Dans une mégalopole conçue comme une juxtaposition aveugle de solitudes et de misères affectives, un couple tente de survivre après la disparition de sa fille et reçoit au même moment des vidéos émanant d’un étrange guetteur qui semble déterminé à les mettre face à leurs vices et à leurs contradictions.
Lire aussi : « Voyage au bord de la guerre » : Odessa mon amour
Si le procédé a déjà été vu dans Lost Highway ou dans Caché – forcer une famille à se convertir en enquêteurs de son propre quotidien – il prend ici tout son sens dans une société taïwanaise obsédée par ses reflets numériques mais incapable de rétablir le dialogue entre des îlots communautaires qui semblent définitivement isolés dans leur bulle informationnelle. Plastiquement, on est plus proche de Michael Haneke que de David Lynch, Siew Hua Yeo se montrant particulièrement doué pour perdre ses acteurs dans des plans-gigognes où se déploie l’immensité architecturale de Taipei, dévoreuse d’âmes et de destins.
STRANGER EYES (2 h 04), de Siew Hua Yeo, avec Chien-Ho Wu, Lee Kang-sheng, Vera Chen, en salles le 25 juin.





