Le 12 octobre 2009, après une altercation sur ses terres, Javier Chocobar, chef de la communauté Chuchagastas est tué par un propriétaire terrien et deux policiers qui souhaitaient se les accaparer. Il faudra plus de neuf années pour que la justice argentine daigne traduire en justice les accusés. Lucrecia Martel filme le procès au jour le jour, et retrace l’histoire des grandes figures de cette communauté indigène. Nuestra Tierra est ce qu’on appelle un documentaire décolonial. Et comme Dahomey de Mati Diop, il échoue pour avoir appliqué un dispositif trop rigide. L’absence d’exposition – le spectateur est littéralement jeté en pleine audience – oblige à une attention soutenue qui n’est jamais récompensée par la forme.
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Le film s’apparente à une bouillie de cinéma direct qui laisse parfois la place à de vieilles photographies de Chuchagastas commentés par ceux-ci. Le problème est que Martel n’individualise pas ou mal, on connaît rarement le nom des protagonistes, et la surabondance de voix-off insiste sur le ton de déploration. Ces Indiens ne sont jamais envisagés comme des sujets agissant mais toujours comme des victimes. On ne les voit pas se défendre – hormis la captation au smartphone du meurtre. En fait, Lucrecia Martel, par son film, endosse le rôle du « sauveur blanc ». Sans compter l’abus de plans au drone dans ces paysages à reliefs escarpés, qui donne lieu au seul moment comique, quand l’appareil heurté par un rapace s’écrase au sol. L’obsession topographique paraît presque un chichi, et les bonnes intentions de départ accouchent au final d’un film fragmenté et contraint.
NUESTRA TIERRA (1H59), de Lucrecia Martel, en salles le 1er avril





