L’Intranquillité, c’est le nom d’un bouquin de Fernando Pessoa, le fameux écrivain lisboète, l’homme qui s’est imaginé mille vies sans jamais quitter sa thurne. Ce pourrait être aussi le nom d’une biographie de Marguerite Stern. Sauf que Marguerite, c’est un peu l’inverse : elle a vécu mille vies et elle semble bien incapable de se fixer à un seul endroit. À 20 ans, elle s’était mise en danger plus que vous ne le ferrez jamais jusqu’à votre mort. Refusant les étiquettes, méprisant la compromission et les petits calculs d’apothicaire. Il suffit de voir son visage, soigneusement maquillé, attentif, concentré, pour prendre la mesure des tempêtes intérieures qu’elle a vécues, et qu’elle raconte dans son livre avec la rigueur d’une entomologiste qui pose, sur la société des hommes et sur elle-même, un regard exigeant la plus grande netteté : « Écrire, c’est d’abord un exercice de clarification, pour les autres et pour moi-même. Lorsqu’on devient une sorte de personnage publique, on a tendance à s’effacer, à oublier ses propres contours. » A fortiori lorsque le personnage public connaît un destin comme le sien.
Rappelez-vous, c’était la France de François Hollande et celle des attentats. Des attentats et une bande d’étudiantes peinturlurées, poitrines dénudées et fronts ceints de fleurs comme des bacchantes, qui s’attaquaient virulemment à tout ce qui pouvait incarner le patriarcat, quelque part entre l’agit-prop et un post-féminisme forcément adoubé par les médias autorisés. « C’est la colère qui m’a poussée à entrer chez les Femen, la colère ressentie vis-à-vis du harcèlement de rue, que j’ai connu à Bruxelles puis à Paris. La colère est une émotion saine, contrairement à ce qu’on pense, il faut l’exprimer avant qu’elle ne se fixe dans les entrailles pour pourrir et se transformer en haine. » On sent qu’elle sait de quoi elle parle : des années plus tard, la flamme dans ses yeux ne s’est pas éteinte.
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Stern, c’est un paradoxe fait femme : le jour où je la rencontre, en plein Pigalle, elle m’avoue qu’elle n’est plus habituée aux grandes villes, elle jette des regards inquiets derrière son épaule. On devine chez elle quelque chose qui ressemble à un bon vieux syndrome post-traumatique. Il faut dire qu’on lui a tiré dessus, menacée de mort, enfermée en prison… Il y a de quoi être sur ses gardes. Ce qui ne l’empêche pas d’arborer une splendide veste rouge coquelicot. Résultat : on ne voit qu’elle à dix kilomètres à la ronde. C’est peut-être ça, le mystère Stern, non ? Le mystère de l’engagement politique : celui qui vous met sous les projecteurs en tant que créature sociale, mais qui vous avale en tant qu’individu.
Pour redevenir un individu à part entière, il lui a fallu d’abord comprendre le mensonge dans lequel elle vivait : le mensonge de la gauche, ce monde falsifié entretenu par des années de mitterrandisme et de culpabilisation postcoloniale. Stern n’a pas de mots assez durs pour cette vaste entreprise de mystification qu’on lui a longuement vendue comme la seule issue possible : « C’est un culte de mort, tout simplement. L’immigrationnisme, comme d’ailleurs le transgenrisme, sont des cultes de mort transmis par la gauche pour achever son programme. Qu’on prône l’abolition de la binarité des sexes ou l’abolition des frontières, cela relève au fond du même complexe, de la même haine de soi, de la même volonté d’autodestruction. » Stern sera la première à oser mettre sur le même plan l’immigrationisme et le transgenrisme, ces deux mamelles infécondes et suries de la pathologie gauchiste. Elle y laissera des plumes : abandonnée par ses anciennes alliées, par les médias qui lui déroulaient le tapis rouge.
Aujourd’hui, elle tente de se refonder une nouvelle famille politique, mais surtout de consolider ses propres forces. Je lui fais remarquer la croix qui brille sur sa poitrine, bien en évidence. « J’ai présenté des excuses à l’Église catholique, aujourd’hui je n’ai pas trouvé la foi, mais je porte constamment une croix sur ma poitrine. C’est un talisman, une protection, le signe de mon enracinement et de ma culture. » On n’ose pas lui dire que porter un talisman, c’est bien le début de la foi.





