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Hélène de Lauzun : Europa Universalis

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Publié le

26 mars 2026

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© Benjamin de Diesbach

L’enthousiasme, disait Jules Barbey d’Aurevilly dans sa grande sagacité, c’est un « élargisseur des poitrines et des cœurs » qui donne « l’étincelle divine ». C’est aussi le nom d’un livre qu’on pourrait consacrer à Hélène de Lauzun tant la jeune femme déborde d’une ardeur communicative : son débit est rapide, ses idées sont aussi claires que sa pensée est affûtée lorsqu’il s’agit de nous expliquer ce qui l’a amenée jusqu’ici, depuis son passage à Normale Sup, où elle rencontre son mari et dont elle garde le souvenir mi-cuisant mi-amusé d’une « opération de survie en milieu trotskiste » jusqu’à l’aventure de The European Conservative, revue d’excellence qui fédère les plus grands intellectuels conservateurs du moment. Et surtout pourquoi l’Autriche est devenue, bien plus qu’une marotte d’historienne, le moteur d’une réflexion profonde sur la place de l’Europe dans l’Histoire.

Pour toutes ces raisons, elle a consacré son dernier livre au musicien Johann Strauss, compositeur des plus fameuses valses viennoises. Un livre bouillonnant de savoir qui constitue la dernière pièce d’un édifice intellectuel entièrement consacré à l’Empire austro-hongrois qui a été, rappelons-le, la quatrième puissance mondiale avant que n’éclate la Grande Guerre. « Parce que le politique, c’est d’abord du culturel. Et parce que l’Autriche a été un des phares du Vieux Continent pendant des décennies ». Les valses viennoises, rentrées dans l’inconscient collectif et assimilées malheureusement aux froufrouteux déboires de l’impératrice Sissi, sont l’exemple d’un formidable soft power qui a permis à Vienne d’imposer sa cour impériale comme la plus inspirante d’Europe – celle d’un Empire où le soleil ne se couchait pas et où l’art de vivre se déclinait en trois temps, trois pulsations chaloupées qui émancipent enfin la musique et la danse de leur binarité rustique.

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C’est peut-être ce qui a poinçonné en premier lieu l’imagination de l’historienne : au début du xxe siècle, Vienne est non seulement le cœur vibrant de l’Europe, mais aussi la grande rivale de Paris. Entre les deux Villes-Lumières, c’est un duel qui s’est installé pour savoir laquelle peut se prévaloir du titre de « capitale de l’Europe » : modernité de l’urbanisme, prétention à l’universalisme… et surtout une volonté d’exporter leur musique. D’un côté les opérettes d’Offenbach qui font fureur, de l’autre une dynastie de musiciens d’exception, celle des Strauss. « La caractéristique de Johann Strauss : c’est un générateur de tubes absolument extraordinaire. Il a une capacité à créer des mélodies extrêmement riches et structurées, qui restent dans les esprits et qui se transmettent. Il était aussi, selon les chroniques, une véritable bête de scène. »

Aujourd’hui, la musique européenne semble définitivement fossilisée et son rayonnement fait partie de l’Histoire. Pourtant, alors que la tutelle américaine s’effrite, c’est peut-être précisément le moment de reprendre la main, non ? « Le face-à-face avec Trump nous prouve que nous sommes incapables de penser la souveraineté européenne. Nous courrons après un mirage. Pourquoi ? Parce que l’Europe politique n’existe pas. Tant qu’on se complaira à nier les États-nations, l’Europe ne sera jamais qu’un leurre. » Ce qui est à la fois une erreur de jugement et une déformation due à l’hubris, c’est bien cette manie post-moderne qui consiste à penser le monde actuel en termes de macrostructure : « On nous ressasse à longueur de journée qu’il faut être gros pour peser, mais l’histoire des cités-États nous enseigne exactement l’inverse. » La solution alors, serait peut-être que nos capitales européennes retrouvent leur lustre et le goût pour l’avant-garde, tout en se débarrassant des oripeaux ignobles du mondialisme.
« Mon Europe, conclut l’historienne rêveuse, relève plutôt d’une force élémentaire… On pourrait presque la résumer à cet endroit incroyable, la ville de Passau où se rencontrent l’Inn et le Danube. Deux immensités qui se retrouvent en bouillonnant. C’est l’Europe en laquelle je crois. »

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