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François Bousquet : racisme anti-blanc

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Publié le

6 juin 2025

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Dans un livre qui recueille des dizaines de témoignages, le journaliste François Bousquet dénonce le déni autour du racisme anti-blanc en France. Il revient sur ce tabou idéologique, l’aveuglement des élites et la nécessité d’un débat national.
© Benjamin de Diesbech

Pourquoi avoir écrit ce livre ? D’où vient cette volonté de documenter un sujet aussi sensible ?

À l’origine, il y a une enquête parue dans Éléments. Mais comme souvent dans ce type de médias, l’espace est compté, et j’ai dû réduire, mutiler les témoignages au point qu’ils perdaient de leur force. Frustré par cette contrainte, j’ai décidé de tirer le fil. Les premiers témoins sont venus par des réseaux de professeurs, puis Pierre Sautarel et Damien Rieu ont relayé l’appel, ce qui a provoqué une avalanche de témoignages. Très vite, j’ai compris qu’il n’existait aucun ouvrage qui donne la parole aux victimes du racisme anti-blanc de manière structurée, incarnée, exhaustive.

Il y a bien deux essais importants sur le sujet : le livre de Gérald Pichon (Sale Blanc ! Chronique d´une haine qui n´existe pas), et celui de Gilles-William Goldnadel (Réflexions sur la question blanche), pastiche du célèbre texte de Sartre. Mais aucun n’est un recueil de récits de vie. À ce jour, le seul document du genre était une brochure sociologique contenant trois ou quatre témoignages, trop peu pour contester la doxa selon laquelle le racisme anti-blanc serait un fantasme. Il fallait briser ce mur du silence. Mon livre est un acte de réparation symbolique. Il donne la parole aux invisibles. Ceux que l’on somme de se taire au nom d’un prétendu privilège blanc.

Votre livre s’ouvre sur l’idée d’un « verrou mental » qui empêcherait de nommer le racisme anti-blanc. Ce verrou est-il seulement idéologique ?

Il est d’abord idéologique, sans aucun doute. C’est une foi séculière, une sorte de religion sans Dieu mais avec son dogme, ses prêtres et ses excommunications. Elle traverse tous les secteurs de la société : les médias, l’école, l’université, la magistrature, la culture. Et comme toute idéologie, elle repose sur des fictions. Celle du « vivre-ensemble », notamment, qui exige de nier la conflictualité réelle.

Lire aussi : Éditorial d’Arthur de Watrigant : La France mérite une bonne droite

Mais ce verrou est aussi social, financier, presque existentiel. Les élites blanches défendent ce système parce qu’elles en vivent. C’est ce que j’appelle le « grand blanc » : celui qui tire profit du multiculturalisme tout en l’imposant aux autres. Grâce à ses croyances, il obtient des postes, des tribunes, des avantages. Il se rêve du bon côté de l’histoire, quitte à nier sa propre expérience. C’est un réflexe de classe, bien plus qu’un simple aveuglement moral.

Votre livre se fonde sur des témoignages, non sur des chiffres. Est-ce un choix ou une contrainte ?

C’est d’abord une contrainte. Il n’existe que très peu de données fiables. L’INED a réalisé une enquête sérieuse sur 20 000 personnes. Elle révèle qu’un Français sur sept déclare avoir été victime de racisme anti-blanc, et un sur quatre dans les classes populaires. C’est massif. Et pourtant, cette étude est ignorée. Pire : lorsqu’en début d’année, l’INSEE a tenté d’introduire une simple question sur l’origine des parents, la LDH et le MRAP ont hurlé à la racialisation des statistiques. Résultat : l’État se prive volontairement des outils permettant d’objectiver le phénomène.

Face à cette chape de plomb, les témoignages restent le seul levier. Et ils ont une force unique. Ils disent l’humiliation, la peur, l’isolement. Chloé, Sébastien, Paul – ce sont des noms ordinaires pour des vies brisées dans l’indifférence générale. Mon ambition, en les publiant, est de faire émerger une parole enfouie. Car nous voyons ce que nous voyons. Et ce que nous voyons, c’est une hostilité croissante envers une partie de la population qui n’a plus le droit d’exister en tant que telle.

