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The Raveonettes : du surf sous la pluie

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Publié le

20 mai 2025

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Après cinq années entre parenthèses et plus de deux décennies d’existence, le duo des Raveonettes revient avec un nouvel album sans âge. À un mois de leur premier concert à Paris depuis 2014 et à l’heure où l’Amérique cherche à prendre la main sur leur Groenland, rencontre avec le plus hollywoodien des groupes danois.
© Ashlie & Amber Chavez

Je vous ai découvert en 2007, au moment de la sortie de votre album Lust Lust Lust. À l’époque, vous étiez au milieu de cette scène musicale qui était partie de New York et Londres pour charmer le monde entier. Aujourd’hui, quel regard portez-vous sur cette période ?

C’était une période excitante. Nous sortions d’années tourbillonnantes après la parution de nos trois premiers albums signés par le grand label américain Columbia Records. Nous avions joué dans le monde entier, ouvrant pour des groupes incroyables comme Interpol, The Strokes et Depeche Mode, pour n’en citer que quelques-uns. Nous nous sommes immergés dans ce nouveau mouvement musical, culturel et artistique. C’était sauvage et stimulant, et, à bien des égards, nos rêves se réalisaient. Mais Lust Lust Lust a aussi été un album difficile à terminer. On peut être assez prolifiques et composer des titres de manière spontanée et rapide, mais cette fois, il nous a fallu du temps pour trouver l’essence de ce nouveau disque. Une fois que la chanson « LUST » est apparue, nous avions trouvé la pièce maîtresse autour de laquelle construire le reste des chansons. Aujourd’hui encore, nous aimons vraiment cet album. Il a une atmosphère particulière ; il est simple et viscéral, avec un retour au son que nous avions laissé de côté depuis la sortie de Pretty In Black, qui est notre album le plus propre.

Hormis votre superbe album de reprises sorti l’année dernière, vous n’aviez pas sorti d’album de compositions depuis 2016, pourquoi ?

À ce moment, nous avions prévu de nous séparer avec The Raveonettes. Une tournée d’adieu avait même été prévue. Mais nous avons finalement décidé que nous n’étions pas prêts à en finir, et nous avons simplement convenu de faire une pause sans limite de temps. D’attendre de voir si nous nous sentions capables de travailler de nouveau ensemble. Ce qui est drôle, c’est que nous venions d’annuler la tournée d’adieu lorsqu’on nous a proposé de faire la première partie de Depeche Mode en 2017 : heureusement, parce que nous l’aurions regretté. Nous avons donc tourné avec Depeche Mode en Europe pendant l’été et le printemps 2017, puis nous n’avons plus travaillé ensemble pendant cinq années, jusqu’à ce qu’on nous propose de jouer au festival Just Like Heaven à Los Angeles en 2022, ce qui nous a donné envie de nous retrouver pour composer ensemble.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire de nouveau pour les Raveonettes ? Le processus a-t-il été différent qu’auparavant ?

Comme je l’ai dit, nous avons pris cinq années de congés en nous éloignant du groupe. Nous voulions changer d’air pendant un temps. En reprenant le groupe, nous étions curieux de revenir à nos débuts, à la genèse du projet. Réfléchir à ce qu’était notre ADN quand nous avions démarré cette aventure. L’idée a été de reprendre notre premier album en demandant à des artistes qui nous ont inspirés à l’époque (Dave Gahan de Dépeche Mode, Anton Newcombe du Brian Jonestown Massacre, les Black Angels), mais aussi des artistes de la nouvelle génération (Helena de Brimheim) de les interpréter avec nous. Ensuite, nous avons sorti l’album The Raveonettes Sing… où nous jouons certaines des chansons qui ont formé notre inspiration première. C’était un retour sur notre histoire, sur notre passé, dont nous sommes fiers. Mais nous ne pouvons pas vivre seulement dans le passé : c’est pourquoi, après cette période rétrospective, nous nous sommes tournés vers l’avenir, vers la manière dont sonnerait le groupe en 2025.

« Depuis toujours, nous gravitons entre ces extrêmes. Des mélodies acidulées, de douces harmonies, qui contrastent fortement avec un son explosif et dissonant. »

The Raveonettes

En 2014 est sorti Pe’ahi. Pe’ahi 2 est-il une suite ? Quels sont les liens entre ces deux disques sortis à plus de dix ans d’intervalle ?

Une grande partie de ces chansons ont été écrites à la même période. Elles ont été réunies dans ces deux albums. Il y a bien sûr un lien et un fil conducteur qui les relie, mais nous ne tenons pas à l’imposer et laissons la liberté à notre public à ce sujet.

Votre son est reconnaissable entre mille. Pour ce dernier disque, vous avez décidé de produire et enregistrer à nouveau vous-mêmes. Pour quelles raisons ?

C’est ainsi que nos premiers disques sont nés et c’est encore ce qui nous semble le plus naturel. Malgré ça, nous ne sommes pas bloqués sur le sujet. Si nous avons travaillé avec un producteur, il se peut que nous voulions enregistrer de nouveau des chansons avec lui. Ou revenir à l’autoproduction : c’est variable, instinctif, comme souvent avec nous. Actuellement, nous discutons avec un producteur qui devrait nous accompagner sur notre prochain album.

Dans ce disque, comme souvent avec les Raveonettes, nous passons de moments clairs et lumineux à des brouillards sombres et violents. Ressentez-vous cette dualité dans votre musique et en vous-même ?

C’est tout à fait ça ! Depuis toujours, nous gravitons entre ces extrêmes. Des mélodies acidulées, de douces harmonies, qui contrastent fortement avec un son explosif et dissonant. Nous utilisons ces deux pôles pour à la fois attirer à nous et approcher des thèmes plus obscurs. Notre musique est la réunion de ces oppositions.

