TOUCHÉ PAR LA GRÂCE
HERS, Matt Maltese, Tonight Matthew, 14 €
Comme la grâce est rare. D’autant qu’elle s’échappe sans cesse. Pour lui, Matt Maltese, elle perdure. Il faut dire qu’il ne s’est pas aventuré en des territoires inconnus : il continue son œuvre, comme en son cloître. Ses courts albums ont de vastes perspectives. On sent le musicien minutieux, tendance autiste (il faut l’être toujours un peu). On pourrait penser à un Randy Newman ayant la délicatesse d’un Chet Baker. Sur la pochette, des jambes de filles. Dans ses chansons, elles ne sont jamais bien loin, les filles. À la fois dans sa tête – et souvent trop loin, parties. Ces chimères sont des mélodies qui trainent sous la pluie. Je n’ai pas envie d’en parler autrement. Qui s’intéresse aux titres des chansons ? Je laisse courir les phrases, un casque sur mes oreilles. Il faudrait divorcer chaque semaine pour écrire de si belles choses. Si j’étais Walt Disney, je penserais aussi à lui pour composer la musique de mes contes animés. Mais je ne suis pas Walt Disney. Pas même un lutin à côté de ce grand compositeur qu’est Matt Maltese. Emmanuel Domont

SOPORIFIQUE
EVEN IN ARCADIA, Sleep Token, RCA, 18 €
Pour son quatrième album en presque une décennie d’existence, Sleep Token ne change pas une équipe qui gagne. Le « projet », formé autour de « Vessel », conserve ses racines fortement progressives et modernes, ajoutant des touches de R & B et de pop. Et ça passe… ou ça casse ! Si certains passages peuvent faire penser (de loin) à certains des moments les plus inspirés de Kid Cudi, le tout ressemble tout de même à une repompe adaptée aux codes modernes de Linkin Park, le tout passé dans une moulinette prog-metal soporifique qui donne raison au nom du groupe. Les moments pop (dans « Emergence », notamment), évoquent plus les affreux Thirty Seconds To Mars que le génie de Robbie Williams. Tout est balisé, rien ne sort des sentiers battus : il ne suffit pas de mélanger les genres pour être audacieux, et Sleep Token offre un album d’où est absente toute émotion dans une production absolument étouffante. Bref, un disque ronflant, surchargé, mort-né, qui ne donne que trop l’impression de tout faire pour être de son temps, et qui est aussitôt oublié, tel un mauvais rêve… Alain Blanville

SOUPE DE L’ÉTÉ
FUNNY LITTLE FEARS, Damiano David, Sony Music, 15,99 €
Les popstars et leurs vies, avec toute la vulgarité que cela comporte bien souvent, m’intéressent. Damiano David, que l’on avait connu dans Maneskin, est désormais des leurs. Cela faisait longtemps qu’un chanteur italien n’avait pas été connu à l’international. J’espérais un album pour l’été, comme celui d’Harry Styles dans ce mémorable été 2022. C’est raté. De la soupe, avec de gros morceaux qui grattent la gorge : voilà pour votre été bien pourri offert par Damiano. Je vous en parle, parce qu’attendez-vous à en bouffer de juin à août, partout où vous irez sous un parasol. Alors, fuyez, au loin dans les mers silencieuses et inquiétantes. Tous les clichés pop éculés sont ici passés à la moulinette (non aiguisée, la moulinette). Le tout tâche, dégouline, vous gratte l’oreille. Aucun caractère dans cette production qui ne sent rien, sinon la soupline chimique. Damiano chante qu’il est « Sick of Myself » : maintenant, c’est nous qui sommes écœurés par lui. ED






