Mes enfants, tout s’accélère. Voilà que les années 2010 déjà nous manquent et que certains nous en offrent aussi vite un revival. Ce n’est pas pour me déplaire. « Hier pour toujours » est mon slogan. Pas certain que je fasse carrière avec ça en bandoulière. Pour Balu Brigada, en revanche, ça a fonctionné. Et mieux que bien. Le duo, après avoir signé en 2022 avec le label Warner, dès leur premier single, s’est envolé de Nouvelle-Zélande pour rejoindre New York et démarrer une nouvelle vie. Les rêves qu’ils avaient en tête, et qui consistaient sans doute à faire chanter et danser les foules, furent atteints en un rien de temps. Un pareil destin manquerait presque de misères. En attendant que les malheurs arrivent (eux font toujours carrière), ils ont sorti un album délicieux qu’on aurait aimé pouvoir entendre sur les plages durant notre été maintenant déjà mort.
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Rock survivaliste
Tout le monde n’a sans doute pas vécu les mêmes années 2010. Musicalement, les miennes m’ont vu m’éloigner, voir divorcer d’une musique rock qui m’ennuyait tout au plus quand elle ne m’insupportait pas. L’effervescence de la décennie précédente était retombée et tout effort de prolonger cette vague me semblait vain et grotesque. J’avais découvert Berlin et ses clubs. Le ver était dans la pomme. Pourtant, quelques artistes traditionnellement classés rock (bon sang, comme ce mot m’est pénible à écrire autant qu’à dire) m’excitaient encore en sortant de bons albums. Lesquels ? Et bien précisément ceux à qui l’on pense en écoutant le disque de Balu Brigada : Angles des Strokes, les premiers Foster The People ainsi que ceux de MGMT et de Phœnix. Tout ça formant cette avant-garde pop élégante et synthétique dont Balu Brigada est le valeureux descendant.
Ma nièce, ma carrière et les débuts triomphaux de BB
Sur Portal (l’album en question), c’est presque autant de singles possibles qu’il y a de titres. Miracle des premiers opus ; émerveillement de la naissance d’un artiste. Avec Royel Otis, qui eux aussi ont sorti un disque de pop parfaite au même moment, Balu Brigada est le groupe intouchable du moment. La chanson « So Cold » est numéro 1 aux charts « alternative » aux États-Unis. Ma nièce elle-même, l’autre fois, me la chantait : c’est dire. Elle fera carrière, celle-là. En attendant, les Néo-Zélandais nouvellement new-yorkais se baladent avec une aise déconcertante. Cette grâce n’est pas infinie, nous le savons. Jusqu’à quand ce pouvoir d’alchimiste, transformant chaque chanson en tube, durera ? Impossible de le savoir. Si les chutes sont parfois aussi belles que les ascensions, il faudra pour le moment se contenter d’apprécier les mille qualités d’un album aux charmes à la fois directs, mais plus nébuleux aussi sur d’autres chansons. « Isolation », par exemple, rappelle que Julian Casablancas aura été d’une influence magistrale sur la pop moderne, de Billie Eilish à Balu Brigada, désormais. Regarder dans le rétroviseur pour mieux avancer, c’est peut-être ça la méthode. Je vais y réfléchir. Au fond, peut-être que ma carrière n’est pas complètement foutue.





