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John Henry Newman : Foi incarnée

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Publié le

22 décembre 2025

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Didier Rance publie une belle biographie de saint John Henry Newman, l’un des plus grands théologiens modernes, penseur entre autres du dogme et de la conscience.
© John Henry Newman par John Everett Millais

Il vient d’être proclamé Docteur de l’Église et co-patron de la mission éducative de l’Église avec saint Thomas d’Aquin. Le moment était donc propice à la publication d’une biographie renouvelée de John Henry Newman (1801-1890), et c’est chose faite grâce à Didier Rance, historien et diacre. Une biographie thématique plutôt que linéaire, construite comme une marionnette dont chaque chapitre serait un fil à tirer pour découvrir l’une des facettes de ce géant de la foi.

Il faut dire que la vie de Newman en vaut mille. Il fut tout à la fois prêtre, théologien, prédicateur, romancier, poète, pamphlétaire et épistolier (20 000 lettres). Issu de la bourgeoisie londonienne, il traverse adolescent une période d’incrédulité à cause de mauvaises lectures (Voltaire) avant une première conversion à l’anglicanisme, par la redécouverte du dogme. Il opte pour le célibat, entre à Oxford  puis est ordonné diacre en 1825. Sa lecture des Pères de l’Église l’éloigne du libéralisme religieux. Après avoir réchappé à la mort lors d’une croisière en Méditerranée, Newman connaît une seconde conversion et devient la figure de proue du Mouvement d’Oxford : en réaction à la mainmise de l’État et à la sécularisation, ce mouvement prétend régénérer l’Église anglicane, considérée comme une via media entre les égarements protestants et catholiques. Mais bientôt, Newman découvre que c’est l’Église catholique qui, par ses dogmes et sacrements, est restée fidèle à l’Église primitive. Arrive donc en 1845 une troisième conversion, au catholicisme, malgré de lourds sacrifices personnels. Ordonné prêtre en 1847, il fonde l’Oratoire de Birmingham mais subit plusieurs revers : une revue qui périclite, un projet de collège qui n’aboutit pas, des accusations en hérésie. En réponse, Newman choisit de s’abandonner à Dieu. Riche intuition, qui le voit bientôt devenir une figure de proue du catholicisme britannique, au point d’être élevé au cardinalat par Pie IX en 1879. On parle de lui comme d’un saint dès son vivant, mais il faut attendre 2019 pour la canonisation effective.

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Riches et nombreux, ses apports théologiques ne peuvent être ici qu’esquissés. Contre une religiosité réduite au sentiment, il se fit le défenseur des dogmes, non en tant qu’idées auxquelles on doit croire, mais comme réalités auxquelles il faut adhérer. La foi de Newman est une foi incarnée, « réalisée » insiste Rance : il ne s’agit pas simplement d’en prendre conscience, mais de la rendre réelle et effective. La foi n’est pas une somme d’idées, ni une manifestation ou une éthique, mais une relation personnelle et directe avec le Père et le Fils qui est l’œuvre du Saint-Esprit présent en nous. Le Mystère passe par des évènements ; les Saints et les Pères de l’Église ne sont pas des statues mais des êtres de chair avec qui converser. D’où sa devise : Cor ad cor liquitur, « l’homme parle à l’homme ». Embrigadé par certains modernistes, Newman fut aussi le « penseur invisible de Vatican II ». Dès le milieu du xixe, il a réhabilité les droits de la conscience que le magistère puis le dogme de l’infaillibilité semblaient avoir condamnés. « Vicaire aborigène du Christ », la conscience est la Voix de Dieu qui parle en nous pour enseigner la distinction du bien et du mal ; la suivre est un devoir. Son autre grand apport, c’est le « développement » de la doctrine : la vérité dogmatique, pour atteindre sa forme achevée, a besoin d’un temps de maturation ; elle est le fruit d’un processus non par évolution-rupture, mais par développement-approfondissement. Non sans un certain prophétisme, ses sermons présageaient le monde incrédule depuis advenu. L’apostasie serait générale, par pure indifférence ; les hommes d’après la foi allaient oublier jusqu’à leur âme, et vivre pour vivre. Face à cette apocalypse, reste l’espérance. « Contentons-nous d’élever le niveau de religion en nos cœurs, et il s’élèvera dans le monde ! »


JOHN HENRY NEWMAN, DIDIER RANCE, Desclée de Brouwer, 340 p., 21,90 €

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