On ne va pas à l’opéra pour lire un roman ni pour suivre un cours de sociologie. Et pourtant Louise, le « roman musical » de Gustave Charpentier – que Morand qualifiait de « Zola en musique » –, après une création houleuse (1900) devait rester à l’affiche jusque dans les années 1950. L’histoire de cette jeune provinciale en quête d’amour et de liberté avait de quoi séduire le public, en plus de son air célébrissime Depuis le jour. Mais une telle partition, plus habile que géniale, plombée par un livret lourdement idéologique, ne pouvait survivre à son auteur. Le Festival d’Aix a donc risqué un pari impossible, en la voulant ressusciter. Or, le fiasco attendu s’est mué en succès. Mérite de l’équipe artistique, qui a su gommer ses principaux défauts.
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La mise en scène de Christof Loy évite le tableau social pour se recentrer sur le drame intime : Louise n’est plus l’allégorie d’une oppression – de famille et de classe – mais une jeune femme de chair et de sang, dans la veine du vérisme italien alors en vogue. Dans la fosse, Giacomo Sagripanti allège la matière, qui retrouve une fluidité et une cohérence surprenantes, portée par les textures tantôt veloutées tantôt crépusculaires de la formation lyonnaise. Et surtout, si on oublie les clichés du livret et le maniérisme d’une musique avare de fulgurances, c’est grâce à Elsa Dreisig. Actrice autant que chanteuse, elle habite chaque nuance d’une âme déchirée de contradictions, dévorée par le rêve d’évasion, happée par le vertige de la folie. Une Louise enfin comblée de ce que le procédé naturaliste lui avait retiré : l’émotion à l’état pur.
LOUISE, Roman musical en 4 actes de Gustave C– nouvelle production du Festival d’Aix-en-Provence – mise en scène de Christof Loy, direction musicale de Giacomo Sagripanti – en streaming sur arte.tv ou à l’Opéra de Lyon à partir du 29 janvier 2026, opera-lyon.comharpentier