Lire aussi : Georges-Olivier Châteaureynaud : « Le fond de l’air sent l’Apocalypse »

Entre Whip It On (qui est un disque que j’écoute régulièrement, toujours avec le même plaisir) et aujourd’hui, qu’est-ce qui a changé pour vous ?

C’est une bonne question. Certains éléments caractéristiques de notre musique sont toujours présents, bien sûr. C’est cela qui constitue ce que sont The Raveonettes. Parfois Whip It On semble notre album préféré, parfois c’est Lust Lust Lust, d’autres Pé’ahi. Nous ne sonnons pas comme un groupe de rock traditionnel. Nous ne le souhaitions pas, d’ailleurs. La batterie et les percussions sont traitées plutôt de façon électronique, au fond. Nous n’utilisons pas des amplis traditionnels pour les guitares. C’est ce qui donne notre son plus froid qu’organique. Concernant notre public, nous avons vu dernièrement que tous les âges se retrouvaient dans nos concerts. C’est une bonne surprise, surtout lorsque l’on voit un adolescent de seize ans connaître un titre de nous qui a été composé avant sa naissance.

D’Alvvays à Best Coast et Dum Dum Girls, nous avons le sentiment que votre marque a laissé des traces dans la musique d’autres groupes contemporains. Comment voyez-vous les nouveaux artistes aujourd’hui ?

Oui, nous avons lu dans le magazine anglais NME que nous avions sans doute contribué à déclencher la renaissance d’une certaine pop américaine qui s’est produidte dans les années 2010. Bien sûr, c’est une autre de nos fiertés : on participe à notre façon à l’écosystème musical ! Et l’on reste intéressé par ce qui sort actuellement : Sune est obsédé par Ethel Cain et il adore l’album Rocky Top Ballads de l’artiste danoise Fine. Sharin, elle, qui est professeur au conservatoire depuis six ans a trouvé de l’inspiration dans son lien et le dialogue avec une nouvelle génération d’artistes et d’interprètes. Lors d’une série de six concerts à Copenhague, nous avons invité certains des artistes danois que nous préférons : Lola Hammerich de Baby In Bain, llias Rønnenfeldt de Iceage, Molina et Fine Glindvad. Retenez leur nom et allez les écouter !

« Nous ne sonnons pas comme un groupe de rock traditionnel. Nous ne le souhaitions pas, d’ailleurs »

The Raveonettes

Votre fascination pour les icônes du passé, votre restitution singulière d’un son iconique, votre fantasme pour les décennies oubliées, tout cela pourrait vous rendre le monde moderne douloureux, qu’en est-il ?

Nous avons conscience du piège inhérent lorsque nous rendons le passé romantique. Nous sommes nostalgiques, c’est vrai, et cela transparaît toujours dans notre musique. Ce serait mentir que de ne pas dire que nous adorons le savoir-faire de gens comme Buddy Holly ou les Everly Brothers qui écrivaient des pop songs parfaites avec quatre accords. C’est magnifique. Encore aujourd’hui et sans doute pour toujours, nous communions dans une sorte de fantasme scandinave sur la culture populaire américaine de l’après-guerre. Cela nous donne cette image étonnante de notre musique : comme du surf sous la pluie.

J’imagine que votre musique est créée avec une grande précision en studio. Craignez-vous de perdre quelque chose de cela lors des concerts ?

C’est vrai qu’il est parfois difficile d’exprimer fidèlement nos chansons au sein d’un concert. Notre musique en studio est assez complexe, mais nous avons désormais assez expérimenté pour savoir comment préserver autant la vivacité que la précision lors d’un show. Nous avons joué en duo, en trio et en quintet. Pour cette tournée, en plus de nous deux évidemment, nous emmenons Jakob « Lilfar » Høyer à la batterie. Lilfar a joué avec nous à nos débuts, et c’est un incroyable batteur de jazz de classe mondiale.

Vous serez sur la scène du Petit Bain à Paris le 27 mai prochain. La dernière fois que vous étiez dans notre capitale pour un concert, c’était en 2014 au Cabaret Sauvage. Quelle est votre relation avec la France ?

Nous sommes très heureux de revenir à Paris et en France. Nous avons eu de belles expériences en jouant des concerts chez vous, et cela faisait trop longtemps. Nous sommes également très heureux que notre seul jour de repos pour cette petite série de concerts se situe à Paris. La nourriture, le vin, la culture et l’histoire sont des passions pour nous, au même titre que la musique. Nous sommes des épicuriens sensuels, des amoureux de l’esthétique : nous sommes toujours comblés ainsi lorsque nous venons à Paris : nous vous adorons. Propos recueillis par ED

PE’AHI 2, The Raveonettes, Beat dies, 18 €

Aimer les Raveonettes, c’est accepter de voir revenir les spectres, parfois sous une forme effrayante, mythiques de la pop music. Les girl bands des sixties sont passés dans la fuzz destroy de Jesus & Mary Chain, la folie de Phil Spector côtoie les rythmes électroniques futuristes… Le duo composé de Sharin Foo et Sune Rose Wagner sont des occultistes ramenant à leur autel sonore les anges de leur panthéon. Si l’on retrouve sans mal les éléments qui ont fait leur saveur depuis vingt ans, cet album possède un côté luciférien qui dépasse de loin ses prédécesseurs. Comptines vicieuses chantées avec une fausse naïveté, Pé’ahi 2 paraît dix ans après le premier volume et le dépasse par son ambition. La formule pop du couplet-refrain est souvent évacuée laissant place à des évolutions surprenantes où le titre se termine bien loin d’où il avait commencé. C’est peut-être aussi le cas des deux compositeurs partis de leur Danemark pour rejoindre leurs rêves ensoleillés et macabres à la fois. ED

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