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Julien Rochedy : Chauffé à blanc

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Publié le

22 décembre 2025

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© Benjamin de Diesbach

Julien avance dans la vie comme sur un chemin de crête, à pas sûrs, refusant qu’on lui dicte la voie, mais acceptant en retour la rudesse des éléments. Chez lui, l’indépendance n’est pas un slogan : c’est une manière d’être, forgée très tôt, dans une Ardèche où l’on apprend vite à « ne pas se laisser marcher sur les pieds ». C’est là, dans ces paysages un peu rudes et très masculins, qu’il découvre la bagarre comme d’autres découvrent un sport d’équipe : un langage direct, parfois brutal, mais jamais malveillant. La violence n’est pas une pose, mais un élément du décor, presque un rite. Des hommes bagarreurs, des bals de campagne où les coups pleuvent parfois puis s’oublient autour d’un verre, et cette étonnante surprise de comprendre plus tard que certains hommes, ailleurs, ne se battent jamais.

L’adolescence est turbulente : un collège catholique d’où on l’exclut pour avoir trop fait l’imbécile et occupé trop de place, un sentiment d’être « le petit canard » dans un milieu bourgeois. Mais derrière la fougue, une vocation silencieuse se forme : la philosophie. À quatorze ans, il ouvre Nietzsche, ne comprend pas tout, mais y trouve une porte d’entrée vers la pensée. L’intellectuel naît puis accouche du militant, dans cet ordre. Par la suite les deux élans se mêlent, s’alimentent et dessinent le personnage qu’il deviendra.

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Les études universitaires sont traversées en dilettante. Non par dédain intellectuel, mais parce qu’il ne croit pas un instant que sa vie passera par les chemins balisés du diplôme et du stage. Les relations internationales, choisies presque par hasard, lui offrent plus un statut qu’une vocation. L’université lui apporte le départ du cocon parental, un premier livre et le militantisme. Une trajectoire météoritique plus tard, il quitte le RN, écœuré par les petits marquis et soucieux de ne pas devenir dépendant des mandats : « Combien quitterait la politique s’ils le pouvaient ? » Il poursuit son chemin avec l’indépendance, l’intuition et la volonté de creuser son sillon seul.

Sa trajectoire intellectuelle, il l’a forgée sans mentor, faute de la bonne rencontre. Il s’est construit avec les armes qu’il avait. Il écrit sept livres et entreprend : une maison d’édition, des vidéos de développement et autres services lui apportent, à trente ans, l’autonomie financière. Car solitaire, il l’est aussi au quotidien. Comme tous les penseurs, la vie permanente en société l’épuise, et les conférences l’obligent à puiser dans ses réserves. Les gens viennent à ses événements, l’apprécient et le lui disent – ce qu’il aime, mais il en sort néanmoins lessivé. Un penseur introverti, plus nourri par les heures silencieuses que l’agitation sociale. « Je me soigne », dit-il en souriant, mais il sait que sa force, comme sa fragilité, réside dans ce retrait. Sa vie a connu des ombres. L’insomnie surtout, avec presque un an à dormir une heure par nuit. Une période où la perception se brouille, où l’on prend de mauvaises décisions, où les choses perdent leur couleur. Il en est sorti par volonté, par amour aussi : la naissance de son fils approchait, et il refusait de devenir père dans cet état.

Aujourd’hui le sommeil est revenu. Il avance plus sereinement. Une épouse rencontrée en Dordogne ; un premier enfant ; une famille petite mais soudée ; un ancrage ardéchois qu’il cultive comme un étendard intime. Les attaques bancaires, les pressions, les hostilités politiques n’entament pas son cap. Il corrige ses erreurs et continue à avancer. On le décrit parfois comme clivant, parfois comme inspirant. Mais derrière les postures idéologiques et les controverses, demeure un homme qui, dès l’enfance, a choisi la voie la plus difficile : celle de marcher seul, quitte à se battre, toujours libre, sans suzerain et au fief délimité par ses amours. Il se fraie une route en suivant strictement ce qu’il croit juste. Aujourd’hui, il s’agit de décrire Qui sont les blancs (édition Hétairie, 332 pages).

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