exceptions – sont des produits sans valeur ajoutée, des démarquages allégés de biographies auxquelles ils n’ajoutent rien, un phénomène de mode qui donne aux faiseurs l’illusion qu’écrire est facile. L’exercice pourrait se justifier, si le style était au rendez-vous : après tout, peu importe le sujet, quand la langue y est. La plupart du temps, hélas, elle n’y est pas. Vu que l’imagination elle aussi est absente, il ne reste plus grand-chose. Rien, ou à peu près. De nos jours, ça peut valoir un prix.

 

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