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Éditorial culture de Romaric Sangars : Une secte à la dérive

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Publié le

4 juin 2026

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« On trouve en vérité très peu d’artistes authentiques parmi ces fonctionnaires – ou mercenaires – du pouvoir culturel qui jouent aux cardinaux en smokings ou aux saintes en décolletés Dior. » Éditorial culture du numéro 98.
© Mohammad Mardani - Unsplash

On entend beaucoup parler, ces derniers temps, du « monde de la culture ». Il y aurait une assemblée cohérente de personnalités de talent défendant des principes supérieurs en vertu d’une autorité spirituelle tangible. Ça ressemble furieusement à l’Église catholique, mais avec plus de femmes sous les robes et moins de références bibliques. Au lieu de publier des encycliques, d’organiser des processions et de condamner des thèses hérétiques, cette assemblée-là s’exprime par la pétition, le happening et la délation publique. Elle prétend semblablement défendre les opprimés, préparer le Royaume et exorciser les foules de l’emprise de Satan. Pas grand monde ne les prend au sérieux dans la population française, au vu des enquêtes d’opinion, mais les membres de cette assemblée, eux, bien que perdant sans cesse du crédit, se prennent tous les jours un peu plus au sérieux et s’imaginent même combiner les atouts de Jean Moulin, Jean Cocteau et Jean-Paul Sartre. Comme il s’agit souvent de comédiens moyens, d’héritiers déconnectés ou d’écrivaillons poussifs, on aurait tendance à mettre sur le compte de leur sensibilité fragile, de leur imaginaire confus et de leurs moyens intellectuels limités cette propension au délire narcissique qui trouble encore davantage leur rapport déréglé au réel.

Lire aussi : Éditorial culture de Romaric Sangars : Pharisian followers

On trouve en vérité très peu d’artistes authentiques parmi ces fonctionnaires – ou mercenaires – du pouvoir culturel qui jouent aux cardinaux en smokings ou aux saintes en décolletés Dior. Le milieu du cinéma a globalement décroché des arts majeurs, la littérature de masse aussi, tous ces gens-là pataugent dans l’entertainment vulgaire ou misérabiliste en s’imaginant qu’agrafer un pin’s LFI à la redingote de Mickey leur donnera le supplément d’âme nécessaire pour se prétendre Émile Zola. Tout cela n’est que parodie, et toute parodie finit en inversion. On défend les opprimés les plus utiles pour maintenir ses privilèges ; on prépare une utopie où l’on conserve son carré VIP ; on diabolise le parti des prolos dont on redoute d’autant plus l’accession au pouvoir qu’il risquerait de réduire la manne des subventions et on prétend, en prenant des airs paniqués, en mimant des transes démoniaques, que ne pas subventionner le prochain navet queer reviendrait à assassiner Mozart ; que fermer le squat où dix ados attardés peinent à se déguiser en Che Guevara équivaudrait à raser le Parthénon ; que de limiter la publication de témoignages nombrilo-plaintifs rédigés en français SMS mais inclusif est comparable à l’acte de brûler La Recherche. Derrière toutes ces contrefaçons d’une insurrection de l’esprit, il s’agit de barricader ses avantages mondains.

Aujourd’hui, ce qui représente un véritable danger pour la liberté et pour l’art, ce ne sont pas les menaces d’avant-hier, mais cette grande contrefaçon post-culturelle, crypto-propagandiste et néo-cléricale qui a établi son règne sans partage depuis une trentaine d’années, parce qu’elle fait obstacle, par son fonctionnement même, à la création authentique et aux perspectives divergentes. Distribuant les subventions sur des critères moraux plutôt qu’esthétiques, elle entretient une culture bas de gamme de catéchèse humanitariste qui écrase, par ses leviers matériels disproportionnés, toute proposition singulière. Quand un artiste original parvient néanmoins à imposer une voix discordante (souvent un écrivain, moins dépendant de fonds économiques qu’un cinéaste, un dramaturge ou un chorégraphe), cette église émet des fatwas sous forme de pétition ou de campagne de dénigrement médiatique (Tesson, Millet, Camus, Dantec, le film Bac Nord en firent les frais). Avec le temps, son entre-soi népotique s’accentue et impose un conformisme idéologique toujours plus implacable à ceux qui prétendraient la rejoindre ou n’en être pas excommuniés.

Si l’on espère pouvoir redonner à la culture française la vitalité, le relief et la puissance qu’elle mérite, que pouvons-nous souhaiter de mieux que cette petite secte explose ?


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