Après les massacres de masse visant les alaouites début mars, après les exactions contre les druzes, début mai, assistera-t-on à des attaques systématiques contre les chrétiens de Syrie ? Il est sans doute encore trop tôt pour le dire… Mais, une chose est sûre, pour les fidèles de l’église Saint-Élie, dans ce quartier populaire de Doueila, à Damas, les paroles rassurantes des nouvelles autorités, vantant la construction d’une Syrie inclusive et ouverte, semblent bien lointaines.
Ce dimanche 22 juin, ils sont environ 150, réunis dans cette église. C’est la messe dominicale du soir. Un homme entre et tire sur la foule. Alors que trois paroissiens cherchent à le maîtriser, il actionne sa ceinture d’explosifs. Bilan : vingt-cinq morts et soixante-trois blessés, selon les autorités syriennes.
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Dans un communiqué, publié le soir même, par l’agence officielle Sana, le gouvernement dénonce « une tentative désespérée de frapper la coexistence nationale ». Ce n’est pas « seulement une attaque contre une communauté en particulier, mais une attaque contre l’ensemble de la nation syrienne ». Et de désigner l’organisation État islamique comme « pleinement responsable » de cet attentat. Le soir même de l’attentat, Hind Qabbat, ministre des Affaires sociales et du Travail, la seule ministre chrétienne du gouvernement, se rend sur les lieux de l’attentat. Deux jours plus tard, enfin, la même agence de presse publie des photos du ministre de l’Intérieur, Anas Khattab, accompagné du chef du service de renseignement général, Hussein al-Salameh, travaillant sur « l’enquête sur l’attentat terroriste qui avait visé hier l’église Saint-Élie à Damas ». Le 24 juin, en fin d’après-midi, le ministère de l’Intérieur annonçait avoir démantelé des cellules terroristes de l’État islamique et arrêté certains organisateurs de l’attentat.
« Pas un cas isolé »
Cela suffira-t-il à rassurer les chrétiens de Syrie ? Certainement pas… Le prêtre de la paroisse Saint-Élie, le père Yohanna Schéhadé ne s’en est d’ailleurs pas caché au reporter du Figaro. « Se faire attaquer durant la messe nous donne l’impression d’être totalement abandonnés. De nombreux incidents ont été relevés contre des églises en Syrie depuis la chute du régime et les autorités n’ont rien fait pour arrêter cela. Je ne dis pas qu’elles encouragent de telles attaques, mais elles ne font rien pour les empêcher. Cela ne me surprend pas. »
À l’occasion des funérailles des victimes, le patriarche Jean X n’a pas mâché ses mots. « Ce qui s’est passé n’est pas un cas isolé », a-t-il dénoncé, en faisant référence aux massacres des alaouites et des druzes. « C’est un massacre inacceptable, visant une composante fondamentale de cette Syrie bien-aimée ; c’est une attaque contre tous les Syriens honnêtes. » Et d’interpeller courageusement et directement le président syrien : « Avec tout l’amour, le respect et l’estime que nous vous portons, Excellence, vous nous avez exprimé vos condoléances hier par téléphone… mais cela ne suffit pas ! Nous vous remercions pour votre appel, toutefois ce crime mérite davantage d’attention ! »





