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Syrie : les alaouites au tombeau

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Publié le

25 avril 2025

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Si les chancelleries européennes ont voulu croire aux paroles de paix et d’unité des nouvelles autorités syriennes, les chrétiens et les alaouites, eux, craignaient ce qui les attendait. Pour ces derniers, les massacres des 6 et 7 mars semblent leur donner raison.
© DR

Ils ne sont que 10 % de la population. Pendant les années Assad, certains d’entre eux ont servi de cadres au parti Baas, à l’Armée arabe syrienne et au gouvernement. Mais pas tous… Loin de là. Pourtant, depuis la révolution, les alaouites, cette branche minoritaire du chiisme, à laquelle la famille el-Assad appartient, craignent les représailles. Non sans raison. Il n’aura pas fallu attendre longtemps après la fuite de l’ancien président pour que les exactions contre les alaouites commencent. Depuis, elles n’ont jamais cessé.

Autour de la ville, on ne compte plus les brimades vexatoires, attaques, vols, enlèvements, viols, assassinats

Les paisibles quartiers alaouites des villes de la côte voient alors venir des prêcheurs invitant à la conversion au « vrai islam » ; dans certaines manifestations, à Homs ou à Damas, la foule reprend le slogan des années 2010 : « Les alaouites au tombeau, les chrétiens à Beyrouth. » À Homs, troisième ville du pays, partagée entre sunnites et alaouites, ces derniers n’osent plus sortir de chez eux. Trop dangereux ! Autour de la ville, on ne compte plus les brimades vexatoires, attaques, vols, enlèvements, viols, assassinats…

Ces exactions ont transformé la peur en colère. Après des semaines, certains groupes se sont organisés pour se défendre, poussés aussi par des fidèles du précédent gouvernement. Mi-février, des patrouilles des nouvelles autorités sont prises à partie dans la région de Lattaquié, à l’ouest de la Syrie, la principale région alaouite. La réponse ne se fait pas attendre : les troupes sont mobilisées. Un appel est même lancé dans les mosquées.

Lire aussi : Syrie : 100 jours, et après

Les 6 et 7 mars, des centaines de jihadistes montent à l’assaut des villes désarmées peuplées d’alaouites pacifiques. Bilan : plus de 1 300 morts, femmes, enfants, familles entières, et même des policiers qui cherchaient à les protéger, tués sans distinction. Une grande majorité d’alaouites, mais aussi quelques chrétiens. « Ils ne se contentent pas de tuer », témoigne auprès de nous une Syrienne. « Ils abattent les gens dans leurs maisons, quand ils sont dans leur lit. » Les terribles images font le tour du monde : des hélicoptères larguant des bombes sur des villages, des pick-up armés entrant en trombe dans les rues et mitraillant les façades sans distinction, des corps jonchant les rues, par centaines… Des milliers de familles se réfugient au sein de la base militaire russe de Hmeimim. D’autres traversent le fleuve Al Nahr Al Kabir pour fuir au Liban.

« Nous n’avons plus rien »

Le nouveau chef de la Syrie a bien du mal à convaincre de son innocence. Dès le 9 mars, il nomme une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur les faits. Il appelle à « l’unité nationale » et à « la paix civile »… Espérons qu’il ne soit pas trop tard ! « Si ma famille en a la possibilité, elle quittera le pays. Ils n’ont plus d’avenir dans ce pays. Nous n’avons plus rien », continue notre interlocutrice.

« La nation syrienne vit ensemble avec toutes ses composantes depuis des milliers d’années et personne ne peut effacer l’autre de Syrie. Aussi, je pense que nous allons chercher, à travers des conférences et des discussions, à construire un contrat social compréhensif, qui gardera uni le peuple syrien », déclarait al-Shaara, le nouveau maître de la Syrie, à la BBC le 18 décembre dernier. La déclaration a bien mal vieilli : la conférence nationale, censée rassembler les Syriens, a duré une courte journée. Les massacres, eux, continueraient…

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