Le terme de « francocide », popularisé par Éric Zemmour, vous paraît-il pertinent ?

Oui, dans une certaine mesure. L’expression est forte. Elle choque. Mais elle dit quelque chose d’essentiel : ce qui est visé, dans beaucoup de ces agressions, ce n’est pas seulement une personne, c’est une identité. Le Français blanc, souvent perçu comme dominant, devient bouc émissaire. Cela dépasse la simple insulte : c’est une logique de désignation, de stigmatisation, parfois d’exclusion physique. Le terme « francocide » ou « blancocide » peut heurter les oreilles fragiles, mais il traduit une réalité que vivent de nombreux Français.

Encore faut-il que le mot s’impose dans l’espace public. Pour l’instant, il circule dans nos cercles. Il ne suffit pas qu’il soit vrai?: il faut qu’il soit entendu. Et c’est là tout le problème.

Justement : est-il entendu dans les médias ? Ou reste-t-il un mot tabou ?

Il reste tabou. Je n’ai été invité que dans les médias alternatifs ou classés à droite : CNews, Valeurs actuelles, L’Incorrect, Front populaire. Ailleurs, c’est silence radio. Le sujet est jugé sulfureux, voire indigne. Pourtant, on pourrait espérer au moins un débat contradictoire. Rien. Le mur est toujours là. Et il est plus haut qu’on ne le croit.

Ce cloisonnement est inquiétant. Il traduit une polarisation croissante. Deux univers médiatiques se font face sans plus jamais dialoguer. Le centre s’effondre. L’espace commun disparaît. Or sans débat, il n’y a pas de démocratie. J’aimerais affronter un contradicteur, un sociologue, un journaliste en désaccord. Mais aucun ne répond. C’est tout le paradoxe : on me reproche de prêcher des convaincus, alors qu’on m’interdit d’aller prêcher ailleurs.

Depuis la sortie du livre, avez-vous reçu de nouveaux témoignages ? Peut-on imaginer une suite ?

Oui, beaucoup. Une adresse mail est disponible dans le livre. Et les messages ne cessent d’arriver. Des lecteurs m’écrivent : « Je croyais que j’étais le seul », « Je n’osais pas en parler ». Cela confirme une chose : les victimes ont intériorisé le déni. Elles pensent que leur parole ne vaut rien, qu’elle sera moquée, méprisée. Ce n’est même plus une sous-déclaration?: c’est une non-déclaration.

Les juges refusent même d’envisager la question

François Bousquet

J’ai de quoi écrire un deuxième tome. Mais il faut trouver la bonne forme. Peut-être un documentaire. Peut-être un site, une plateforme, une campagne. En tout cas, il y aura une suite. Parce qu’on ne peut pas abandonner ces Français à leur solitude.

Pensez-vous que le politique va s’en saisir ? Que des partis peuvent reprendre le flambeau ?

Marion Maréchal s’en est emparée. Reconquête avait déjà évoqué le sujet. Le Rassemblement national, de manière plus timide. Il faut que cette question sorte du champ militant pour entrer dans l’agenda politique. Pas comme une obsession identitaire, mais comme une exigence de justice. Tant que l’on niera ce racisme, on creusera le ressentiment.

Le racisme anti-blanc peut-il être reconnu juridiquement ?

En théorie, il l’est. Le Code pénal ne distingue pas selon la couleur. En pratique, c’est une autre affaire. Les condamnations sont rares. Et souvent, les juges refusent même d’envisager la question. Dans l’affaire de Crépol, par exemple, les gendarmes ont relevé neuf témoignages d’insultes antiblanches. Aucun n’a été retenu dans le dossier d’instruction. Le magistrat a refusé de divulguer les prénoms des agresseurs, jugés « non pertinents ». Voilà le niveau du déni.

Il y a vingt ans, en 2005, Paris Match ou Le Monde parlaient encore du racisme anti-blanc lors des violences urbaines. Depuis, le concept de racisme systémique a tout emporté. L’idée même qu’un blanc puisse être victime est devenue inacceptable. Nous avons régressé. Alors que l’on cesse de fuir la réalité sous prétexte qu’elle dérange. Et que la parole des humiliés redevienne audible dans le pays des droits de l’homme. 

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