Qu’on lui confie une série centrée sur le Mitterrand terminal, et il est à parier que la télévision publique ne fera pas jouer le fameux droit d’inventaire. Confirmation en est donnée avec Mitterrand confidentiel qui fait d’abord mine, très mollement, d’écorner la légende dorée. Dès l’entame du premier épisode, la jeunesse pétainiste du président est dévoilée par l’annonce de la publication d’Une Jeunesse française, le livre de Pierre Péan sur ses années vichystes. Viendront dans le second les révélations sur la famille cachée et les écoutes téléphoniques. Le vieux sage serait un vieux salaud ? La structure qui se met en place va évidemment infirmer cette hypothèse. Chaque scandale entraîne un flash-back et le récit progresse sur deux plans, les retours en arrière expliquant in fine le comportement supposément problématique de Mitterrand (l’attentat de l’Observatoire, monté par l’extrême droite, serait à l’origine du besoin obsessionnel de protéger sa famille par les écoutes). L’articulation homme public-homme privé ne se développe jamais, dans Mitterrand confidentiel, pour la raison que le politique est finalement réduit à de vagues signes, un arrière-plan confus, comme avec cette sortie pendant un discours à Vichy qui déplaît au jeune et courageux François, juste avant son entrée tardive en Résistance. Le double récit permet de recentrer rapidement l’intrigue sur ce qui intéresse Stéphane Pannetier : l’histoire somme toute basique d’un homme pris entre deux femmes (avec ici, une troisième en embuscade, la République, et qui ne rigole pas). Cet infra-vaudeville est traité avec un sérieux de bon aloi, et une farandole de clichés à l’avenant.
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Entre Machiavel et madame Soleil
Deux acteurs se partagent le rôle de Mitterrand : Baptiste Carrion-Weiss, un peu ténébreux pour le rôle, et Denis Podalydès, qui le reprend au moment de la consommation de sa passion avec Anne Pingeot (Judith Chemla). La transition se fait très mal, même si les bajoues de la vieillesse n’ont pas encore été artistiquement posées par la maquilleuse. Podalydès alterne deux registres, le bon papa-gâteau avec Mazarine et le père-fouettard maître en litotes et vacheries avec tout le personnel politique qui partage ses scènes. L’idée est de toujours lui donner le dernier mot et d’en faire un stratège qui voit loin. Pannetier retient de ses mandats la culture et l’Europe. On voit ainsi Mitterrand amadouer Gorbatchev à Latche en lui offrant une édition originale de Pouchkine, sauvant ainsi l’adhésion de l’Allemagne réunifiée à l’OTAN. On remarquera que la famille a donné son accord pour que les scènes soient tournées dans la vraie bergerie où la rencontre historique a eu lieu. Le corollaire d’un tel blanc-seing est que la série fait beaucoup d’efforts pour signifier qu’elle ne verse pas dans l’hagiographie, alors que son objectivité n’est que de façade, et celle-ci bien délabrée. Mitterrand isole Chirac à l’Arc-de-triomphe après une commémoration, et dans une conversation tout en allusions lui donne le sésame pour triompher de Balladur aux prochaines présidentielles : la fracture sociale. Le Mitterrand de Pannetier s’avère au final un mélange grotesque entre un Machiavel joli cœur et Madame Soleil avec quelque chose dans le slip. L’ennui terrible du dernier épisode – la Mort vient mais l’Homme est digne (bâillements) – peut être atténué si on se laisse aller à imaginer l’effarement de Charles Alloncle, le rapporteur de la Commission d’enquête sur l’audiovisuel, devant ce beau moment si neutre de télévision publique.
MITTERRAND CONFIDENTIEL, une mini-série de 4 épisodes écrite par Stéphane Pannetier, coproduite par la RTBF et France Télévisions Avec Denis Podalydès, Valérie Karsenti, Judith Chemla Diffusée sur France 2 à partir du 5 janvier 2026





