Emmanuel Macron s’était engagé dans son programme présidentiel à construire 15 000 nouvelles places de prison afin d’endiguer la surpopulation carcérale. Malheureusement, le ministère de l’Intérieur révélait le 1er février 2025 que nous avons atteint 81 599 détenus, ce qui constitue un record absolu en France. Le précédent datait de 2020 et a été pulvérisé. Il y avait à l’époque 72 400 prisonniers. Le nombre de places étant de 62 385, le ministère de la Justice avait alors profité du Covid pour libérer 8 000 personnes. Au 7 avril 2020, nous étions descendus à 64 439 écrous. En mai 2020, rebelote avec la libération de 5 500 personnes. Et là, pour la première fois depuis quarante ans, les prisonniers avaient enfin cessé de se retrouver en surpopulation. Il avait fallu pour cela que l’État libère 13 500 personnes au lieu d’en enfermer 15 000. Le fait est que les bat-flancs coûtent cher.
Le coût moyen d’une année de prison pour une personne détenue est estimé à 32 000 euros
L’Observatoire international des prisons (OIP) a calculé en 2020 le coût des prisons. La construction d’une cellule varie entre 150 000 et 190 000 euros. Il faut compter entre 2,2 et 2,8 milliards pour 15 000 places. De manière générale, le coût moyen d’une année de prison pour une personne détenue est estimé à 32 000 euros, soit moins d’un demi-milliard par an pour tenir l’objectif macronien. De son côté, le livre blanc sur l’immobilier pénitentiaire écrit en 2017 par le président du département du Nord, Jean-René Lecerf, est plus négatif. Il estime que la construction de 15 000 places supplémentaires coûterait 3,8 milliards d’euros, plus 1 milliard par an pour le fonctionnement et l’entretien. Or, le budget actuel du ministère de la Justice est de 8,2 milliards. Le programme de construction pèse lourd.
Moins de 1 % du total des infractions conduit à la prison
Mais la question n’est pas d’enfermer 80 000 ou 100 000 personnes, mais 500 000.
Aujourd’hui, il n’y a que 1 % des infractions qui donnent lieu à de la prison ferme, d’après Béatrice Brugère, secrétaire générale du syndicat Unité magistrats. L’ancien garde des Sceaux Dupond-Moretti avait proclamé en 2021 que le taux de réponse pénale et le taux d’exécution des peines étaient de 90 %. En réponse, la magistrate a analysé les chiffres de l’Insee relatifs à la justice parus le 27 février 2020. Elle nous a confirmé que, hors amendes, plus de 10 millions d’infractions pénales sont constatées au travers de mains courantes ou dépôts de plainte. Plus de la moitié est refermée d’office par la police ou les services des procureurs. Les parquets ne traitent donc que 4,2 millions d’affaires. Les deux tiers ne font l’objet d’aucune poursuite, essentiellement car l’auteur des faits n’est pas identifié. Il reste 1,3 million d’affaires poursuivables. Et 90 % d’entre elles font l’objet d’une réponse. Lorsque M. Dupond-Moretti vantait les résultats mirifiques de son ministère, il ne parlait que de 10 % des infractions, celles qui font l’objet d’une poursuite.
Donc, 1,3 million d’affaires sont poursuivies. Trente-six pour cent font l’objet d’une alternative du type rappel à la loi. Cinq pour cent se transforment en composition pénale (amende, stage, remise provisoire du permis, etc.). Seules 47 % des affaires sont poursuivies au tribunal, soit 611 000 affaires, c’est-à-dire 6,1 % du nombre total des infractions. En 2023, les tribunaux ont prononcé 543 900 condamnations sanctionnant 891 000 infractions. Mais les gardes des Sceaux veulent enfermer le moins possible. C’est un choix politique, rappelle Brigitte Brugère. Alors les peines ont lieu en milieu ouvert. Il s’agit des sursis avec mise à l’épreuve, semi-liberté, placement, etc. In fine, en 2023, seules 83 179 personnes ont été condamnées à des peines de prison fermes, c’est-à-dire moins de 1 % du total des infractions. Il y a donc environ 460 000 personnes qui ont été condamnées à du sursis ou des amendes, en raison du faible nombre des prisons. C’est cinq fois plus que ceux qui sont enfermés. Ce rapport d’un à cinq est logique avec la constatation qu’entre les années 1950 et aujourd’hui, le taux de criminalité a été multiplié par cinq, mais pas le nombre d’écrous.
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Si la justice se mettait à condamner, non plus 1 %, mais 2 % des affaires poursuivies, il faudrait doubler le nombre de places de prison en France. Cela coûterait dans les 50 milliards d’euros. Et ainsi de suite si nous montons à 3 ou 4 %. Les budgets deviendraient délirants. C’est le signe que le problème n’est pas solvable et qu’il faut sortir du piège du débat sur les places de prison et des condamnations. De deux choses l’une : soit nous multiplions les places d’enfermement par cinq, soit nous diminuons la criminalité par cinq.
Des prisons qui rapportent ?
Diminuer la criminalité par cinq est faisable à condition de défaire les politiques pénales des soixante dernières années, diminuer la charge administrative des policiers et récupérer 30 % de leur présence dans les rues, abroger la condition de proportionnalité dans la légitime défense, etc. On peut aussi imaginer voter la loi pénale de Joe Biden de 1994. Il avait créé des camps de redressement pour les mineurs, des dizaines de prisons, etc. Sa loi a permis de multiplier le nombre de prisonniers par cinq. Aux États-Unis, les prisons rapportent grâce aux prisonniers. Le moindre verre d’eau est payant. Et le 30e amendement a maintenu l’esclavage pour les prisonniers, qui sont obligés de travailler.
Sans aller jusque-là, il est parfaitement possible de créer 500 000 places temporaires de prison, le temps que la criminalité diminue. Au prix actuel, le coût de la construction d’un demi-million de places coûterait entre 100 et 126 milliards d’euros. Mais rien de tout cela si nous recourons aux méthodes de l’ONU pour accueillir des gens, comme à Grande-Synthe où un village de tentes héberge 1 500 personnes. Ce type de place coûte 1 500 euros. À ces conditions, l’enfermement de 500 000 individus coûterait 750 millions d’euros, ce qui est à portée de nos finances.
Drôle de voisin, tapage du gnouf
Claire, mère de famille, habite en face de la prison de la Santé, située en plein Paris. « Nous nous sommes installés pendant que la prison de la Santé était en travaux. Durant cette période, les prisonniers avaient été déplacés et nous étions loin de nous douter des conséquences de leur retour dans le quartier. Aujourd’hui, la cohabitation est surtout difficile avec les semi-libertés car ils traînent matin et soir avant d’être réenfermés. Ils jettent leurs déchets quasi systématiquement par terre puis cachent de la drogue dans leurs caleçons pour la faire rentrer dans l’établissement pénitentiaire. Et tout cela devant notre porte d’entrée, et les enfants. L’ambiance est pesante dans le quartier. Une fois, l’un d’eux a insulté mes enfants en étant menaçant. “Je vais égorger ton chien”, avait lancé l’un d’eux. Entre les cris et les insultes envoyés par les fenêtres, le bruit est aussi omniprésent. Les soirs de match, je suis immédiatement au courant quand il y a un but. Régulièrement, il y a aussi des feux d’artifice dans la rue. Apparemment, c’est un signal pour dire que la drogue est rentrée. » Wandrille de Guerpel





