En 2015, tandis que l’État islamique profitait du chaos créé par l’Occident en Libye, vingt travailleurs immigrés, des Coptes égyptiens, furent capturés par les islamistes et enfermés dans un sous-sol. Le vingt et unième, Matthieu, était Ghanéen et n’était pas chrétien. Ses ravisseurs voulurent lui dire de s’en aller : « Je suis comme eux », répondit-il avec un courage surhumain. « Leur Dieu est mon Dieu ». Les deux premières semaines, les otages furent bien traités, nourris, et on leur proposa même de l’argent pour renier leur foi. Aucun d’entre eux n’accepta. Alors, on les tortura. Forcés de tirer des sacs de sable mouillés sur la plage, puis battus jusqu’au sang, ils furent de nouveau soumis à la même question : « Pourquoi ne pas te convertir ? Tout cela cessera. » Ils résistèrent. Jésus n’avait-il pas dit : « Vous serez haïs à cause de moi ? »
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Dans leur prison, il y avait toujours de l’eau froide par terre, pour qu’ils ne puissent pas dormir. Et tous les jours, on les torturait. Certains soirs, ils récitaient, d’une seule voix, le Kyrie dans leur cellule. Les soldats de Daesh dirent plus tard qu’ils avaient été témoins d’étranges phénomènes, notamment de tremblements de terre les soirs de prière. Trois fois, ils furent filmés, marchant le long de la plage dans des combinaisons orange, accompagnés par des bourreaux en tunique noire. Là aussi, les assassins musulmans devaient raconter par la suite que les changements de couleur du ciel, ou les hallucinations collectives dont ils pensaient avoir été victimes (des personnages vêtus de blanc qui marchaient aux côtés des coptes), leur donnaient envie d’en finir rapidement avec ces encombrants Nazaréens.
La troisième séance de tournage fut la dernière. Matthieu, le Ghanéen, ne les avait pas quittés. S’était-il converti ? Dieu le sait. Sur le sable, la caméra les filme à genoux sur le rivage, les yeux fermés, priant silencieusement, du bout des lèvres seulement, sans peur. Leurs regards sont déjà ailleurs, déjà au Ciel. Derrière eux, on entend les conneries du speaker de Daesh, qui prétend couper des têtes de chrétiens en signe de miséricorde. Les bourreaux les allongent face contre terre. Dans un geste parfaitement chorégraphié, ils lèvent tous leurs couteaux. Et, un à un, espérant peut-être la conversion tardive de l’un d’entre eux face au sort de ses frères, ils les ont égorgés. Pas un n’a abjuré. Le dernier plan du film de propagande islamiste montre la mer rouge du sang de ces chrétiens, dont plus personne ne se souvient aujourd’hui, sauf Dieu, l’Église copte (qui les a canonisés en 2015) et l’Église catholique (qui a fait la même chose en 2023). Puisse leur exemple nous inspirer quand le Carême semblera un peu pénible à nos existences de bourgeois. Grâce à la sollicitude de nos gouvernants, la perspective du pyjama orange se rapproche de nous tous les matins.





